Toussaint

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Fête de tous les saints, c’est-à-dire de tous les hommes, de toutes les femmes qui nous ont précédés sur terre et qui vivent « dans le sein d’Abraham ». 

Mais qu’est-ce à dire ? Le ciel ? qu’est-ce ? Sont-ils vivants ? Que cela signifie-t-il ? Résurrection dans l’au-delà ? Ce sont des mots, mais la réalité ? Ils attendent la résurrection des corps ? Mais hors du temps que peut signifier « attendre » ? Et que signifie la résurrection des corps ?

 


Autant de questions suivies de nombre de réponses, de là à ce qu’elles soient convaincantes... Par définition nous ne savons rien de l’au-delà, nous n’avons aucune idée du « hors du temps », alors nous créons des images, mais ce sont des images…

 

Et pourtant nous allons fêter la Toussaint. Mais pourquoi donc se préoccuper de ces saints du passé ? En quoi nous concernent-ils ?


Peut-être serait-il possible de mieux comprendre en utilisant l’image du Corps du Christ. Le Corps du Christ, c’est l’Église vivante, faite de tous les « saints » et de nous, dans la mesure où nous le voulons. « Il [Dieu] a tout mis sous ses pieds et il l’a donné, au sommet de tout, comme Tête de l’Église, qui est son Corps...celui qui remplit absolument tout » (Eph 1, 22-23). Église qui vit de la vie de Dieu. Ce n’est pas l’institution et l’Église ne se réduit pas non plus à une assemblée humaine. Mais si le Corps du Christ est cette Église, alors que représente le pain de l’Eucharistie ?

 

Reprenons ce qui se passe dans nos eucharisties, cela nous éclairera peut-être un peu.

 

D’abord célébration de la Parole. On prend le temps de constituer une communauté réunie, en commençant par le rite de la purification, puis de la louange qui est une façon de nous mettre à notre place en face de Dieu : ce n’est pas nous qui agissons mais le Père qui agit en nous. Nous nous donnons alors la Parole les uns aux autres en puisant dans les deux Testaments (on peut regretter que dans le rite actuel la communauté reste silencieuse et ne fasse que recevoir au lieu d’échanger). Enfin par la prière universelle nous nous joignons à l’humanité entière qui est appelée comme nous à la vie avec le Père. Le Christ « remplit absolument tout », c’est toute l’humanité, présente et passée qui est concernée.


La célébration a besoin de signes pour exprimer ce qui se passe, il est essentiel qu’il y ait un signe de ce que nous sommes, vivants dans le monde. L’eau et le vin, « fruit du travail des hommes », sont le sacrement (signe sensible d’une réalité invisible) de notre travail, de notre action, de toute notre vie.

 

La prière eucharistique (le « canon ») présente nos vies pour que nous devenions le Corps du Christ. La consécration de l’eau et du vin fait du sacrement de nos vies celui du Corps du Christ qu’est l’Église. C’est toujours du pain et du vin, mais devenus beaucoup plus : un signe visible du Corps du Christ. Et ce ne sont pas seulement le pain et le vin, mais le pain et le vin partagés, nous y reviendrons.« Or vous êtes le Corps du Christ, et membres, chacun pour sa part » (1 Cor 12, 27).

 

Le prêtre représente le Christ, seul habilité à transformer le peuple en son Corps, c’est-à-dire à le faire entrer dans la vie de Dieu (on peut se demander pourquoi on a besoin d’un « homme consacré » pour exécuter ce rite qui concerne tous les participants). Mais cela ne suffit pas, le prêtre n’est pas seul, toute la communauté doit y être associée.


Le Corps ainsi constitué peut alors s’adresser au Père, par son Fils et inspiré par l’Esprit : c’est le Notre Père suivi de la prière pour la paix nécessaire à la vie du Corps, l’assemblée entre dans l’économie de l’amour trinitaire, « ...construction du Corps du Christ, jusqu’à ce que nous parvenions tous ensemble à l’unité dans la foi et la connaissance du Fils de Dieu, à l’État d’homme parfait, à la taille même qui convient à la plénitude du Christ » (Eph 4, 12-13). (voir les chapitres 13 à17 de l’évangile de Jean qui sont le cœur du message de Jésus). Le terme « plénitude » indique bien que tous les hommes sont concernés.

