L’Église catholique traverse une des crises les plus graves

Publié le par Garrigues et Sentiers

La Lettre de Témoignage Chrétien du 28 mars rend compte d’un sondage sur la réaction des Français aux récents scandales sexuels qui éclaboussent l’Église catholique (1). 62% d’entre eux déclarent que l’image de l’Église s’est dégradée, ainsi que celle des évêques et des prêtres de France pour 69% des Français et de l’ensemble des catholiques. « La défiance à l’égard de l’Église en France a augmenté de 24 points en l’espace de 8 ans. C’est colossal ». Réalisée au lendemain du refus par le pape de la démission du cardinal Barbarin, après sa condamnation en première instance à 6 mois de prison avec sursis pour non dénonciation de crimes à caractère sexuel, 65% des Français et 58% des catholiques pensent qu’il gère mal la crise. Suite à la diffusion sur la chaîne de télévision Arte du documentaire Religieuses abusées, l’autre scandale de l’Église, Anne-Marie Saunal, psychologue clinicienne, psychanalyste et chrétienne engagée déclare : « Comme femme et comme chrétienne, j’ai été profondément bouleversée et scandaliséeL’Église a des exigences morales très élevées pour les laïcs, et parallèlement, des prêtres se comportent de façon ignominieuse » (2)

 

Dans un commentaire de ce sondage, Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, tout en soulignant qu’il y aurait une injustice certaine à généraliser les abus constatés à l’ensemble de l’Église catholique, constate : « Cette crise est sans nul doute une de plus graves que nous ayons eu à affronter. Bien sûr, l’Église en a traversé et surmonté d’autres, mais nous avons aujourd’hui trois spécificités majeures : l’Église en est entièrement responsable, elle est mondiale et elle touche les plus vulnérables, les enfants spécialement ou des personnes en situation de vulnérabilité comme des religieuses. Le hiatus entre ce qui est dit, prôné, et ces réalités est insupportable » (3).

 

L’ouvrage de Frédéric Martel Sodoma. Enquête au cœur du Vatican publié simultanément en huit langues et dans une vingtaine de pays analyse comment un cancer institutionnel constitue une des maladies les plus graves dans l’Église catholique qui neutralise le message évangélique. A ceux qui se choquent de cette analyse des perversions de l’appareil central de l’Église catholique, je rappellerai le fameux discours du Pape François à la Curie romaine du 22 décembre 2014 où il détaillait ce qu’il appelait les quinze maladies qui la minent  dont entre autres: « la maladie de celui qui se sent immortel, immunisé ou tout à fait indispensable, la maladie de la pétrification mentale et spirituelle, la maladie de la rivalité et de la vanité, la maladie de la schizophrénie existentielle de ceux qui ont une double vie, la maladie de la rumeur, de la médisance et du commérage, la maladie qui consiste à diviniser les chefs, la maladie de l’indifférence envers les autres, la maladie qui consiste à accumuler, la maladie des cercles fermés, la maladie du profit mondain, des exhibitionnistes » (4). L’essentiel de Sodoma consiste en un travail de quatre ans sur les cinq continents et avec des centaines d’entretiens de responsables catholiques pour donner corps au diagnostic que faisait François au début de son pontificat (5).

 

Il n’est plus possible à une Église qui prétend se référer à l’Évangile de continuer de s’appuyer sur le cléricalisme de personnages « consacrés » gérés par l’appareil central du Vatican. Pour Christine Pedotti, directrice de Témoignage Chrétien : « Il n’y a pas d’autre solution qu’une révolution culturelle. Pourquoi les exigences de transparence, de sincérité, de parité, de démocratie qui parcourent nos sociétés ne seraient-elles pas bonnes pour l’Église catholique ? » (6).

 

Bernard Ginisty

 

 

(1) La Lettre de Témoignage Chrétien, n° 3816, 28 mars 2019.

(2) Anne-Marie SAUNAL, Des vies fracassées, ibid., p. 5.

(3) Véronique MARGRONPropos recueillis par Sophie Bajos de Hérédia, ibid, p. 5.

(4) Pape FRANCOIS, Discours lors de la présentation des vœux à la Curie romaine, le 22 décembre 2014.

(5) Frédéric MARTEL, Sodoma - Enquête au cœur du Vatican, éd. Robert Laffont, 2019.

(6) Christine PEDOTTI, Révolution culturelleop. cit. p. 2.

