Semaine de l'Unité des chrétiens

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« Que tous soient un. Comme toi, Père, tu es en moi et moi en toi, qu’ils soient en nous eux aussi, afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé » (Jn 17, 21).

 

Cette prière de Jésus peu avant sa mort fait partie de son testament, d’où son importance. Ce qui est en cause, c’est l’annonce de la « Bonne Nouvelle » au monde (« afin que le monde croie que c’est toi qui m’as envoyé ») : Dieu aime le monde, s’en fait solidaire et veut le libérer pour l’attirer à lui. Ce qui nous est dit de Dieu, par exemple lors du baptême de Jésus, c’est qu’il est relation d’amour, c’est cela la Trinité. Il est Un, le Père et le Fils ne font qu’un, reliés par l’Esprit. Cette relation trinitaire est le fondement de ce que Dieu exprime de lui. Jésus est venu attirer les hommes dans cette relation. Les chrétiens ne peuvent alors qu’être « uns », unis par le même Esprit, sinon l’annonce est vaine, leur foi aussi. Ce qui nous unit dépasse largement nos divergences de croyances. Celles-ci sont diverses, parfois pour certains groupes assez superstitieuses, la foi qui nous unit est bien au-delà : « Il n’y a plus ni Juifs, ni Grecs... vous n’êtes tous qu’un dans le Christ Jésus » (Gal 3, 28).

 

Etre « uns » ne signifie pas être les mêmes, nous sommes « uns » dans la diversité, le Père n’est pas le Fils, le Fils n’est pas le Père. Nous pouvons même être en désaccord sur nos croyances, l’important est d’être « uns » dans la foi, qui est un « suivre Jésus-Christ », par des chemins qui sont multiples. Les théologiens protestants, catholiques, orthodoxes ont des désaccords, ils ont raison de ne pas les occulter mais de les creuser, ces désaccords doivent-ils nous désunir ? On peut déjà se demander quels sont les liens entre la théologie spéculative et la foi du peuple chrétien. Est-ce que le « suivre Jésus » et tellement affecté dans nos vies quotidiennes par la question du « filioque » ? Et même la définition de l’Eucharistie (ou du sacerdoce) qui sépare profondément les Réformés des autres, a-t-elle un si grand impact sur notre foi de tous les jours ? L’impact est très fort sur la vie de l’institution, sur les célébrations, mais la vie de l’institution est-elle ce qu’il y a de plus important ?

 

Que les théologiens s’efforcent de clarifier leurs « disputes », c’est leur travail. Les chrétiens sont eux appelés à manifester leur unité par-delà les différences de croyances. D’ailleurs quand on lit les ouvrages de théologie, sauf sur quelques notions dogmatiques qui sont effectivement fondamentales, on ne constate pas de différence entre eux, si ce n’est des différences d’approche, de culture ; des siècles de séparation ont eu un impact, évidemment. Mais ce qu’ils disent est recevable par tous. Lisons J. Moingt (catholique) ou J. Moltmann (réformé) pour n’en citer que deux, leurs points de vue sont parfois différents, mais ce n’est pas leur foi catholique ou réformée qui en est la cause. Quant aux théologiens « très spéculatifs », qui traitent essentiellement de la dogmatique, comme K. Barth (réformé) ou U. Von Balthazar (catholique), ils ont des approches différentes mais justement leur dialogue constant est très enrichissant (1). Et un des derniers cours de K. Barth, paru sous le titre « la théologie évangélique » (2), est un remarquable plaidoyer pour une théologie qui fait vivre, que peut signer tout théologien de toute Église. Alors ne mélangeons pas foi et croyances, vie de foi et recherche théologique, ne mélangeons pas Église universelle de Jésus-Christ et institutions ecclésiastiques, et célébrons notre unité dans l’Esprit, laissant les « disputes » aux spécialistes.