 

Nous disions « cela ne suffit pas ». Il manque un élément qui signifie que le Corps du Christ n’est pas un magma d’individus mais un Corps : le pain et le vin doivent être partagés. Ce partage donne à chacun sa place dans l’Église, qui lui permet de vivre dans cette économie trinitaire. Partager le pain va de pair avec le lavement des pieds : pas de Corps du Christ sans le service du prochain. L’évangile de Jean ne parle d’ailleurs pas de la « consécration » mais seulement du lavement des pieds. Le sacrement du Corps du Christ, c’est le pain et le vin, représentants de toutes nos vies, partagés entre nous. La consécration est un point de basculement, mais, seule, elle n’a aucun sens.

 

Enfin, la communauté ainsi constituée peut alors être envoyée dans le monde, elle ne vit pas pour elle-même, tous les hommes sont concernés, comme le dit Paul : « Dieu qui est tout en tous » (1 Cor 15, 28)

 

Ce long détour devrait éclairer ce que nous célébrons à la Toussaint : la fête du Corps du Christ, la fête de l’Église constituée de tous nos pères avec nous, qui partageons le pain (comprendre le service) entre nous. Fête dans laquelle, nous qui sommes dans le temps, nous répétons ce rite de l’Eucharistie pour nous incorporer au Corps. Chaque dimanche est ainsi la fête de la Toussaint.

 

Le lendemain, fête des morts, la même fête se prolonge. Il est bon, pour nous terriens, d’être concrets et de célébrer tout spécialement les saints que nous avons connus, ceux qui nous ont directement introduits à la vie de Foi, et d’y associer aussi ceux que nous avons connus et ne vivaient pas de cette foi mais n’en sont pas moins maintenant vivants avec le Père. C’est avec eux que nous réalisons le Corps du Christ.

 

                                                                                         Marc Durand

                                                                                         

 

Publié dans Réflexions en chemin

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Guès Christiane 13/11/2019 15:24

Après ce commentaire j'arrête l'échange
Vous faites toujours dire aux gens ce qu'ils n'ont pas dit
Les gens normaux ne peuvent pas accepter ni la souffrance, ni la mort d'un enfant. Pour moi l'enfant est une promesse d'avenir. Personne n'a vraiment d'explication à apporter à ce drame quand un enfant souffre et meurt. Aux parents il leur est enlevé en grande partie le sens de leur existence et il serait très déplacé de leur dire que leur enfant est au Paradis. Mais s'ils sont croyants ils peuvent arriver à se raccrocher à cette idée pour tenter de survivre.
Bien sûr que toute l'existence est marquée par ce que l'on a subi dans l'enfance. On dit qu'il faut essayer de se reconstruire, plus facile à dire qu'à faire !
Vous avez mis le doigt sur le véritable mal absolu. Il a été appelé « la solution finale » perpétrée par des « hommes » qui n'avaient rien d'humains. Une religion est un très bon motif, la preuve aujourd'hui l'Islamisme radical : on tue au nom d'Allah. On a tué dans le passé au nom du Dieu des chrétiens. Une religion différente reste un bon motif de génocide.
Alors on supprime les religions, pourquoi pas les interdire ? Mais les assassins trouveront d'autres motifs pour tuer. Peut-être une idéologie, peut-être aussi pour supprimer les improductifs. Le mal absolu peut se saisir de tellement de boucs émissaires. Mais il ne faudrait pas se tromper de coupable. Ce sont des hommes la derrière, des hommes à l'esprit tordu et non une religion.
Mais quand on distingue qu'il y a un absolu dans le mal c'est qu'il y a aussi un esprit du mal à l’œuvre. Pourquoi Hitler a échappé à tous les attentats ? Vous allez répondre c'est une succession de coïncidences. La différence avec vous c'est que pour moi c'est un esprit du mal qui l'a protégé car il y avait justement trop de coïncidences..
Les Juifs disent que Dieu était absent lors de la Shoah, qu'il les avait abandonnés. Non il n'était pas absent. Cette fois-ci c'est Dieu le Père qui était crucifié dans chacun de ces enfants suppliciés et assassinés.
La grande entreprise du Mal c'est de prendre le pouvoir sur Dieu. Et pour cela le Mal ne s'est plus contenté d'un seul homme comme il y a 2000 ans, pour lui ça a d'ailleurs échoué, mais de tout un peuple et de plus un peuple qui se disait élu de Dieu. Le but du Mal c'était qu'en mourant dans les chambres à gaz tous maudissent Dieu.
C'est le cri en forme de S.O.S. lancé par Etty Hillesum qui seul peut contribuer à faire reculer le Mal encore aujourd'hui : « Il faut sauver Dieu, nous avons le devoir de sauver Dieu en nous » un cri qui restera toujours d'actualité.

