Ce dont on ne peut plus parler, doit-on le taire ?

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A propos de l’équivoque entre les droits de la personne et les devoirs de la Cité et envers la Cité.

 

Il est devenu banal de décrire notre société comme profondément et, peut-être exagérément, individualiste. Ce privilège accordé à la personne n’est pas anodin, il est de grandes conséquences sur la vie de nos «communautés» : famille, cité, nation, humanité… Il influe fondamentalement sur nos «valeurs» et en particulier sur les grands problèmes éthiques de notre société. Ce qui est juste pour l’individu n’est pas forcément le plus sûr pour la cité, et ce qui rassure l’opinion publique ne renforce pas la liberté de chacun.

 

Cas symbolique et délicat, à titre d’exemple et seulement d’exemple : celui de la peine de mort. En a-t-on débattu ! Et l’opinion publique ne semble pas très stable en ce domaine.

 

Conscient de la dignité de la personne humaine, on ne peut pas être «pour», encore que, depuis quelques années, les débats sur la «fin de vie» ou sur l’avortement montrent que ce type de problème, La Vie / La Mort, est complexe et ne peut se satisfaire sans nuances des réactions immédiates de notre sensibilité ou de nos orientations idéologiques. Être totalement et définitivement «contre», dans certains cas d’espèce, semble comporter quelque ingénuité ou parfois de l’hypocrisie. Tout débat sur le sujet est d’ailleurs devenu impossible tant il paraît qu’il y a là, maintenant, un tabou.

 

Les arguments plaidant en faveur de l’abolition de la peine de mort sont connus et ne manquent pas : son caractère irréversible, le risque d’erreur judiciaire, la suppression d’une vie humaine inadmissible en conscience (comme le rappelait Me Badinter, ministre de la Justice, dans son discours du 17 septembre 1981 à l’Assemblée nationale pour obtenir le vote de l’abolition), horreur de l’aspect vengeur de l’acte etc. Indépendamment de toutes ces raisons, que l’on peut contredire non sans raison, il faut bien voir là l’exemple suprême de défense de l’individu, sans tenir compte des arguments qui pourraient expliquer, sinon justifier, dans une perspective collective, son élimination d’un groupe qu’il met en danger.

 

Si l’on envisage de façon purement rationnelle, disons même cynique, les cas, rares sans doute mais existants, de personnes qui seraient à vue humaine «irrécupérables» : le multi-multi-récidiviste, l’assassin sadique, le tortionnaire d’enfants, … on va prétendre d’abord — toujours d’un point de vue individualiste et ce n’est pas faux — qu’il est difficile de décider qu’une personne est définitivement irrécupérable 1. Alors, en attendant, on va essayer de le neutraliser en l’enfermant. Est-ce beaucoup plus «humain» ? Pour combien de temps ? A quel prix ? Cela à tous le sens du mot : depuis le coût de son entretien jusqu’aux risques courus par ses gardiens, et le reste de la population s’il s’échappe ou est relâché, ce qui arrive 2. Sa vie est, sans doute, moralement sans prix, mais si c’est sur le compte de la vie d’innocents, cela peut paraître un peu cher.

 

Dans les crimes de droit commun, en particulier dans le cas cité de multi-récidivistes pour des crimes extrêmement graves, on peut se questionner pour savoir si la suppression d’un être irrémédiablement 2 dangereux n’est pas de l’ordre de la légitime défense (argument utilisé parfois, non sans motif, par les partisans de l’avortement). Il ne s’agit plus de vengeance, comme on le déplore habituellement, mais de résoudre pour une population une énigme insoluble (type «nœud gordien») : afin de la protéger d’un tueur impénitent et persévérant.

 

Une autre question taraude l’observateur du «camp collectif». Si la vie du pire meurtrier reste «sacrée», pourquoi notre société admet-elle encore la participation à des guerres (même «justes», mais dans quelle mesure le sont-elles et jusqu’à quelle limite ?), qui envoient des innocents tuer et se faire tuer par d’autres innocents (et réciproquement, bien sûr). Il y a là, en toute raison, quelque chose de totalement absurde et de profondément injuste. La «Nation» est elle prête à un pacifisme absolu, fût-elle envahie ? Quid de la justification d’une Résistance ?