Publié dans Réflexions en chemin

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Vulliet 07/07/2019 11:22

Écrire que défendre la vie humaine en tant que telle comme valeur absolue est une ignominie aura pu choquer. J’aurais dû écrire, au risque de choquer encore plus: «une bêtise et une ignominie». Je m’explique. Une bêtise parce que personne dans la vie réelle n’applique et ne peut appliquer un tel précepte. Si un humain se retrouve confronté à l’alternative: tuer un être malfaisant ou se laisser tuer par lui, choisira-t-il la mort? Si la seule manière pour un Juif d’échapper à la mort par un nazi était de le tuer, lui reprochera-t-on de l’avoir fait? Soutenir une telle position jusqu’au bout ne contribue qu’au triomphe de l’ignoble (c’est donc aussi une ignominie). Elle y contribue dans tous les cas. Vouloir par exemple maintenir à tout prix la vie d’un autre si c’est une vie de supplices, c’est glorifier gratuitement la souffrance, la souffrance pour la souffrance. Et sans parler de souffrance la vie humaine quelles qu’en soient les conditions vaut-elle d’être vécue? Primo Levi et Jean Améry sont-ils coupables de s’être suicidés? Un individu qui décide en toute conscience de se donner la mort parce qu’il estime que sa vie n’en vaut plus la peine n’en a-t-il pas le droit? Un grand ami s'est suicidé à l’âge de 88 ans. Tous ses amis savaient qu'il le ferait car il avait toujours dit qu’il en finirait quand il ne s’estimerait plus bon à rien et quand il avait dit une chose il s'y tenait (très tôt, il avait décidé de ne pas avoir d'enfant: il ne fit ni une ni deux et se fit vasectomiser à l'âge de 25 ans). Inutile de dire que pour les parents Lambert aller dans un pays étranger pour se faire euthanasier doit relever du péché impardonnable et que ces pays doivent purement et simplement être nazis (comme tous les pays qui pratiquent l’avortement). Ils ne pourront jamais empêcher que des gens se suicident. Ils se rattrapent sur leur fils impuissant et contre son avis.

Je cite un bel article en ligne: «Vincent Lambert ou la mort heureuse». «...Non et quoi qu'il en soit, Vincent Lambert ne mourra pas heureux... car il n'est pas question pour lui d'“Eu Thanatos”, de mort heureuse./Mais oui, son malheur réveille dans cette France, “fille aînée de l'Eglise”, la délicate question de l'euthanasie. Cependant, la première question que l'on doit se poser est indéniablement: Vincent Lambert est-il vivant? Car en fait, Vincent Lambert est déjà mort. Jamais plus il ne parlera, jamais plus il ne sourira, jamais plus il n'aimera... et, le temps passant, on l'oubliera, sur son lit de misère et de torture./Vincent Lambert n'a pas fait de choix effectif, ne s'est pas exprimé sur son choix de vivre comme une plante ou de partir dans la dignité, certes... Mais les hommes ont-ils le droit de torturer un être qui n'a plus une once d'espoir de retrouver le goût de la vie..., le goût des fraises, disait Alain? Si oui, alors continuons, torturons-le, battons-nous autour de lui de cette indécente manière dans laquelle le prétexte de la Foi n'est qu'une injure à la vie. Si non, alors aidons-le à passer au-delà d'une existence dans laquelle il n'est déjà plus./Ayons ce courage d'aimer l'humain au point de lui donner enfin la seule chose qui puisse ressembler à de la compassion et au respect: La Mort... sa mort, comme espoir d'une autre Vie. Ailleurs. Peut-être…» (Claude Tedguy: https://www.huffingtonpost.fr/claude-tedguy/deces-vincent-lambert_b_5273864.html)

Armand Vulliet

Vulliet 04/07/2019 18:14

Ce commentaire pourra paraître hors sujet, mais il ne l'est pas vraiment (voir la note 1) et cela me permet surtout de parler d'une question qui me tient à cœur (j'aimerais beaucoup connaître l'avis des lecteurs sur ce sujet).