Guès Christiane 11/11/2019 11:05

C'est vous qui employez ce mot d'irréfutable. J'ai dit qu'on en savait un peu plus sur cet au-delà que nous ne connaissons pas. L'expérience a seulement démontré que ça ne pouvait pas venir des dernières hormones émises par le cerveau, c'est ce que je crois irréfutable. Mais ça peut venir d'ailleurs, du reste de l'organisme de la personne qui est maintenue artificiellement en vie. Je vous ai dit la science continue à chercher dans ce domaine. Seulement pour moi ça me paraît difficile qu'il y ait un autre lien avec l'organisme que celui du cerveau.
Mais ça ne concerne ni la morale ni la religion du moins dans un premier temps. Pour moi la vie éternelle est d'abord un processus de la vie humaine qui ne s'arrête pas avec la mort, ça concerne donc essentiellement la personne qui dans un premier temps va voir son corps allongé, entendre ce qui se dit autour d'elle, se déplacer dans d'autres pièces puis voir un tunnel et la lumière au bout de ce tunnel. Même s'il s'agit d'un criminel et pire d'un tueur en série, s'il fait une E.M.I. Il verra au moins son corps allongé sans vie aux mains des médecins, peut-être le tunnel mais sera-t-il attiré par cette lumière qui n'est qu'amour et seulement la verra-t-il ? Il y a eu des EMI négatives pour certains même s'ils n'avaient pas commis de crime. Une seule question leur est posée : As-tu aimé ?
Je chercherai encore dans la semaine qui vient ce magazine science et avenir puis j'arrête. Le livre je le lirai peut-être si j'ai le temps. J'ai déjà lu plusieurs E.M.I. sur internet, je sais ce qu'il en retourne et qu'elles transforment souvent la vie de la personne.
Ni pour un enfant, ni pour un adulte la souffrance n'a de sens en elle-même.sauf si elle est offerte pour une cause humanitaire ou encore dans l'acceptation du martyre pour sa foi (les kamikazes de Daesch sont bien sûr exclus étant une contrefaçon du martyre avec à l'appui l'assassinat de plusieurs personnes) Un enfant ne peut convertir ses souffrances pour le bien de l'humanité ou pour l'amour de Dieu. Mais ce sont ses parents qui peuvent traduire cela s'ils sont croyants et s'ils en ont le courage. Certains ont vécu une E.M.I. et ont vu leur enfant ayant grandi et étant heureux dans le Paradis mais ce n'est pas donné à tous et faire son deuil c'est une jolie expression mais souvent impossible à mettre en pratique dans ces cas là.
Sachez que je n'ai ni peur de la mort ni du néant si ce dernier existe. Comment pourrais-je en avoir peur puisque je ne saurai rien de ma disparition ?. J'ai plutôt, comme la-plupart des gens, peur de la souffrance qui précède la mort même si je crois que la mort ouvre une porte sur une autre vie.