 

Nous allons donc prier pour l’unité des Chrétiens. Mais pourquoi se limiter aux chrétiens ? Tous les hommes sont concernés par la question de l’unité et tous sont appelés à vivre dans l’unité de Dieu. Que l’on soit chrétien, et donc qu’on croie que le Père appelle tous les hommes à vivre de son Esprit, ou qu’on ne le soit pas, nous savons tous que l’humanité constitue un seul peuple. Nous sommes divers, nous avons de grandes différences, mais ce qui fait de nous des humains est bien plus fort que nos différences de culture ou autres. Là encore les institutions tentent de nous séparer, les nations prétendent imposer des identités qui seraient incompatibles entre elles. Des constructions sociales nous séparent. Mais notre expérience, pour peu qu’on se soit ouvert, nous apprend que la relation à l’autre est à la base, et que renvoyer l’autre à ses origines pour se permettre de le rejeter est une attitude contraire à ce qui fait de nous des humains. Il ne s’agit pas de simplement tolérer des communautés différentes (le communautarisme institué dans nombre de pays est un mode d’ignorance de l’autre, on accepte des communautés différentes tout en refusant des relations entre elles) mais de s’accueillir les uns les autres. On ne doit pas nier les différences, mais comprendre qu’elles ne sont pas l’essentiel. S’il y a une essence de l’homme (notion fort discutable), c’est celle d’un être ouvert à toute relation avec l’autre, relation qui le fonde (et l’homme n’est donc pas une « essence » autonome !). Nous vivons dans un monde de plus en plus éclaté, on craint les Chinois et les Américains, et les Africains et le Moyen Orient, etc. Tout le monde craint tout le monde. Chez nous on craint les migrants, les SDF et les pauvres, et de l’autre bord on craint les riches, on craint même les jeunes... ou les vieux, c’est selon ! Les pouvoirs publics divisent le plus possible pour mieux régner. Chacun doit se battre pour survivre, se battre pour lui, la solidarité est devenue un thème du passé.

 

Alors que notre prière, en cette semaine, témoigne que notre avenir d’hommes passe par l’unité non seulement des chrétiens, mais de tous les hommes. L’écologie est venue au devant de la scène, n’oublions pas qu’elle est intrinsèquement liée à ce qu’on peut appeler l’écologie sociale, au fait que tous nous habitons la même Terre et sommes liés les uns aux autres.

 

Ce témoignage est notre mission.

 

                                                     

                                                                                Marc Durand

                                                                                19 janvier 2020

 

 

1 - Catholiques, on peut se trouver, sur la plupart des sujets abordés par nous dans leurs œuvres, plus proche de K. Barth (réformé) que de K. Rahner (catholique).

 

2 - Karl Barth, Evangelical Theology : An Introduction, William B. Eerdmans Publishing Company, Grand Rapids, Cambridge, 1979 (traduction de Einführung in die evangelische Theologie, EVZ Verlag, Zürich, 1963).

Publié dans Réflexions en chemin

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levy 19/01/2020 17:50

Oui, il est une écologie sociale qui n'est partagée que si l'unité du genre humain, les solidarités qui fondent sa communauté de destin ou d'avenir, sont devenues intelligibles et représentatives de l'image d'un même peuple sur une même planète. Dans une même création - ou dans le même produit du hasard et de la nécessité.
Et, en parallèle, pour qui retient la notion d'une transcendance, en quoi cette adhésion intime, ou ce pari, seraient-ils effectivement, et en quoi que ce soit, affectés "par la question du « filioque » ? Et même la définition de l’Eucharistie (ou du sacerdoce) qui sépare profondément les Réformés des autres, (aurait)-elle un si grand impact sur (sa) foi de tous les jours ?".
Une interrogation, et une récusation, qui à chercher dans la Bible en quoi consisterait cette transcendance, bute sur une réponse indépassable : "Je suis Celui qui suis" (ou "qui serai" - ce qui est encore plus délibérément obscur ...).
Rien n'étant pour autant retiré à cet autre indépassable qui fait du "penser-D.ieu", et de toutes les déclinaisons de cette méditation vouée à se suffire et à s'en tenir à elle-même, la plus éminente des prières, car aucune ne concurrence sa gratuité. Car aucune autre ne répond au don dispensé par l'Esprit, tout aussi gratuit en apparence, de pouvoir se réjouir sans bornes d'imaginer des contours au non-concevable qui préside à ce temps de la création.
Aucun dogme, et spécialement aucun de ceux dont participent les divisions, quand ce ne sont pas les haines (quels que soient le fanatisme et l'identitarisme en cause), ne saurait contenir une once de cette jouissance de la communion avec l'Esprit - savamment exégétique ou supérieurement mystique - dont la lueur moins qu'infime qu'à tout le mieux elle délivre, fera toute la grâce.