 

On pourrait dire que la «mort au champs d’honneur» est une illustration de la générosité : on donne sa vie pour défendre son pays et son peuple menacés par de «féroces soldats» qui mugissent dans nos campagnes. Mais si le meurtre légal est admissible en temps de guerre, pourquoi ne l’est-il plus dans la vie courante quand la vie des citoyens est aussi gravement mise en danger.

 

En matière civile, on a renoncé, finalement, avec un certain optimisme sur la nature humaine, à cette peine trop définitive, faut il encore abandonner ce moyen de solder un problème de sécurité collective avec les auteurs d’attentats terroristes ? La question est aujourd’hui posée par beaucoup.

 

On vient de replonger dans un nouvel embrouillamini juridico-moral à propos du sort des terroristes «français» (se sentent-ils tels vraiment ?), y compris des femmes (redevenues en l’occurrence des «mères» pour leurs avocats), membres de Daesh, qui se sont montrés parfois des assassins sadiques. Que l’on rapatrie les enfants (jusqu’à quel âge innocents de tout crime ?), ce peut être un devoir humanitaire. Mais, on murmure déjà que ces petits gardent un grand besoin de leur mère, précisément, et en soi ce n’est pas faux, mais, là encore, jusqu’à quel degré de culpabilité de celles qui ont parfois commis les pires exactions ? Puis — au nom de la non-discrimination, voire de l’égalité si tant à la mode —  pourquoi pas les

pères ? 3

Combattants, ils (elles) ont choisi cette voie en connaissance de cause et de son éventuelle issue fatale, en l’espérant même, afin d’accéder au Paradis. S’ils avaient été tués au combat, il n’y aurait eu aucun problème. Est-ce parce qu’ils se sont constitués prisonniers que leur vie doit être protégée ? Les Conventions de Genève protègent effectivement les soldats, de troupes régulières en uniformes ; le sort des «partisans» irréguliers, hormis les «combattants de la liberté» dans les guerres de libération nationale (sic), a le plus souvent été traité plus sévèrement car hors «légalité», si l’on ose souligner cette incongruité de notre sensibilité vis à vis des «lois» de la guerre.

 

La SDN, puis l’ONU n’avaient pas prévu l’ampleur que prendrait, à travers le monde, cette forme de guerre «interne», même pas vraiment civile, qu’est le terrorisme omniprésent et insaisissable. Les membres des mouvements terroristes ont-ils «protégé» leurs prisonniers, qu’ils ont parfois torturés ? Des exécutions, à condition qu’elles soient décidées par des tribunaux fiables, ne seraient pas scandaleuses. Il ne s’agirait pas de vengeance, mais en ce cas de l’élimination d’un danger réel, connu, imminent et incontrôlable, comme l’amputation d’un cancer du corps social (quoique ce dernier concept puisse, à son tour, être dangereux).

On nous répète que le terrorisme, c’est la guerre. Le plan Vigipirate déploie d’ailleurs l’armée pour protéger les populations, à qui il arrive de tirer, en cas d’urgence. On envoie des troupes à l’extérieur de nos frontières, mettant nos soldats en péril ; on en perd, pour prévenir les risques d’importation d’actes terroristes. Or, à la guerre, on ne fait pas de procès pour savoir, comme on l'entend si souvent pour des crimes «courants», que ce pauvre assassin a, certes, fait exploser une famille et tué quelques gendarmes, mais qu’il a eu une enfance malheureuse… et a le droit à quelques circonstances atténuantes. Des victimes peuvent pardonner personnellement, certaines l’ont fait avec noblesse, mais le devoir d’un État n’est-il pas d’abord d’assurer la sécurité des citoyens 4 ?

 

Pour défendre la dignité de la personne sans mettre en péril la population, Vercors, homme de lettres, moraliste et résistant, avait écrit le 17 septembre 1977 à Me Badinter, quatre ans avant le débat sur l’abolition de la peine de mort. Il proposait, à «titre provisoire» et pour y préparer l’opinion publique un solution astucieuse : « Ne pourrait-on […] maintenir théoriquement la peine de mort, mais obligatoirement assortie d’un sursis à exécution […] / Toutefois, la possibilité que le condamné, s’il abusait plus tard de sa mise à l’épreuve pour commettre un nouveau forfait, perde immédiatement le bénéfice du sursis et subisse le châtiment suprême pourrait faire admettre à l’opinion publique, la brièveté relative de la détention. En ayant, pendant celle-ci, mis tout en œuvre pour favoriser sa réinsertion […] (de telle sorte qu’on laisse au condamné) à lui seul le choix entre la liberté et la mort». Ce que Vercors prévoyait alors, comme une astuce de procédure, ne serait-il pas une manière de sortir de l’imbroglio actuel, quant au sort de terroristes actifs, convaincus de crimes (assimilables à des crimes contre l’humanité).