Vulliet 12/11/2019 19:51

Le lecteur a tous les éléments en main et je ne reviendrai pas, au risque de le lasser, sur cette expérience (de 2007?) qui a provoqué mes réponses. Mais je ne lâche pas sur la question de la souffrance de l’enfant. Je ne comprends strictement rien à votre remarque: «Mais ce sont ses parents qui peuvent traduire cela (?!) surtout s’ils sont croyants et s’ils en ont le courage». Je ne peux donner aucun sens au verbe «traduire» , je ne sais pas ce que signifie «cela», je trouve obscène le «surtout» et je ne vois aucun rapport avec le courage (les parents qui ne «traduisent» rien seraient donc des lâches?). François Heidsieck objecta à Marcel Conche : « Si l’enfant [...] ne sait pas tirer un sens spirituel de sa souffrance, l’important ce n’est pas seulement ce qu’il éprouve ou ce qu’il pense […]. L’important, c’est CE QU’IL EST. De ce point de vue, on ne peut légitimement isoler l’instant ou la durée de la souffrance du TOUT DE LA VIE, c’est-à-dire de la vie immortelle, tant présente que future. C’est pourquoi on peut espérer plus qu’une compensation, un bonheur d’un ordre infiniment plus élevé pour eux dans le ciel. C’est le pari de Pascal: les plaisirs, les souffrances du monde ne sont rien au prix de la béatitude que Dieu donne au-delà de la mort.»[1] Conche lui répondit, admirablement comme d’habitude: «L’enfant qui souffre, dit mon interlocuteur, peut bien ne pas donner de sens à sa souffrance. L’important, “ce n’est pas seulement ce qu’il éprouve… c’est ce qu’il est”, et il faut le prendre comme ayant une vie éternelle et comme devant connaître un bonheur auprès duquel ses peines d’ici-bas ne sont rien. L’argument est par trop commode, car il est bien vrai que nos malheurs ne durent qu’autant que nous, dont la durée est peu de chose dans le temps infini (ou l’éternité). Qu’est-ce que deux ans de camp de concentration par rapport à l’éternité ? On a bien tort décidément de faire tant d’histoires! Celui qui a passé deux ans à Dachau devrait considérer le rapport 2/∞. Sa souffrance, il faut le reconnaître, a été quasi nulle. A-t-il même souffert? Mathématiquement non. On le voit: M. Heidsieck oublie que la souffrance n’a de sens que par un sujet, lequel ne se sait pas éternel, mais s’éprouve comme tout entier présent, et vivant tout entier la minute présente de sorte qu’il n’a pas d’autre vie que celle qu’il vit chaque fois dans le présent. On ne vit qu’au présent, et on ne vit pas en même temps plusieurs ou une infinité de vies présentes, mais une seule. Les bonheurs que nous ne vivons pas peuvent servir, dans le souvenir ou l’espérance, à supporter le malheur que nous vivons: songeons, par exemple, à la réminiscence épicurienne (seulement on ne peut pas demander à un enfant d’être Épicurien!). Mais les bonheurs que non seulement nous ne vivons pas mais dont nous n’avons ni souvenir ni espérance ne peuvent servir à supporter le malheur présent, et, précisément pour cette raison, ne peuvent, de quelque façon que ce soit, le compenser. Car tous les bonheurs du monde ne font pas que ce qui a été vécu ne l’ait pas été./Il faudrait ajouter que les souffrances dont il s’agit laissent des marques ineffaçables. Les enfants qui ont survécu aux camps n’ont pu, en général, connaître l’ordinaire bonheur humain. Quant aux autres, s’ils sont heureux dans le “ciel” de M. Heidsieck, il faut croire qu’ils y ont perdu la mémoire.»[2]

Armand Vulliet

P.-S. Je signale, au cas où cela vous intéresserait, que je possède en traitement de texte le dossier complet du débat à propos de l’article de Marcel Conche «Christianisme et mal absolu» (article de Conche, réponses d’Étienne Borne et François Heidsieck et compléments extraits de la version ultime de l’article dans Marcel Conche, Orientation philosophique [1974]) et que je peux vous l’envoyer par mail.

[1] «Sur le devoir d’incroyance», in Raison présente n°10, 2e trim. 1969, p.119. Dans le paragraphe précédent, il se fendait de ces mots creux à hurler dont seuls les théologiens ont le secret: «selon la révélation chrétienne, la misère et la mort, les souffrances infligées par la nature sont la conséquence de la faute d’Adam. Je dis donc: la souffrance est infinie, mais la liberté et l’amour (qui enveloppent la possibilité de la souffrance) sont d’une infinité bien plus élevée, sont infiniment infinis [sic].»
[2] Ibid., p.123-124.

Guès Christiane 08/11/2019 19:28

Effectivement, ce livre n'est peut-être pas encore paru car le passage à la radio de ce prêtre est tout-à-fait récent. D'autre part ce livre s'intitule : « Expérience de vie imminente » et non État.
Je n'ai pas inventé cette expérience qui a eu lieu mais ça a été la seule concernant une seule personne.
Si les scientifiques avancent prudemment sur ce terrain c'est qu'ils ne veulent pas empiéter sur un terrain qu'ils considèrent comme celui de la religion. Ce n'est pas leur rôle d'autant plus que chez eux il y a beaucoup d'athées.
Je ne recherche pas de caution savante mais je ne refuse pas une preuve scientifique d'une vie après la mort. Si ça apporte un plus à ce que je crois pourquoi pas ? Si pour vous une quelconque expérience apporte un plus à votre athéisme allez vous la rejeter ?
Je n'ai toujours pas trouvé le numéro en question de Science et Avenir. Mais ça m'est complètement égal. De même ce livre : « Expérience de vie imminente », il paraîtra peut-être dans quelques temps mais je ne le lirai probablement pas.
Ce ne sont pas ces expériences en elles-mêmes qui m'interpellent mais c'est le fait que la-plupart des personnes qui les ont vécues ont souvent changé leur regard sur le monde. Certaines se sont converties ou confortées dans leur propre religion, d'autres ont pris des engagements dans des mouvements de solidarité pour plus de justice, de partage, de fraternité au point que leur propre famille ne les reconnaisse plus et se trouve confrontée à une personne nouvelle. Donc ces expériences ont quelque chose de positif, ça me suffit et je pense que ce sujet valait d'être soulevé même s'il provoque beaucoup de scepticisme.

