À l'écoute de la Parole de Dieu dimanche 27 octobre

Publié le

30e dimanche du temps ordinaire Année C 

 

(Siracide 35, 15 b, 17-20, 22 a ; psaume 33 (34) ; 2e épître à Timothée 4, 6-8, 16-18 ; Luc 18, 9-14)

 

Qu'est-ce qu'être juste et humble ? Les textes de ce dimanche apportent des éclairages sur ces questions complexes, « du côté de Dieu » pour la première lecture et le psaume ; « du côté de l'homme » pour l’épître de Paul et la parabole du pharisien du publicain dans l’évangile de Luc.

Qu'est-ce que l'humilité ? Quelle différence y a-t-il entre le pharisien disant : « Je te rends grâce parce que… je jeûne deux fois par semaine… » et Paul écrivant : « J'ai mené le bon combat… je n'ai plus qu'à recevoir la couronne de justice : le Seigneur le juste juge me la remettra » ?

Être humble, est-ce simplement répéter comme le publicain : « Je suis pêcheur » en se frappant la poitrine et en répétant « Je ne vaux rien » ? Certes tout un courant dans la spiritualité et la liturgie catholique répète à l’envi qu'enfoncer l'homme dans son néant, c'est grandir la gloire de Dieu !

Paul ne « s'écrase » pas : on lui a même reproché une vanité certaine en arborant avec plaisir tous ses faits d'armes et trophées missionnaires. Dans la parabole des talents (Mt 25, 14 sq), les deux serviteurs sont fiers de dire à leur maître : « Tu m'as confié des talents, voilà ceux que j'ai gagnés par mon travail ». À l'inverse, le « mauvais serviteur » n'a rien fait fructifier, en doutant  de lui-même et de Dieu. La « gloire » de Dieu, c'est que nous soyons des « vivants », créateurs comme lui-même : « Dieu vit que cela était bon ».

La faute du pharisien est d'abord de traiter Dieu d'égal à égal : s’il parle à Dieu , il parle surtout de lui-même, comme s’il était dans une conversation mondaine avec un notable de sa ville.

À l'inverse, Paul remercie Dieu parce que, pour lui, sa force missionnaire et toutes ses réalisations viennent de Dieu, de sa grâce, en langage théologique. Une parabole moderne mettrait en scène un premier virtuose qui met tout son art et sa compétence à jouer une œuvre de Mozart, avec la conscience émerveillée que cette musique ne vient pas de lui mais passe par lui, qu'elle lui est donnée pour qu'il la fasse exister et résonner, et d'un autre virtuose qui se pavanerait sous les applaudissements comme si cette musique était la sienne.

À l'inverse, pour celui qui fait l’expérience dans sa vie de sa fragilité avec des fausses notes parce qu'il n'a pas pu être fidèle à la loi d'amour de l'Évangile, la véritable humilité n'est pas de revenir toujours sur ses défaillances, mais de se dire : « Dieu m’aime tel que je suis, et veut que tel que je suis, je sois un vivant ».

Être humble, c'est aussi dans le regard que je porte sur les autres, avec autant de tendresse sur le publicain et le pharisien, en disant que ce sont mes frères en humanité avec toutes leurs richesses et leurs pauvretés, alors que si nous laissons faire le naturel, nous n’avons de regard que pour le notable sûr de lui, sans même voir le malheureux publicain.

Être juste ? La première lecture nous parle de la justice de Dieu qui naturellement « est impartial envers les personnes » et qui a même une tendresse particulière pour les pauvres, les opprimés, l'orphelin et la veuve. Le mot hébreu pour la justice (tsedaka) signifie « sonner juste ». Comme si Dieu était le cristal pur qui sonne juste, sans distance entre ce qu'il dit, ce qu'il fait et ce qu'il est. Recevoir la justice de Dieu, c’est entrer en résonance avec lui, vibrer à sa musique et l'émettre à son tour ; et ainsi entrer en harmonie avec tous ceux qui dans l'univers résonnent de cette musique de Dieu. Ils sont nombreux, heureux de participer à ce concert, souvent sans le savoir, qui est à la fois notre œuvre, mais dont l'essentiel ne vient pas de nous.

Seigneur, donne-nous par ton Esprit l’humilié qui fait sonner juste.

Antoine Duprez

Publié dans Fioretti

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