 

D’autres exemples de conflit individu/société offerts à notre réflexion ne manquent pas : la prééminence d’une famille très structurée défendant son patrimoine face à la liberté de chacun de ses membres, le moment où il faut cesser de prendre soin d’un vieillard ou d’un handicapé cérébral, l’avortement … Ce dernier n’est pas qu’une affaire personnelle. Devenu un «droit» et remboursé par la Sécurité sociale, donc par l’ensemble des citoyens, il n’est pourtant pas forcément dans l’intérêt de la Nation. La France, qui s’enorgueillissait d’avoir un taux de reproduction relativement satisfaisant, se trouve depuis quelques années en baisse des naissances nettement au-dessous de ce taux. Ce n’est pas encore aussi dramatique que pour la Russie ou même l’Allemagne, mais…

Mais ce serait une autre «histoire».

 

Il faudra bien, un jour, que l’on réexamine ce dilemme : respect de l’individu ou défense de la société (à moins que ce ne soit le contraire). Les deux ont leurs justifications et leurs objections, leurs avantages et leurs inconvénients. Mais il faut parfois trancher et en disant pourquoi, sans se camoufler en attendant que ça passe, car ça ne passera pas.

 

Marc Delîle

1. Rappelons que nous exposons un point de vue «cynique».

2. Cette modération suppose que la pénitentiaire ait les moyens de suivre effectivement le criminel, pendant l’emprisonnement initial, pour l’aider à sortir de son état, et lui permettre de revenir paisible et utile au sein de la société.

3. J’ai beaucoup dadmiration pour ce révolutionnaire de la Chartreuse de Parme qui, sur le point être fusillé, crie son nom en ajoutant fièrement «… homme libre». Il est frappant, aujourdhui, que des assassins, même pris sur le fait de leur violence, nont jamais rien fait. «Ils ne savaient pas !». Ils étaient seulement spectateursLes prétoires sont remplis dinnocents ! Ce nest pas le courage dassumer ce que lon a fait, peut-être en y croyant, qui domine.

4. Il n’est pas inutile de rappeler, à ceux qui craignent le fascisme à travers les attitudes autoritaires d’un État, qu’historiquement, les dictateurs sont arrivés souvent pour clore des périodes de grande instabilité et d’insécurité, tels Napoléon ou … Hitler.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Bernos 04/11/2019 08:48