Vulliet 10/11/2019 11:10

Si j’ai insisté sur cette expérience de 2007 (peu importe la date), ce n’est pas que je suppose une invention de votre part mais parce que vous la présentez comme «une preuve irréfutable de cette réalité». Vous n’entendez certainement pas par «cette réalité» la réalité des EMI, dont nul n’a jamais douté, mais l’existence de l’esprit sans le corps. Autrement dit, cette expérience est la réfutation du matérialisme. Et de l’athéisme? Vous dites qu’il vous «est parfaitement égal» de lire ou pas le dossier de Sciences et Avenir et le livre de Patrice Gourrier. Pourquoi m’avez-vous donc conseillé de lire la revue et mentionné le livre? Que des personnes ayant vécu une EMI aient vu leur vie radicalement transformée dans un sens positif n’a rien à voir avec une quelconque vérité, scientifique ou religieuse. Je n’attends personnellement pas d’une expérience qu’elle apporte ou pas un plus à mon athéisme, car je n’ai pas besoin d’être rassuré, conforté ou confirmé dans mes convictions. Au contraire: je serais aux anges de découvrir un fait qui les infirme, qui me bouleverse et me retourne (sens du mot conversion que je sache). Si c’est impossible à mon avis dans la question de la croyance au dieu chrétien, c’est qu’elle relève de la morale, pas de la science. Croire en un dieu d’amour est un immoralisme (voir Marcel Conche dont j’ai suffisamment parlé).[1] C’est le seul point qui vaille.

Armand Vulliet

[1] «les enfants n’ont pas sur leur vie naturelle cet empire qui leur permettrait de la transfigurer. Comme leur souffrance ne peut prendre pour eux un sens, il ne m’est permis de lui en donner un. Me substituer à eux, considérer comme acceptable que leur supplice ait sa raison d’être, serait manquer à mon devoir essentiel qui est non seulement de les traiter et de les respecter comme des personnes alors qu’ils n’en sont pas encore (et que leur devenir-personne dépend précisément de moi, ce qui me crée vis-à-vis d’eux une responsabilité infinie), mais de refuser toute approbation, même implicite, à ceux qui ne reconnaîtraient pas ce devoir. Je dois donc refuser d’admettre la possibilité de la légitimité du supplice des enfants. Or croire en l’existence d’un Dieu créateur du monde serait admettre la possibilité de cette légitimité. Ainsi, d’un point de vue moral, je n’ai pas le droit de croire, je ne puis croire en Dieu. “Il est moralement nécessaire d’admettre l’existence de Dieu”, dit Kant. Sur ce point le renversement du kantisme s’impose inévitablement, et il faut dire: il est moralement nécessaire de nier l’existence de Dieu.» (Marcel Conche, «Christianisme et mal absolu», in Raison présente n°7, 3e trim. 1968, p.82-83.

Guès Christiane 06/11/2019 12:11

Cette expérience je l'ai lue dans un magazine : « La Vie » il y a plusieurs années. Je ne peux pas réellement affirmer si c'était en 2007 ou plus tard. Elle était beaucoup plus développée que ce que j'en ai dit. Que la science n'en ait pas informé les médias il est normal qu'elle avance prudemment sur ce terrain.
Il y a un magazine qui vient de paraître « Science Avenir » et un article intitulé : « Ce que la science sait de la mort ». Il traite du coma, des EMI etc.. Malheureusement les kiosques à journaux ont vendu leur stock (preuve que ça intéresse beaucoup de monde athées et croyants).
Le kiosque où je me sers en a recommandé, il doit les recevoir dans la semaine. Je vais encore y aller ces jours-ci car j'aimerais bien savoir ce que la science a établi.
Ce prêtre en question qui a écrit ce livre c'est Patrice Gourrier mais je ne sais pas qui est l'éditeur.
Je l'ai simplement entendu à la radio sur RCF canal 89.6 il y a quelques jours.
Il y en a un autre aussi qui s'est fait prêtre à la suite d'une EMI . Il s'appelle Lartigue. Il n'a pas écrit de livre. Il a simplement raconté son expérience toujours sur RCF. Il est Suisse et vit en Suisse.
Mais achetez ce magazine « Science avenir » si vous le trouvez encore en kiosque car justement comme l’Église, la Science commence peut-être à prendre en considération ces expériences.
Vous savez très bien qu'il y a maintenant la physique quantique qui dépasse les lois de la physique ordinaire que nous avons toujours connue. Et là on entre dans l'invisible. Il faut accepter que des réalités soient invisibles. Saint-Exupéry disait même que c'était là l'essentiel.
Personnellement j'avais la foi avant la découverte de ces E.M.I. dont un livre avait été écrit en 1972 « La Vie après la vie » par un docteur américain Moody. Celui-ci s'est d'ailleurs réjoui du résultat de l'expérience que je vous ai décrite, ça le confirmait dans ce qu'il croyait et la preuve que si ça n'a pas été trop ébruité il l'a quand même appris.
De toute façon la foi est un don, ce n'est pas quelque chose d'établi. Je fréquente une communauté chrétienne dans laquelle nous nous définissons : « Chrétiens en recherche ».

