Baptême du Seigneur (année A)

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Is 42, 1-4.6-7 , Ps 28 (29), 1-2, 3ac-4, 3b.9c-10 , Ac 10, 34-38
et Mt 3, 13-17.
 

L’Église romaine considère habituellement — ce que contestent nos frères juifs  — que, dans le portrait du Serviteur souffrant, Isaïe esquisse celui de Jésus-Christ. Un homme juste, défenseur du droit, artisan du bien et de paix, patient mais qui ne faiblit pas devant l’adversité. Peut-on attendre autre attitude chez les disciples que nous sommes censés être ?

 

En contrepoint, un mot ambigu, dans notre vocabulaire religieux, dont use abondamment la liturgie et parfois la prédication : «Gloire». C’est sans doute ainsi que notre langage humain cherche à traduire le plus fidèlement qu’il lui est possible la grandeur de Dieu. Mais est-il si fidèle que cela ? N’appliquons-nous pas à l’image que nous nous faisons immanquablement de Dieu, les caractéristiques de la Gloire humaine avec ses décors triomphants, son environnement « prestigieux » et les flonflons de la cour céleste etc. ? Il faut dire que l’iconographie nous complique un peu la vie. Il faut quelque effort pour « imaginer » le Père autrement que comme un vénérable vieillard barbu et l’Esprit sans forme visible, en tous cas pas comme une colombe…

 

Côté son, le tintamarre que fait la voix de Dieu dans le psaume 28 : dominant la fracas des eaux, s’exprimant à travers le tonnerre, un déluge et les cris dans le temple contredisent la révélation qu’eut Élie en I Rois 19,11-12 : «  À l’approche du Seigneur, il y eut un ouragan, si fort et si violent qu’il fendait les montagnes et brisait les rochers, mais le Seigneur n’était pas dans l’ouragan ; et après l’ouragan, il y eut un tremblement de terre, mais le Seigneur n’était pas dans le tremblement de terre ; et après ce tremblement de terre, un feu, mais le Seigneur n’était pas dans ce feu  ; et après ce feu, le murmure d’une brise légère ».

 

Paul nous rappelle que « partout où il passait Jésus, faisait le bien et guérissait… » sans s’inquiéter de savoir si ceux qui profitaient de ses bienfaits étaient juifs orthodoxes, romains ou samaritains. Car celui qui fait le bien non seulement ne le limite pas à ses congénères, mais surtout « ne fait pas de bruit », comme disaient autant François de Sales que Vincent de Paul, qui s’y connaissaient bien à « faire le bien ».

 

Homme parmi les hommes, Jésus de Nazareth se plie à la condition humaine. C’est ainsi qu’on peut interpréter sa remarque à Jean-Baptiste, qui ne se sentait pas digne de le baptiser : « Laisse faire pour le moment, car il convient que nous accomplissions ainsi toute justice » (1) Il accomplit ainsi et montre la conduite à laquelle tout homme en marche vers Dieu dev(r)ait : se purifier, alors même que lui était sans péché.

 

Et c’est bien lorsqu’il remonte des eaux, donc au-delà de l’image de la mort, que Jésus est proclamé « Fils bien aimé », joie du Père.

 

Marcel Bernos

 

1. Si un de nos chers internautes a une meilleure explication, qu’il ait la gentillesse de nous la communiquer.

 

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