Je suis étonné de n’avoir lu jusqu’ici sur ce site aucun article sur l’affaire Vincent Lambert. Pourtant cette affaire sordide –dégueulasse disons-le– en dit plus long que tout prêchi-prêcha sur l’amour chrétien[1]. Certes, le père et la mère font partie de cette espèce abhorrée par Didier Lévy: les intégristes. Mais là nous ne sommes pas dans une question de lecture de la Bible, dans un sens littéraliste ou pas. Nous sommes confrontés à une question morale. Quel jugement portons-nous sur tel ou tel comportement humain? En voulant à tout prix maintenir la vie de leur fils, quel est le but des parents, sinon affirmer ce qui est pour moi une ignominie: la valeur absolue de la vie en tant que telle?
[2] Je me demande si ceux qui soutiennent de telles positions sont prêts à défendre l’existence des cellules cancéreuses qui sont pourtant l’exemple parfait de la vie, exubérante, proliférante, indestructible. Mais les cellules ne sont pas des humains. Un humain est sensible, mais une vie sensible passée dans certaines conditions, à l'état de légume ou dans des souffrances perpétuelles par exemple, vaut-elle d’être sauvegardée? Je me souviens de ce cas en Grande-Bretagne (je ne sais plus quand) où un malade en proie à des souffrances atroces, condamné de toute façon à brève échéance, demandait la mort depuis des mois. Sa mère, catholique, a demandé au pape si elle pouvait accéder à sa demande. La réponse fut non bien entendu et l’homme, qui survécut peut-être un mois, en tout cas pas longtemps, finit donc sa vie dans les supplices. Je me souviens aussi d’un livre sur Thérèse de Lisieux de l’abbé Laurentin où pour montrer la sainteté de Thérèse il donnait le contre-exemple d’un notable de l’Église qu’il visitait à l’hôpital et qui, n’en pouvant plus de douleur, craqua et lâcha: «Dites aux prêtres de ne pas parler de la souffrance, ils ne savent pas ce que c’est!» Ce chrétien ne l’était sans doute que de nom, à la différence de Pascal: «Sa patience n’était pas moindre que sa charité; et ceux qui étaient auprès de lui en étaient si édifiés qu’ils disaient tous qu’ils n’avaient jamais rien vu de pareil. Quand on lui disait quelquefois qu’on le plaignait, il répondait que pour lui il n’avait point de peine de l’état où il se trouvait, qu’il appréhendait même de guérir, et quand on lui en demandait la raison, il disait: “C’est que je connais le danger de la santé et les avantages de la maladie.” Et comme nous ne pouvions nous empêcher de le plaindre, surtout dans le fort de ses douleurs : “Ne me plaignez point, disait-il, la maladie est l’état naturel des chrétiens, parce qu’on est par là comme on devrait être toujours, c’est-à-dire dans les souffrances, dans les maux, dans la privation de tous les biens et des plaisirs des sens, exempt de toutes les passions, sans ambition, sans avarice, et dans l’attente continuelle de la mort. N’est-ce pas ainsi que les chrétiens doivent passer leur vie? Et n’est-ce pas un grand bonheur quand on est par nécessité dans un état où on est obligé d’être?” Et en effet on voyait qu’il aimait cet état, ce que peu de personnes seraient capables de faire; car on n’a autre chose à faire que de s’y soumettre humblement et paisiblement. C’est pourquoi il ne nous demandait autre chose que de prier Dieu qu’il lui fît cette grâce. Il est vrai qu’après l’avoir entendu on ne pouvait plus lui rien dire, et on se sentait au contraire animé du même esprit que lui, de vouloir souffrir et de concevoir que c’était l’état dans lequel devraient être toujours les chrétiens.» (La vie de M. Pascal écrite par Mme Périer, sa sœur, femme de M. Périer, conseiller de la cour des Aides de Clermont, in Blaise Pascal, Œuvres complètes I, 1998, p.91-92.) Si Hitler avait gagné la guerre, mais au lieu d’exterminer les Juifs les avait maintenus dans un camp de travail de la naissance à la mort, dans des conditions d’esclavage et d’exploitation sans limite (ce que vivent aujourd’hui la majorité des humains, à vrai dire, et en particulier les enfants esclaves, ceux qui fabriquent les ballons de football du monde entier par exemple[3]), les Juifs n’auraient-ils pas vécu une situation idéale? Sans parler de souffrance, quel peut bien être pour un humain la valeur d’une vie végétative, autrement dit d’une vie de légume? C’est un cauchemar pour moi de penser que je pourrais me retrouver dans cet état et être maintenu en vie aussi longtemps que possible. Supposons que Vincent Lambert reprenne conscience. Retrouvera-t-on le Vincent Lambert d’avant? En fait, le père et la mère de Vincent Lambert ne pensent qu’à eux. Car eux ils sont vivants, d’une vie normale. Et quelle aubaine de pouvoir continuer à exhiber leur «amour» parental! Ils ne sont pas seuls, en plus. Ils continueront à se tenir au chaud dans leur milieu d’extrême droite confit dans la dévotion. Le damné que je suis ne souhaite qu’une chose: que Vincent Lambert meure d’ici la fin de la semaine[4]. Un dernier mot: c’est ce qu’il demandait lui-même, ce qui aurait dû régler la question depuis le début.

