Immaculée Conception

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Immaculée Conception, Assomption : deux dogmes mariaux définis à un siècle d’intervalle qui se répondent l’un à l’autre. La question n’est pas celle de la réalité objective, au premier degré, de ce qui est affirmé. Que peut signifier « conçue sans péché » ou « montée aux cieux » ? Il faudrait d’abord revoir ce que signifie le « péché originel » inventé pour mettre en cohérence les croyances du pessimiste St Augustin sur la perdition de l’humanité, et comprendre ce que peut signifier la résurrection des corps…

 

Cependant ces dogmes sont là, ils expriment une réalité de foi (on n’est plus dans le premier degré) : Marie a une place spéciale, privilégiée, dans l’économie du salut. Qualifiée de « theotokos », « mère de Dieu » dès le concile de Nicée (325), il a fallu le confirmer au concile d’Éphèse (431) afin d’affirmer que Jésus était bien Fils de Dieu1. A partir de là comment ne pas en conclure qu’elle ne pouvait pas être atteinte par le péché (Immaculée Conception) ni par la corruption (Assomption) ? Ces dogmes sont des images qui nous disent la place de Marie dans le lien de Jésus avec le Père. Marie, première des croyants, sa place précède donc notre place, nous sommes alors concernés.

 

Il semble que pour nous, au-delà des querelles qui ont procédé à ces définitions, l’essentiel est de constater que ce qu’a été Marie a été obtenu par grâce. C’est par grâce qu’elle a été choisie, elle n’y est pour rien (dès la conception!) : « Salut, pleine de grâce […] tu as trouvé grâce auprès de Dieu » (Lc 1, 28, 30). Et si cette grâce est restée sur elle toute sa vie, c’est qu’elle l’a acceptée : « Je suis la servante du Seigneur ; qu’il m’advienne selon ta parole » (Lc 1, 38). Alors elle est sans péché. Le péché, écrit le pape dans l’encyclique Laudato si, est la rupture des trois relations fondamentales, avec Dieu, avec le prochain, avec la terre. L’acceptation totale de Marie la fait « immaculée ». Ce don de soi, qu’elle a pu faire par la grâce de Dieu, la mène à exulter dans le Magnificat qui reprend entre autres le psaume 98 : « Chantez à Yahvé un chant nouveau, car il a fait de merveilles […] se rappelant son amour et sa fidélité pour la maison d’Israël». La grâce reçue par Marie et son acceptation apportent le salut au peuple de Dieu, salut inscrit dans son histoire. Le Seigneur a fait pour elle « des merveilles », mais la conséquence n’est pas individuelle, elle concerne tout le peuple. Cette grâce qui illumine Marie est la même qui repose sur nous tous : « Ne nous avait-il pas élus en Lui dès avant la fondation du monde […] prédestinés à être ses fils d’adoption par Jésus-Christ ? » (Eph 1, 4-5).

 

Marie a engendré le Christ, elle est la mère du Corps du Christ, mère de Dieu. Nous sommes le Corps du Christ, c’est à ce titre qu’on peut parler de Marie comme mère de l’Église et, allons plus loin, de l’humanité qui est le peuple de Dieu. Mère de l’Église, elle était présente à la Pentecôte qui en est la fondation, elle est présente encore maintenant dans les bouleversements qui la secouent si fortement. Ainsi elle est la nouvelle Eve, qui a répondu totalement à la grâce reçue et donc indemne du péché introduit par la première Eve. Nous sommes associés à Marie pour engendrer Dieu dans le monde, par son « fiat » elle réintroduit l’humanité dans la grâce. Tout est grâce.

 

Le culte marial ne doit pas être de la mariolâtrie, elle n’est pas Dieu, « il vaut mieux s’adresser à Dieu qu’à ses saints » dit-on. Ce culte est possible s’il est d’abord la reconnaissance de ce que représente Marie et de sa place dans la relation des hommes avec Dieu, par Jésus. Finalement peut-être que la seule prière qu’on puisse lui adresser est le « Je vous salue Marie » qui, dans sa première partie, reconnaît qu’elle est le fruit de la grâce, que par grâce le Seigneur est proche et peut bénir. Cette reconnaissance faite, il reste à lui demander d’être auprès de nous qui devons continuer son œuvre : engendrer Dieu dans le monde.

                                                            

Marc Durand

                                                Immaculée Conception 2019

 

1 - C'était aussi une façon détournée de définir la divinité du Christ, notion qui est loin d'être évidente ni claire. 

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Marc Durand 10/12/2019 19:12

J'aime beaucoup cette idée que vous donnez: Marie, avec toutes les Maries du premier Testament, figure une représentation du peuple juif. Je n'avais pas du tout pensé dans cette direction, qui est très riche d'enseignement. Et en prolongement nous sommes, nous, fils d'Israël...

levy 11/12/2019 16:34

Tous mes remerciements pour votre attention à mon commentaire. Et puisque la direction que j'ai évoquée rencontre votre intérêt, comme cela a été mon cas en découvrant cette piste, je vous recommande d'autant plus vivement la lecture du "Portrait d'Israël en jeune fille - GENÈSE DE MARIE",de Sandrick Le Maguer (Gallimard coll. L'INFINI). En elle-même, son exégèse midrashique recouvrant toutes les "Marie" de la Bible hébraïque est pour le lecteur un parcours intellectuel très excitant. Bien cordialement à vous.

levy 07/12/2019 17:49

Une pénétrante et - heureusement - inhabituelle réflexion sur Marie.
Je confesse que ma conviction devant cette lecture s'arrête, comme ma foi, à ceci : « Ne nous avait-il pas élus en Lui dès avant la fondation du monde ».
Même adhésion, par ailleurs, à cette intellection du mal : "Le péché, écrit le pape dans l’encyclique Laudato si, est la rupture des trois relations fondamentales, avec Dieu, avec le prochain, avec la terre".
Quant à "ce que représente Marie et de sa place dans la relation des hommes avec Dieu", je reste devant la perspective ouverte par Sandrick Le Maguer dans son "Portrait d'Israël en jeune fille - GENÈSE DE MARIE", à travers son exégèse midrashique portée sur toutes les "Marie" de la Bible hébraïque : Marie - celle dont il est question ici comme toutes les autres avant elle - figure une représentation du peuple juif, en tant que porteur du projet messianique et dans l'immense déroulement de son histoire symboliquement narrative et des personnages émergeant de celle-ci.
Les développements qu'emprunte Sandrick Le Maguer, en appelant (entre autres) à l'Ancien Testament, à la Thora et au Talmud, sont infiniment plus riches et surtout plus subtils que le résumé schématique que je fais de sa thèse ; mais le point d'arrivée de celle-ci se cale bien sur ceci : que chaque Myriam-Marie soit la "Vierge d’Israël" s'entend sous le sens qu'elle est la communauté d'Israël.
Un sens pour lequel je rejoins entièrement Marc Durand : "Finalement peut-être que la seule prière qu’on puisse lui adresser est le « Je vous salue Marie » (…) dans sa première partie (...).
Et pour tout ce sur quoi je ne le rejoins pas, j'ai envers lui la reconnaissance d'avoir lu une belle méditation de notre temps sur une Marie catholique piégée dans les rets de toutes les mariolâtries qui, occultant l'action de la grâce, ont faussé la vision de son rôle dans l'histoire humaine de D.ieu - quand elles ne l'ont pas confondue avec une "Marie Rédemptrice", voire avec une composante de D.ieu.