Vulliet 08/11/2019 13:15

Je vous remercie de m’avoir répondu et de m’avoir donné le nom du prêtre. Par contre je ne vois toujours aucune trace d’un livre de lui intitulé En état de vie imminente. Peut-être n’est-il pas encore paru.
Vous dites que les scientifiques n’ont pas informé les médias parce qu’ils avancent prudemment sur ce terrain (ce qui ne me semble pas la même chose que de dire qu’ils n’ont rien voulu dire par considération pour les athées), mais le problème, comme je l’ai dit, est d’imaginer que l’information ait pu être étouffée à ce point (vous reconnaissez vous-même que le grand chantre de la vie après la mort Raymond Moody a connu cette expérience).
Je demeure perplexe sur votre remarque que "la Science commence peut-être à prendre en considération ces expériences" (les savants les étudient depuis qu’elles sont connues) et, comme je l’ai dit aussi, je trouve curieux cette recherche d’une caution savante (désirez-vous à ce point une preuve scientifique de la vie après la mort?).
Je ne lis plus depuis longtemps les revues de vulgarisation scientifique comme Sciences et Avenir et Science et Vie qui accrochent l’œil par de prétendus dossiers (ils ne tiennent que quelques pages) aux titres tapageurs et qui n’ont qu’une visée commerciale. J’ai lu par acquit de conscience le numéro de Sciences et Avenir que vous signalez et comme prévu je n’ai rien appris. Vous avez appris l’expérience de 2007 par La Vie et l’existence d’un témoignage d’E.M.I. par un prêtre sur une radio chrétienne. Connaissez-vous la mécanique quantique en ayant lu des études sur le sujet ou par le même type de supports? Le monde quantique est la tarte à la crème de tous les spiritualistes, qui vont toujours l’évoquer dès qu’il s’agit de suggérer une autre réalité, mystérieuse, impensable, en bref un autre monde. Il existe pourtant d’excellents livres sur le sujet, écrits par des savants et aussi clairs qu’on peut l’être dans un domaine aussi pointu. Connaissez-vous l’extraordinaire Richard P. Feynman, un des plus grands physiciens du XXe siècle, pédagogue et vulgarisateur hors pair ? Son Cours de physique est un modèle du genre (cinquième et dernier volume: Mécanique quantique). Ce monsieur qui connaissait comme peu la théorie quantique écrivit entre autres: "C’est toujours une formidable aventure que de contempler l’univers en faisant abstraction de l’homme: j’entends par là le contempler tel qu’il serait si les êtres humains n’existaient pas, c’est-à-dire dans l’état où il s’est trouvé pendant la majeure partie de son histoire et où il se trouve encore dans la plupart de ses lieux. Dès lors que cette vision objective est fermement établie et que l’on s’est assez imprégné du mystère et de la majesté de l’univers pour pouvoir retourner ensuite ce regard objectif sur l’homme envisagé dans ce qu’il a de plus matériel, le fait de voir la vie comme une parcelle de l’insondable mystère universel est une expérience aussi rare qu’excitante : cette expérience s’achève en général par des éclats de rire et/ou emplit d’un délectable sentiment de déréliction en laissant entrevoir à quel point il est futile d’essayer de comprendre en quoi consistent ces étranges créatures de l’univers (des atomes doués de curiosité, en quelque sorte) qui s’observent elles-mêmes tout en s’étonnant de leur étonnement. Bref, ces types de visions scientifiques débouchent sur de l’effroi et du mystère et s’abîment à la marge dans un océan d’incertitudes, mais elles sont également si profondes et si impressionnantes qu’elles incitent irrésistiblement à rejeter la théorie selon laquelle tout cela ne serait qu’une vaste scène préfabriquée où l’homme balancerait entre le bien et le mal sous l’auguste regard de Dieu." (Richard P. Feynman, Vous y comprenez quelque chose, monsieur Feynman?, 1998, p.59-60. Ce livre rassemble trois conférences données par Feynman en avril 1963 à l’université de Washington à Seattle.)
Je signale, si ça vous intéresse, les émissions de la Tronche en Biais (sur la vie après la mort: https://www.youtube.com/watch?v=AgojP4yB-oo ; sur la physique quantique: https://www.youtube.com/watch?v=umoS5BN11Jo) et le livre de Richard Monvoisin Quantox. Mésusages idéologiques de la mécanique quantique, 2013 (on en trouve l’équivalent, sous le titre « Quantoc : l’art d’accommoder le mot quantique à toutes les sauces », sur https://cortecs.org/wp-content/uploads/2011/08/CorteX_Quantoc_BUP_21027.pdf; lire en particulier le dernier chapitre "La faute à qui?").