Armand Vulliet

[1] Je précise, pour éviter toute accusation de simplification, que le médecin de Vincent Lambert, Éric Kariger, qui a pris le premier la décision d’arrêter les soins, est chrétien lui aussi et a publié un livre sur l’affaire. D’après lui, l’acharnement des parents «viendrait d'une culpabilité à ne pas avoir réussi à protéger Vincent d'un pédophile dans la Fraternité sacerdotale Saint-PieX: “Je me demande s'ils n'éprouvent pas une certaine culpabilité à ne pas avoir protégé Vincent comme ils auraient voulu le faire. Peut-être sont-ils dans un processus de réparation qui les amène, aujourd'hui, à protéger sa vie ‘à tout prix’"». (Wikipédia.) Quoi qu’il en soit, dans ce type d’affaire, les traditionalistes tiennent toujours le haut du pavé (voir la Manif pour tous) et les évêques de Rhône-Alpes, la région des parents de Vincent Lambert, ont pris partie contre l’arrêt des soins. Je ne sais pas si des instances de l’Église se sont manifestées ailleurs et en sens inverse.
[2] Et une impossibilité. L’Église elle-même d’ailleurs le reconnaît et n’a jamais soutenu cette position: «L’amour envers soi-même demeure un principe fondamental de la moralité. Il est donc légitime de de faire respecter son propre droit à la vie. Qui défend sa vie n’est pas coupable d’homicide même s’il est contraint de porter à son agresseur un coup mortel: “Si pour se défendre on exerce une violence plus grande qu’il ne faut, ce sera illicite. Mais si l’on repousse la violence de façon mesurée, ce sera licite (…). Et il n’est pas nécessaire au salut que l’on omette cet acte de protection mesurée pour éviter de tuer l’autre; car on est davantage tenu à veiller à sa propre vie qu’à celle d’autrui.” (S. Thomas d’A., s. th. 2-2, 64, 7.) La légitime défense peut être non seulement un droit, mais un devoir grave, pour celui qui est responsable de la vie d’autrui, du bien commun de la famille ou de la cité. Préserver le bien commun de la société exige la mise hors d’état de nuire de l’agresseur. À ce titre l’enseignement traditionnel de l’Église a reconnu le bien-fondé du droit et du devoir de l’autorité publique légitime de sévir par des peines proportionnées à la gravité du délit, sans exclure dans les cas d’une extrême gravité la peine de mort. Pour des raisons analogues les détenteurs de l’autorité ont le droit de repousser par les armes les agresseurs de la cité dont ils ont la charge.» (Catéchisme de l’Église catholique, 1992, p.463, §2264-2266.)
[3] Voir Conan Dal et Ronan David (Sous la direction de), Football. Sociologie de la haine, 2006.
[4] Mon père est mort d’un cancer du poumon à 42 ans. Il souffrait tellement qu’un soir, allongé sur le dos, il a poussé un hurlement et s’est redressé. L’infirmière lui a injecté une dose de morphine qui allait le tuer et elle le savait. Je lui en rends grâces. Ma grand-mère, que j'adorais, est morte d’une thrombose (causée par un grand choc affectif: la mort de sa plus jeune sœur). Avant d’être opérée, elle n’a fait que hurler pendant deux jours. On lui a d’abord coupé le pied gauche qui était gangrené, puis la jambe entière. Elle est morte au bout d’un mois et demi (ce fut pour moi un mois et demi de trop: elle avait mal à sa jambe coupée et ne s'est jamais rendu compte de son amputation; les derniers 15 jours, elle n'avait plus aucune conscience et n'était que maintenue en vie). Elle pesait 33 kilos. Couturière de profession, elle était déjà malade de ne plus pouvoir rien faire de ses dix doigts, perclus de rhumatismes. Si elle avait survécu, elle aurait fini sa vie dans une insondable tristesse, clouée sur un fauteuil roulant. Une vraie mort vivante. La vie qui fait les délices des parents de Vincent Lambert.