Cher Marc Durand,
N’ai je pas été assez clair ou m’as-tu lu un peu rapidement avec peut-être un peu de prévention ? En tous cas, tu me fais un véritable procès d’intention, qui me chagrine, quand tu considères que, dans mon texte, la «peine de mort» n’est pas qu’un simple exemple et affirme (sur quelle preuve ? ) que ce que je dis sur elle et le reste «exprime bien ce que je pense de la situation».
Et bien non, tu te trompes ! Je suis, effectivement, ni «pour» ni «contre» la peine de mort. Ça reste une question que je trouve sans solution satisfaisante et que l’on doit traiter selon les cas. Sauf qu’on n’a plus le «droit» d’en parler sous peine de passer pour un horrible fasciste. Je crois d’ailleurs avoir écrit qu’il ne saurait s’agir de vengeance, mais de régler un problème «social» insoluble : que faire d’un individu qui est une menace permanente, grave et imparable ? Je mets, me semble-t-il, bien des précautions avant de me résoudre à une «condamnation». Et l’idée d’une condamnation avec sursis ne me semble pas si farfelue, elle concilie humanité et sécurité : à l’assassin de choisir. Quand un meurtrier ou un terroriste s’obstine, on ne peut décemment pas prétendre que son seul crime est de « ne pas respecter nos valeurs». Ou alors, il faut préciser ce que sont ces valeurs, valeurs formelles si on ne peut les vivre dans la paix.
Si «les populistes radicaux surfent sur ce genre de considérations», ce qui est exact, c’est peut-être bien parce que les «humanistes» ne veulent pas affronter ce dilemme. se contentant de principes honorables sans doute, légitimes, mais incapables de traiter certains cas extrêmes. Des théologiens, au XVIIe siècle, considéraient comme méritoire, mais non-obligatoire, de ne pas se livrer à la légitime défense dans l’espoir que, si l’assassin survivait à son crime, cela lui donnait la chance de venir à résipiscence et de «sauver son âme». Sans doute un saint peut-il se résoudre à ce geste généreux, mais une société ?
Je ne suis pas d’accord non plus quand tu dis : « L’avortement ou la fin de vie n’ont rien à voir avec la peine de mort». Il s’agit dans tous les cas de mettre fin à une vie. J’espère que tu m’épargneras le couplet sur le fait qu’un fœtus n’est pas une personne, ou alors on va retomber dans les discussions, qui trainent depuis Aristote, de savoir à partir de quel stade, de combien de semaines un fœtus est un être vivant de nature humaine en devenir. Ça a occupé les théologiens moralistes pendant des siècles, réduisant les accoucheurs à l’impuissance, quand ils respectaient les règles de l’Église lors d’un accouchement périlleux. J’admets tout à fait des cas où l’avortement est un moindre mal (danger de mort pour la mère, par exemple), le jugement serait à porter par une équipe de médecins, juristes, «moralistes» et les personnes concernées…
Quant à la fin de vie, que beaucoup voudrait abréger pour diverses raisons (méfions-nous des héritiers), là encore où placer le curseur ? Dans le cas d’un malade condamné et souffrant, ce pourrait paraître relativement simple. Mais bien des gens se découragent de vivre (pour 100 raisons) qu’il suffirait de soigner et de soutenir pour qu’ils renoncent à la mort. Tous les services de soins palliatifs le confirment.
In fine, tu poses un problème éthique, voire philosophique, important. Qu’est-ce qui fait l’humanité d’un individu ? Résiste-t-elle à une succession d’actes «inhumains» accomplis par lui ? Tu écris : «l’existence de son libre arbitre […] le rend responsable de ses actes, mais aussi capable d’évoluer». Certes, et c’est pourquoi j’abordais cette interrogation en réservant la possibilité de n’exécuter que les «multi-multi récidivistes». A un moment il faut choisir. : le respect et la sécurité d’un individu ou ceux de la société, c’était le thème proposé, qui t’a échappé.
Marc Delîle

Robert Kaufmann 03/11/2019 22:18

Merci à Marc Deîile d"avoir le courage de rebattre les cartes et les étaler sur la table sur ces sujets graves et brûlants d"actualité.
Je suis, moi aussi, frappé depuis quelques décennie par les paradoxes éclatants, le manque de clarté, la mollesse, le manque de courage, de convictions et de lucidité, voire la lâcheté de certains de
nos dirigeants et leaders d'opinion.
Pour être plus précis, l'attention que l'on affecte de porter à l'individu isolé, serait-il le pire criminel, et la légèreté avec laquelle on décide dans le même temps d'opérations militaires extérieures avec les armes modernes, porteurs de destructions massives...et donc de dégâts co-latéraux et la mort quasi "programmée" de milliers de civils innocents ( Bosnie, Serbie, Koweit, Afrique Centrale, Libye, Syrie.....)
La bruyante satisfaction de l'abolition de la peine de mort et de l'étonnante discrétion sur la remise en liberté quasi programmée du criminel, tôt on tard, et le risque délibéré pour la société que cela représente; surtout si l'individu en question correspond au profil qu'en fait Ch.Guès.
Je me suis souvent posé la question depuis sur mon attitude si j"étais appelé à voter l'éventuelle peine de mort. Et dans ma conscience, ma réponse a toujours été mon questionnement si je suis interrogé en tant que Chrétien; mais ma ferme détermination à défendre la société si j"ai été appelé en tant que Juré.
Pourquoi ne pose t-on pas la question de savoir si un individu qui viole un enfant et le tue de sang froid pour effacer le témoignage de son crime mérite encore d'être considéré et traité comme un être humain ?

