Les chemins de l’innovation sociale

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La thématique de l'innovation est devenue, depuis des décennies, un lieu commun du discours politique. Trop souvent, elle consiste à juxtaposer deux démarches qui ont beaucoup de difficulté à se rencontrer. Tandis que des administrations centrales s'efforcent, dans une démarche déductive, de rejoindre « le terrain » pour promouvoir l’innovation qu’elles jugent indispensable, des acteurs de ce fameux « terrain » tentent d’inventer localement de nouvelles formes de médiation sociale en se heurtant, trop souvent, à cette même administration. Ce défaut d’articulation entre le « local » et le « global » induit des effets pervers et explique beaucoup d'échecs des politiques publiques. Il consiste à confondre l’innovation avec l’expérimentation.

L’expérimentation cherche à parvenir à un résultat reproductible et généralisable. C'est la démarche habituelle de l'administration qui s'efforce, par voie de textes réglementaires, de diffuser les changements. Or, comprendre et promouvoir une innovation suppose que l'on soit autant attentif aux processus qu'aux résultats. Il est aussi important de mettre en lumière, pour les favoriser, les conditions concrètes qui favorisent l'innovation que les résultats qui n'ont de sens que par la démarche qui les a portés. Les « histoires de vie » des innovateurs sont aussi significatives que l'analyse des réalisations auxquelles ils sont parvenus.

La confusion entre ces deux concepts en amène une autre, celle qui consiste à réduire les acteurs de terrain à des exécutants des politiques publiques. Au lieu de favoriser l’émergence d’acteurs, on va édicter des protocoles précis pour généraliser ce qui a été jugé innovant ailleurs dans une scolastique administrative censée faire le bien par décret. L’innovation dépend plus d'un foisonnement en rhizome que d'une impeccable arborescence où chaque branche dépendrait d'un tronc central. La mise en relation d’acteurs, la diffusion d’informations, les contacts directs sont à privilégier par rapport à la mise en place d'une organisation centrale qui imposerait les « nouveautés ».

Le besoin d'innovation qui pousse les acteurs à créer vient le plus souvent de la perte de sens d'institutions chargées de tel ou tel problème social. Il s'agit moins de contenus (si l’on jugeait les institutions sur leurs programmes et intentions, elles sont toutes innovantes !) que d'une dynamique où se tissent de nouveaux rapports entre les personnes et les institutions.

Les chemins de l’innovation supposent une société qui promeut la subsidiarité permettant aux créations des acteurs de terrain d’éviter les deux écueils de la secte fermée sur elle-même ou de la succursale d’une administration centrale. Elle contribue à nous arracher au face à face meurtrier et stérile du tout État et du tout Marché. Elle introduit dans ce jeu la société civile, non pas réduite à un gisement d’électeurs ou de consommateurs, mais en acteur partenaire, porteur de valeurs et de créativité. 

Bernard Ginisty

Publié dans Réflexions en chemin

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