Vulliet 28/06/2019 16:20

Je viens d’apprendre que le Saint-Office avait publié le 16 mars 1962 une lettre secrète, Crimen sollicitationis, qui informait les évêques à propos des prêtres qui faisaient des avances sexuelles à des fidèles pendant la confession ou qui commettaient le péché de bestialité, de pédophilie ou d’homosexualité. On ordonnait sous peine d’excommunication de maintenir le secret absolu sur les faits découverts, y compris les noms des victimes d’abus. Le 18 mai 2001, dans la lettre aux évêques du monde De delictis gravioribus, le cardinal Ratzinger confirmait officiellement que la lettre secrète était "toujours en vigueur" et réitérait que les délits commis "au moyen de la sollicitation", lors de l’acte de la confession ou à l’occasion ou sous le prétexte de celui-ci, ou bien "par un clerc avec un mineur" relevaient "de la compétence exclusive de la Congrégation pour la Doctrine de la Foi" et étaient "soumis au secret pontifical". L’existence de la lettre Crimen Sollicitationis, qui se couvrait aussi elle-même grâce au secret pontifical, ne fut découverte qu’en 2003, au cours d’un des procès relatifs au scandale. La confirmation des dispositions reprises dans cette lettre de la part du cardinal Ratzinger amena une Cour d’appel du Texas à l’incriminer, au début 2005, pour complicité de délits et obstruction à l’enquête. Mais le 26 mars 2005 le département américain de la Justice ordonna au tribunal de ranger le dossier aux archives parce qu’entretemps Ratzinger était devenu pape. En tant que chef d’État, le pape jouissait désormais de l’immunité; par conséquent, la procédure pénale était "incompatible avec les intérêts de la politique étrangère des États-Unis". (Voir Piergiorgio Odifreddi, Pourquoi nous ne pouvons pas être chrétiens (et encore moins catholiques), 2013, p. 288-289.)

Vulliet 23/04/2019 12:40

Une autre citation de la Lettre de Benoît XVI sur les abus sexuels : «Aujourd’hui, l’accusation contre Dieu consiste principalement à dénigrer purement et simplement son Église dans le but de nous en éloigner. L’idée d’une meilleure Église créée de nos mains est en fait une suggestion du diable, par laquelle il veut nous détourner du Dieu vivant dans une logique mensongère, qui nous dupe trop facilement.»

À propos du passage sur Mai 68 : «Parmi les libertés que la révolution de 1968 a voulu conquérir, il y avait aussi cette liberté sexuelle totale, liberté qui ne tolérait plus aucune norme. […] Le fait que la pédophilie ait également été diagnostiquée comme étant autorisée et appropriée fait partie de la physionomie de la révolution de 1968», Jacques Prévert avait répondu par avance: «C’est à cause de Mai 68 que le téléphone ne fonctionnait pas les années précédentes.» Dans son livre Comment notre monde a cessé d’être chrétien. Anatomie d’un effondrement (2018), Guillaume Cuchet conclut : «La rupture de pente religieuse du milieu des années 1960 a pris les allures d’un krach, avec tout ce que le terme suggère de brutalité et de surprise, y compris pour les spécialistes […] Ce krach […] s’est produit À LA FAVEUR DE Vatican II, AVANT Mai 68 et la publication en juillet de la même année de la fameuse encyclique HUMANAE VITAE de Paul VI sur la contraception, traditionnellement invoqués pour l’expliquer. Non que ces deux événements n’aient pas eu d’importance : ils ont AMPLIFIÉ la vague, mais ils ne l’ont pas créée. Vatican II semble avoir été en définitive cette réforme (probablement nécessaire) qui a déclenché la révolution qu’elle prétendait éviter» (p. 270, 271).

Armand Vulliet

Vulliet 22/04/2019 22:42

«Il n’y a pas d’autre solution qu’une révolution culturelle. Pourquoi les exigences de transparence, de sincérité, de parité, de démocratie qui parcourent nos sociétés ne seraient-elles pas bonnes pour l’Église catholique?»