Je n'ai pas d'état d"âme envers ceux qui ont pris la décision de partir combattre à l"étranger pour une cause jugée criminelle par leur pays. Pas plus que leur famille si elle a décidé de suivre. Il me parait normal que ce soit le pays agressé qui les juge; tout comme un terroriste étranger doit être jugé en France si c'est chez nous qu'il passe à l'acte.
Au risque de choquer, je pense que rapatrier les enfants de djihadistes morts, c'est prendre le risque de les voir élevés dans le souvenir de leur père mort en héros pour la cause islamiste et en faire de futurs "vengeurs". Pourquoi ne pas les confier à un pays dont la religion et la culture correspondent à l'idéal porté par leur père ?
La mansuétude manifestée par les pouvoirs publics (résurgences d'une culture judéo-chrétienne ? ) et soutenue par les milieux gauchistes a fort peu de chances de radoucir ceux qui ont décidé de s'attaquer à notre forme de civilisation et notamment à notre conception laïque de la société. Elle est considérée comme une faiblesse et une forme de désarmement moral qui ne fait qu'accélérer le processus.
Je parlais de lucidité !
De même lorsqu'on songe à l'IVG, payée par la société pour une partie de la communauté et les allocations familiales pour une autre partie, qui pratique la politique inverse. Faire l'économie de l'analyse du phénomène (pour ne pas dire le masquer) et les conséquences à long terme, c'est irresponsable.

On pourrait allonger la liste des paradoxes qui secouent notre société et la met en péril. Ce qui m'apparait, comme le laisse d'ailleurs entendre Marc Delîle, c'est qu'ils sont porteurs des poussées populistes que l'on observe ici et là et qui ne sont que le prélude à une poussée décisive d'extrême-droite autoritaire, si la Démocratie n'est pas suffisamment forte, lucide et courageuse pour défendre sans concessions ses valeurs.

Robert Kaufmann

Guès Christiane 03/11/2019 10:45

La peine de mort a été supprimée en France sans tenir compte de l'opinion publique car l’État savait qu'elle serait en majorité pour. Pourtant les jurés sont choisis parmi le peuple pour se prononcer sur les condamnations.
Personnellement je trouve que ça ne tient pas ce que disait Maître Badinter 4 ans avant l'abolition de la peine de mort.
On sait très bien que des tueurs en série comme Francis Heaulmes, Michel Fourniret ou encore Nordah Lelandais, récidiveront tant qu'ils ne seront pas arrêtés. Ce n'est pas la menace de la peine de mort en sursis qui les en empêcheront et un ou une autre innocent(e) aura servi de cobaye. D'ailleurs cette proposition n'a pas été retenue.
Ces individus qui violent et qui tuent ont des pulsions meurtrières auxquelles il leur est impossible de résister ou qui ne tentent pas d'y résister car on ne peut leur enlever leur part de culpabilité par manque de volonté. On pourrait les relâcher au bout de quelques années si médicalement il était possible de supprimer ces pulsions. Mais dans ce cas comment vérifier la prise effective de leurs médicaments ? Et ont-ils vraiment conscience de la responsabilité de leurs actes au point de se dire :  « Je dois à tout prix prendre mes médicaments sinon je vais recommencer à tuer ».
On a vu un délinquant sexuel condamné à 10 ans de prison pour viol et à sa sortie violer et tuer une jeune femme car il avait « oublié » de prendre ses médicaments.
La seule solution actuelle c'est de les garder en prison jusqu'à la fin de leurs jours. Mais est-ce bien le cas ? C'est toujours la perpétuité mais assortie de 20 ou 30 ans d'incompressibilité. Et après ?
La meilleure solution c'est la méthode Américaine par exemple 90 ans de prison Pour peu que le condamné ait au moins 20 ans il n'est pas près de ressortir.
La guerre qui tue aujourd'hui est plutôt économique. Les actes terroristes tuent plus de civils que de militaires. Vivre dans la rue même si ce n'est pas en permanence condamne les SDF à mort à plus ou moins brève échéance. Et chaque hiver on retrouve la triste liste des morts de la rue dans laquelle figure toujours 2 ou 3 enfants.. La-plupart ce sont des roms ayant choisi le nomadisme mais méritent-ils cette peine ?
En Europe on ne condamne plus à mort. Mais laisser mourir noyés des centaines de migrants en Méditerranée n'est-ce-pas une condamnation à mort à grande échelle ?
Le laisser faire fait plus de mal que le couperet de la guillotine.
Il est vrai que les états Européens ne peuvent pas tout recevoir, tout sauver, tout indemniser mais dans le cas des migrants il y a certainement des mesures à prendre avec les autorités africaines pour que leurs ressortissants ne se trouvent pas dans l'obligation de fuir leur pays.
C'est beau de mettre en évidence le régime démocratique et les droits de l'homme mais encore faut-il les appliquer.
Tout cela me fait penser à ce film vu dernièrement à la télé : « le juge et l'assassin ». Au XIXe siècle ce tueur en série avait été condamné à mort pour avoir tué 12 enfants. Mais dans le même laps de temps 2500 enfants étaient morts dans les mines de charbon.
Alors cherchons le plus coupable !
Christiane Guès