Armand Vulliet

Guès 01/11/2019 11:22

Que de questions laissées sans réponse !
Nous en savons tout de même un peu plus sur l'au-delà et la Résurrection qu'il y a 60 ans en arrière.
L'Eucharistie est essentiellement une mémoire et le partage d'un lien entre les chrétiens.
Depuis les années 1970 il a été enregistré dans les statistiques plusieurs millions de personnes ayant vécu ce qu'on appelle une E.M.I. (État de mort imminente) et dont certaines ont vu non seulement une lumière mais des personnes de leur famille ou des amis.
Pendant près de 4 décennies les scientifiques ont défini une cause à ces phénomènes en disant que c'étaient les dernières hormones émises par le cerveau qui les déclenchaient. C'était curieux et pas très adéquat mais pourquoi pas ? Mais en 2007 ils ont eu une preuve irréfutable de cette réalité. Pour opérer une femme d'une tumeur, les chirurgiens ont dû lui ôter le cerveau pendant plusieurs minutes et ils ont fait un test. Ils ont placé dans une boîte des objets divers et ont refermé la boîte. A son réveil cette femme a décrit tous les gestes des chirurgiens et tous les objets placés dans la boîte. Or son cerveau enlevé ne pouvait plus émettre d'hormones, d'après les chirurgiens c'était impossible.
C'est passé comme un simple petit faits divers. Les savants n'ont rien voulu révéler au monde par considération pour les athées qui ont bâti leur vie en excluant toute croyance en un au-delà mais aussi car ils n'avaient guère d'atomes crochus avec une religion qui avait condamné certains d'entre eux dans les siècles passés. Ils continuent cependant leurs recherches et surtout à prendre ces expériences de plus en plus au sérieux. C'est utilisé dans les soins palliatifs.
De son côté l’Église-Institution restait extrêmement réticente comme envers toute nouveauté.
Cependant elle commence à s'ouvrir à pas de fourmis car plusieurs de ces « expériencers » se sont fait prêtres à la suite de leur E.M.I. L'un de ces prêtres a dit : « A notre mort nous entrons dans une autre dimension, une dimension remplie d'un Amour dans son état culminant. Sur terre nous n'en expérimentons qu'une très faible partie car ce que nous appelons Dieu c'est cette dimension décuplée de l'Amour ». Un livre a été écrit par l'un de ces prêtres et il l'a intitulé : « En État de Vie imminente » et non de Mort car à notre mort on entre réellement dans la Vraie Vie.
Pour moi ceux et celles qui ont eu le courage de témoigner de leur E.M.I. faisant fi des moqueries et de convertir leur ancienne vie en une vie nouvelle dans la foi en la Vie Éternelle ce sont les saints et les saintes de notre temps.
Christiane Guès