Benoît XVI vient de répondre : «[…]l’Église n’est plus aujourd’hui considérée que comme une espèce d’appareil politique. On parle d’elle en évoquant presque exclusivement des catégories politiques, et cela vaut jusqu’aux évêques mêmes, qui formulent leur vision de l’Église de demain en ne parlant qu’en termes politiques. La crise provoquée par les nombreux cas d’abus perpétrés par des prêtres force à regarder l’Église comme une entité qui a mal tourné, qu’il nous revient désormais de reprendre en main et de repenser. Mais une Église faite par nous ne peut être synonyme d’espoir.» (Lettre sur les abus sexuels.)

Françoisjean en reserve 10/04/2019 16:27

Précisions sur ces réflexions…
Un membre éminent de la fondation Maurice Zundel me demande de vous préciser le sens qu’il convient de donner à la phrase : « …La sexualité est en nous le rayonnement de la Trinité… » de Maurice Zundel. Par Trinité, Maurice Zundel entend Père, mère et enfant, ce qui, évidemment, pour moi, ne peut se concevoir que dans le cadre d’une nuit de noce, sur notre planète…

« La sexualité n’est pas à inventer ; elle est révélée. C’est la communion des Personnes Divines qui est la source et le modèle de la sexualité, non les déterminismes de l’instinct ». Je ne pense pas qu’Yves Semen, père de famille nombreuse, pense autrement en écrivant cette Phrase. Mais je lui laisse le soin de me corriger s’il le juge nécessaire.

Dans son livre « j’aimerais vous dire », (p 155 éditions Bayard), Mgr Rouet semble sous–entendre la même idée ; « Dans l’acte d’amour le plus intime entre un homme et une femme, le corps qui crée l’unité, pose également des différences insurpassables. Le moment d’union le plus fort est aussi le moment où la distinction est la plus forte : C’est un paradoxe fantastique qui devrait quand même dire quelque chose à une vie chrétienne. On ne peut jamais avoir une identité tellement assurée qu’elle puisse empiéter sur le domaine de l’autre et dénier l’autrement autre. L’issue réelle s’avance vers le principe de communion qui est, pour faire vite cette relation dans la différence.
« Nous sommes dans une religion de la Trinité. Le sacré tend de toutes ses forces à rétablir un monothéisme abstrait. Qu’est-ce que la Trinité ? Elle est le maximum d’unité dans la différence avec l’égalité des personnes. Tel est le principe de l’identité chrétienne….le sacré, lui, ne pose pas d’abord une relation, mais une séparation entre ce qui est sacré et ce qui ne l’est pas… ».
Cette dernière phrase de Mgr Rouet, me semble ramener le problème que vous posez dans sa vérité profonde : On en peut progresser dans ce que vous exprimez: (Bernard Ginisty, cf ci-dessus)
« …Il n’est plus possible à une Église qui prétend se référer à l’Évangile de continuer de s’appuyer sur le cléricalisme de personnages « consacrés » gérés par l’appareil central du Vatican… » (et j’y ajouterais bien le cléricalisme de personnages « non consacrés ») sans remettre en cause, en outre, notre vision erroné du corps basé sur une conception névrotique du péché dit « originel » au profit d’une vision de la sexualité « … communion des Personnes Divines qui est la source et le modèle de la sexualité, non les déterminismes de l’instinct … ». Et partant, de notre vision du « sacré ».
Permettez-moi 2 petites précisions à ce sujet, le mot »sacré est un mot païen que l’on retrouve, par exemple parmi les paroles de la Marseillaise ! De plus, il apparaît 47fois dans L’AT et seulement 2 fois dans le NT ! Gageons que cette simple constatation pourrait nous permettre de passer d’une religion du sacré, sécante et impériale vers une relation de com-union dans un «…maximum d’unité dans la différence avec l’égalité des personnes… »