Marc Durand 02/11/2019 20:42

Je suis d’abord très gêné par la clause de style consistant à dire que l’on ne prend qu’un exemple, ou se cacher derrière « si l’on est cynique », alors que tout le texte révèle que l’auteur exprime bien ce qu’il pense de la situation, et son point de vue sur tous les points qu’il soulève. Il ne traite pas des droits de la personne en général mais de la peine de mort, du terrorisme, de l’avortement, etc. Il donne son point de vue, de façon directe ou pas, mais faisant comme s’il se contentait d’évoquer des sujets sur lesquels il ne se prononcerait pas. Il écorche même au passage les principes de non-discrimination ou d’égalité...

Rappeler que certains terroristes ont montré du sadisme, que leurs femmes pouvaient être complices, que leurs enfants en sont marqués permet une belle envolée lyrique fort bien écrite mais ce n’est pas en faisant pleurer ou frémir qu’on fonde une éthique. On peut ajouter le manque de courage supposé des criminels (qu’est-ce qui permet de l’affirmer ? et le seul exemple de courage donné se trouve dans un roman!) ou les circonstances atténuantes réclamées par la défense, quelle que soit l’horreur du crime, tout cela fait frémir le lecteur, mais c’est hors sujet, on joue sur nos sentiments primaires de vengeance ou de peur, cela ne fait pas une politique, du moins on peut l’espérer. Pour le moment les populistes radicaux surfent sur ce genre de considérations, et il est vrai que nos gouvernements sont bien tentés de leur emboîter le pas. Je pense nécessaire de se garder de ces terrains glissants.

L’avortement ou la fin de vie n’ont rien à voir avec la peine de mort. La défense de la vie d’une femme mise directement en danger (c’est l’exemple pris par l’auteur qui cite la légitime défense) par un être en devenir ou le désir d’en finir par une personne en fin de vie n’ont rien à voir avec l’exécution à froid par la société, en notre nom, d’une personne qui, à ce moment là, est totalement impuissante. La légitime défense concerne un danger direct et immédiat et dans les guerres il s’agit de conflits entre peuples, l’individu est dépassé par la société. Dès qu’il est prisonnier, l’individu reprend son statut personnel et l’exécuter est un crime de guerre.

Je ne suis pas partisan de la guerre, sur l’avortement et l’euthanasie il y aurait beaucoup à dire, tout cela ne va pas de soi, mais ce sont d’autres sujets et à tout mélanger on peut déclencher des sentiments, mais il me semble que nos convictions doivent être autrement fondées.

En fait l’auteur institue des symétries entre l'attitude des criminels et celle de la société qui le juge : il nous agresse, nous réagissons. Ces symétries ne sont pas pertinentes. La société doit rendre la justice, nous n'éliminons pas un moustique qui nous a piqué, nous ne faisons pas un raisonnement coût bénéfice pour réduire une nuisance...Ce n’est pas parce qu’un individu ne respecte pas nos valeurs que nous devons y renoncer face à lui. C’est peut-être rageant, mais c’est le b-a ba de l’éthique. Et c’est bien parce qu’individuellement nous sommes trop impliqués pour « faire justice » et non vengeance, que la Justice est régalienne, la société seule peut la rendre. La société juge et sanctionne en fonction de valeurs qui ne concernent pas que ce cas particulier mais qui sont au fondement de notre vie collective. Parmi ces valeurs, il y a l'humanité d'une personne, même criminelle, (ce n'est pas un moustique que l’on élimine), l'existence de son libre arbitre (ce qui le rend responsable de ses actes, mais aussi capable d'évoluer), et donc des considérations éthiques et des considérations de droit qui n'ont, me semble-t-il, que peu de rapport avec la plupart des arguments du texte.