Vulliet 05/11/2019 16:09

Je n’ai jamais entendu parler de cette expérience de 2007 qui serait pour vous la "preuve irréfutable" d’une vie après la mort. Il est difficile de croire que "les savants n’ont rien voulu révéler au monde par considération pour les athées qui ont bâti leur vie en excluant toute croyance en un au-delà" et, surtout, si c’est vrai, que cette occultation ait pu réussir, à moins de supposer un formidable complot de la communauté scientifique mondiale. Que je sache, il existe des savants croyants et en 2007 la presse à sensation et Internet ne seraient pas restés muets. Il est encore plus difficile de croire que les savants en général ne se soient pas rués pour vérifier la réalité de cette expérience. Quand ils ont eu l’occasion de tester pour la première fois la théorie de la relativité, ils étaient tous présents. Quand les expériences de Benveniste ont conclu à une mémoire de l’eau, des expériences de confirmation ont eu lieu. Si le cas que vous citez, qui remet en cause comme la mémoire de l’eau toute la physique existante, avait eu lieu, la communauté scientifique de la planète entière se serait focalisée sur lui car ce n’est certes pas un "fait divers". Décrire sans cerveau des objets qu’on ne voit pas, excusez du peu! Le seul cas que je connaisse où ont été testées des expériences de mort imminente en tant que sortie réelle du corps dans le cadre d’une recherche d’envergure est le projet du docteur Sam Parnia AWARE (AWAreness during REsuscitation: conscience pendant la résurrection) en 2008. Des pancartes furent placées avec des images uniquement visibles depuis le plafond dans des salles de réveil et d’opération dans une cinquantaine d’hôpitaux aux USA et au Royaume-Uni. Sur 2060 patients, seuls 330 survécurent à leur arrêt cardiaque, 140 furent sélectionnés pour (ou acceptèrent) un entretien, 101 allèrent au bout du protocole et finalement 9 furent retenus pour ce qu’ils considéraient avoir vécu comme une expérience de mort imminente. 7 n’ont eu aucune expérience visuelle ou sonore de leur environnement, il en resta 2 et un seul rapporta un événement vérifiable s’étant déroulé durant son arrêt cardiaque. Aucun ne mentionna les images placées en hauteur. [1]

Les expériences vécues lors des EMI sont aussi vécues par des « expérienceurs » dans des situations sans rapport avec la mort (méditation, rêve, stimulation de certaines zones du cerveau...) et les images vues lors de ces expériences dépendent des cultures. « [U]ne expérience de base [...] comprendrait les cinq éléments suivants : 1. Paix et bien-être, 2. Séparation du corps physique, 3. Entrée dans une région obscure, 4. Vision d’une lumière éblouissante et 5. Entrée dans un autre royaume. En réalité, la plupart des gens ne rapportent pas toutes ces séquences, mais uniquement l’une ou l’autre. » [2] Les Indiens et les Thaïlandais ne voient quasiment jamais de tunnel et de lumière finale, et les Japonais voient surtout une image de longue rivière.

De toute façon, les personnes qui témoignent, par définition, ne sont pas mortes : elles étaient EN TRAIN DE mourir. On se retrouve toujours devant ce mur : "Quand la mort est là, nous ne sommes plus." (Épicure.) L’espoir d’entrer en communication avec les morts par l’entremise des esprits a fait long feu et a sombré dans le ridicule. La femme de Robert-Houdin a contacté pendant plusieurs années par l’entremise de médiums l’esprit de son mari après sa mort. Aucun esprit n’a jamais prononcé la phrase que Robert-Houdin avait promis de lui dire s’il survivait après la mort.

Vous êtes manifestement terrifiée par la pensée que "seule la mort est éternelle" ("à notre mort on entre réellement dans la Vraie Vie") au point de considérer comme des saints ceux et celles qui, à la suite d’une EMI, témoignent de leur "foi en la Vie Éternelle". À ce propos, qui est ce prêtre auteur de En état de vie imminente? Chez quel éditeur ce livre a-t-il été publié? Je n’en ai trouvé trace nulle part. Je trouve par ailleurs curieux une foi en quête de caution savante. Le croyant qui cherche dans la science des confirmations de sa foi avoue son matérialisme. Il ne peut se reposer sur le socle unique de sa foi et cherche une assurance substantielle. L’interminable feuilleton du suaire de Turin en offre l’illustration la plus écœurante. Où demeure la foi d’un chrétien si elle se niche dans quelques fils de tissu à analyser avec les méthodes les plus sophistiquées de la recherche de pointe ? Croire sans voir, mon œil ! La foi se rive le globe au microscope électronique. Invoquer aujourd’hui les EMI relève de la même panique.

Armand Vulliet

[1] Voir Michel Leurquin et Jean-Michel Abrassart, Pour en finir avec le paranormal, 2018, p. 16-17 et Thomas C. Durand, La Vie après la mort? Une approche rationnelle, 2016, p. 30-32.
[2] Michel Leurquin…, ibid., p. 14.