Francoisjean en reserve 08/04/2019 00:47

Suite de mon post précédent :
Je ne suis pas persuadé qu’il faille rejeter le cléricalisme consacré dans son expression figée, sans rejeter, en même temps un cléricalisme laïque qui lui est adjacent et tout aussi nuisible. Permettez-moi, je vous prie, de citer un passage du prologue du livre « Notre Dame de la Sagesse », écrit en 1935 par Maurice Zundel (dans son édition 2009 ; Cerf):
« L'eau du puits de Jacob semble fort éloignée de la Vie éternelle : c'est cependant par-là que Jésus commence l'instruction de la Samaritaine.
L'homme a des racines charnelles ; on ne peut l'élever qu'en s'appuyant sur ce qui a pour lui la saveur du réel.
Le point de départ varie pour chacun ; il doit toujours être au cœur de sa vie.
Des in-folio de raisonnements omnibus demeurent sans effet ; il faut trouver le mot qui accroche la vie.
Le monde est une parabole, toute réalité est ouverte sur Dieu, en chacun de nos besoins se répercute notre indigence de l'unique nécessaire.
On peut commencer n'importe où, pourvu que l'on atteigne d'abord ce qui est vivant.
De quelque manière qu'on s'y prenne, on n'obtiendra la fleur qu'avec ses racines… ».
Or rien n’est plus près de la vie que la sexualité. Revenir aux sources en citant, par exemple, comme le pape Jean Paul II la Genèse : Ainsi, à mon sens, lors d’un mariage chrétien, le prêtre n’est pas le témoin de cette union mais est, dans le Christ partie prenante de cette union.
« … Comme signe visible, le sacrement se constitue avec l'être humain en tant que corps et par le fait de sa visible masculinité et féminité. Le corps en effet - et seulement lui - est capable de rendre visible ce qui est invisible: le spirituel et le divin. Il a été créé pour transférer dans la réalité visible du monde le mystère caché de toute éternité en Dieu et en être le signe visible… » (in TDC 019 ; Jean Paul II ; Le 20 février 1980)
« …La sexualité est en nous le rayonnement de la Trinité… » Maurice Zundel
A mon sens, il est plus important que nos théologiens rétablissent le Corps dans toute sa dignité sacramentel, plutôt que de s’épuiser en de stériles controverses sur le sexe des anges !

Francoisjean en reserve 05/04/2019 20:01

S’indigner, à juste titre des errances séculaires de l’église institution est une chose, mais négliger le fait que ces errances, comme l’avait souligné en son temps Maurice Bellet avec « le dieu pervers », sont à l’origine de tous nos maux, me parait encore plus grave. On ne peut pas, me semble-t-il, sortir d’un système, ou, à minima, réformer ce système ; en s’appuyant sur les axiomes éculés du système. Quand Einstein a compris que sa théorie ne répondait pas à tous les cas de figure, il a élaboré des hypothèses externes à ladite théorie pour affiner sa connaissance. Dans le cas qui nous préoccupe, c’est la notion même de la divinité qui est à revoir. Nous vivons depuis quelques 23 siècles sur une philosophie qui méprise profondément le corps, au profit d’un Esprit qui serait parfait. Et ce ne sont pas les acrobaties intellectuelles visant à rétablir un semblant de considération qui vont nous faire progresser dans ce débat
Yves SEMEN, La sexualité selon Jean-Paul II (Presse de la renaissance)
p. 213 : « La sexualité, langage de la communion »
« La sexualité n’est pas à inventer ; elle est révélée. C’est la communion des Personnes Divines qui est la source et le modèle de la sexualité, non les déterminismes de l’instinct ».
Yves Semen, à mon sens le meilleur connaisseur de la Théologie du Corps de Jean Paul II, m’a permis de faire la jonction entre Maurice Zundel, que j’essaie d’approcher depuis 2005 et la TDC de JP II.
« La sexualité est en nous le rayonnement de la Trinité » disait-il déjà, en 1938 à Bourdigny.
« ... Nous continuons l'analyse du texte classique de Ep 5,22-33 A ce propos il convient de citer quelques phrases contenues dans l'une des analyses précédentes consacrées à ce thème: "L'homme paraît dans le monde visible comme la plus haute expression du don divin car il porte en soi la dimension intérieure du don. Et, avec celle-ci, il apporte dans le monde sa ressemblance particulière avec Dieu, grâce à laquelle il transcende et domine également sa propre visibilité dans le monde, sa dimension corporelle, sa masculinité ou féminité, sa nudité… » (in TDC 097 JP II- 6 octobre 1982).
Les nouveaux visages du Don écrit le magazine « La Vie » (du 14/04 p25). Et de souligner la méfiance du peuple, y compris du « peuple de Dieu » vis-à-vis de ses élites…le caquetage insupportable (j’ai zappé au bout de 10 mn) de l’émission politique sur France 2 hier soir, participe à cette méfiance…
Changeons notre regard sur la sexualité, cessons de célébrer des commémorations funéraires hebdomadaires, alors que nous est révélé un message de Vie… Nous attendons ta venue dans la Gloire... « alors, nous dit une jeune lycéenne au cours d’une messe de Noël, Il est vivant ou Il est mort » pensant à juste titre qu’on ne peut attendre que quelqu’un d’absent ! Faut-il changer certain passage de la liturgie ? Pourquoi pas si cela amène un peu de clarté. Je vous suggère de méditer, à la suite de Paul VI « le poème de la Saint liturgie ». Ce livre a rallié Mgr Montini, qui avait rencontré son auteur, Maurice Zundel, à Paris, rue Monsieur, chez les Bénédictines dont il était l’aumônier. On raconte que certaine paroissienne était émue jusqu’aux larmes au sortir des offices célébré par ce prêtre hors normes. Trêve de badinage, pensons que chaque fois que nous nous signons, nous affirmons devant tous que « La sexualité, manifeste « la communion des Personnes Divines qui est la source et le modèle de la sexualité, non les déterminismes de l’instinct ».

Lecat 05/04/2019 00:12

Un temps favorable pour les clercs !
Je découvre et prends conscience !..
En cette période tellement trouble et difficile de mon Eglise, il ne s'agit pas de vouloir refaire l'institution à sa racine, même si le mal actuel s'origine peut-être là ...On ne fera que se heurter à un mur ou dresser des barrières Et ceux qui pourraient se sentir menacés, consciemment ou inconsciemment, risquent de se réfugier dans le raidissement et les affirmations théologiques et dogmatiques, irréfutables et inopérantes ...
Saisir la chance actuelle de renouveau. Y découvrir toute la possibilité de création que cela représente pour nous tous.
Se parler entre laïcs et clercs, pour mieux nous découvrir les uns les autres dans ce qui fait nos attentes, nos désirs, nos rêves et frustrations, nos souffrances, nos espérances, nos incompréhensions et nos moments de joie ensemble, pour vivre de la vraie fraternité entre nous.
Construire une relation d'égalité et de complémentarité entre nous.
Ensemble, habiter ce monde contemporain si nouveau, déroutant, chahuté, débordant d'imagination et de créations, plein de pesanteurs, de questions, de rêves !.. Le pouvoir sacré que les clercs ont reçu lors de leur ordination n'est-il pas de permettre  à tous les humains de vivre leur dignité de femmes, d'hommes, d'enfants, debout, faits pour la vie et pour l'éternité.
Ensemble, ouvrir les portes parce que les clercs détiennent des clés que leur ont apportées leurs années de prière, de réflexion, d'étude... Ils détiennent les paroles qui peuvent débloquer des chrétiens de leur attachement à une religion magique et supersticieuse. Ensemble nous pouvons dénouer les chaînes qui ont parfois enfermé les croyants dans des attitudes dogmatiques ou morales infantiles et serviles. Ensemble nous pouvons délier ce qui parfois a pu être lié de façon autoritaire dans nos consciences, dans nos pensées comme dans nos actes.
Ensemble recevons, en ce 21e siècle, la parole de Jesus-Christ, pour lui donner vie avec notre mentalité d'aujourdhui et dans ce monde technique, informatisé, rationnel, aux prises avec les urgences écologiques, sociales, politiques... Ensemble nous pouvons offrir , aux femmes comme aux hommes, une liberté de penser, de parler, d'agir pour accueillir cette parole et la faire fructifier.
Ensemble, laics et prêtres, nous sommes sur la route, en chemin, à la découverte de notre monde en appétit de plus d'humain...
Ensemble découvrons et sachons reconnaître que nous ne sommes "possesseurs" d'aucune doctrine ou vérité absolue, intangible ou irrėformable, que nous sommes simplement embarqués à vivre la même foi humble et jamais achevée.
Pour avancer et inventer avec ce peuple de marcheurs que nous sommes et avec nos contemporains, nous avons besoin de ces compagnons clercs qui ont voulu s'engager à vie. Nous avons besoin de leur attention, de leur écoute, de leur accompagnement, pour qu'ils soient serviteurs du soin et du lien entre nous et entre communauté, sans être au-dessus ni différents de nous, sans autre pouvoir spécifique que celui de leur don volontaire d'être au service...au milieu de nous.
Que les clercs osent croire, en ce temps de crise et de remises en cause souvent radicales de leur propre existence, qu'ils sont nécessaires de par leur vie donnée, mais... autrement, ...à inventer ensemble !

Jean-Luc Lecat - 4 avril 2019