La fin de l'affrètement de l'Aquarius : un noir signe des temps

Publié le par Garrigues et Sentiers

Nous avons dans ce blog une rubrique "signes des temps" où nous nous efforçons de scruter, dans les événements que nous vivons, ce qui nous apparaît être des prémices du Royaume à venir. Mais il est aussi, dans l'actualité, des signes noirs comme celui que nous mettons en ligne aujourd'hui. Puissent-ils être invitation pour nous à continuer à "espérer contre toute espérance" et, pour notre société un sujet d'indignation, voire d'un sursaut.

G&S

 

Après avoir secouru près de 30 000 personnes en 34 mois, SOS MEDITERRANEE, en partenariat avec Médecins Sans Frontières (MSF), a été contrainte de prendre la décision de mettre fin à l'affrètement du navire l’Aquarius. Face aux attaques incessantes dont le navire et ses équipes ont fait l’objet, cette décision devrait favoriser la reprise rapide et durable de la mission de recherche et de sauvetage en Méditerranée centrale. Ainsi, en dépit du climat hostile dans lequel évoluent les ONG de secours en mer, SOS MEDITERRANEE demeure pleinement engagée à fournir une assistance vitale aux naufragés et se prépare à reprendre les opérations de recherche et de sauvetage début 2019.

Dix-huit mois de criminalisation, de décrédibilisation et de diffamation contre les ONG de recherche et de sauvetage ont encore davantage fragilisé les capacités de sauvetage en mer – déjà insuffisantes -, alors qu’augmentait le taux de personnes mortes noyées sur cette route migratoire connue pour être la plus dangereuse au monde. De la sorte, une campagne politique, judiciaire et administrative acharnée, soutenue par plusieurs Etats européens, a contraint l’Aquarius à rester à quai durant les deux derniers mois, l’empêchant ainsi de reprendre ses activités de recherche et de sauvetage. SOS MEDITERRANEE n’entend pas demeurer inactive plus longtemps : l’association compte poursuivre sa mission et repartir sauver des vies en mer dans le respect le plus complet du droit maritime international.

« Renoncer à l’Aquarius a été une décision extrêmement difficile à prendre, mais elle permettra à nos équipes de reprendre les opérations de recherche et de sauvetage le plus rapidement possible », a déclaré Frédéric Penard, directeur des opérations de SOS MEDITERRANEE. « Nous refusons de rester les bras croisés sur le rivage alors que des gens continuent de mourir en mer. Tant que des êtres humains continueront à tenter la traversée la plus dangereuse du monde, SOS MEDITERRANEE remplira son devoir d’assistance en répondant à l'urgence par tous les moyens professionnels possibles ».

Soumis à de multiples pressions politiques, l’Aquarius a été, à deux reprises en moins de deux mois, sciemment exclu des registres de l'État du pavillon de Gibraltar, puis du Panama. Le navire humanitaire doit aujourd’hui répondre à des allégations d'activité criminelle, des accusations disproportionnées et infondées. « Les attaques répétées et ciblées contre les organisations humanitaires, qui viennent s’ajouter à la négligence criminelle des Etats membres de l’UE qui ne respectent en aucun cas leurs obligations maritimes et internationales, entraînent des risques croissants pour les personnes en détresse en mer », a déclaré Sophie Beau, directrice de SOS MEDITERRANEE France. « Cette année seulement, plus de 2 100 personnes, à notre connaissance, sont mortes en Méditerranée, tandis que beaucoup d'autres ont été interceptées par les garde-côtes libyens, qui sont soutenus par l'UE. Ces naufragés sont ensuite renvoyés de force en Libye, où des traitements inhumains les attendent.  L’Aquarius a tenté de combler le manque de dispositifs de sauvetage en Méditerranée durant ces 34 derniers mois. Mais les attaques inacceptables et répétées à son encontre ont fini par l'arrêter. Aujourd'hui, quasiment aucune opération de recherche et de sauvetage ne subsiste en mer et ce vide est pour nous le plus mortifère des échecs de l'Europe ».

SOS MEDITERRANEE explore déjà activement les options pour un nouveau navire et un nouveau pavillon, et étudie sérieusement toutes les propositions d’armateurs qui lui permettraient de poursuivre sa mission de sauvetage.  « C'est un signe fort de solidarité du monde maritime envers notre mission civile de recherche et de sauvetage. Depuis notre toute première mission, en février 2016, nos opérations n’ont été possibles que grâce au soutien incroyable que nous recevons de la société civile », a déclaré Sophie Beau. « Sauver des vies en mer est et restera notre mission et, aujourd'hui plus que jamais, nous avons besoin du soutien de tous les citoyens qui croient encore en nos valeurs d’humanité en mer et désirent concourir à nos efforts pour trouver un nouveau navire et un nouveau pavillon. »

Dossier de presse : http://www.sosmediterranee.fr/medias/sosmeddossierpresse.pdf

Publié dans Signes des temps

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Didier LEVY 07/12/2018 17:39

PARDON SI LA COLÈRE N’A PAS DES MOTS TRÈS TENDRES, SI SON ÉRUPTION NE S'ARRÊTE PAS A DES NUANCES …
" ... la négligence criminelle des Etats membres de l’UE qui ne respectent en aucun cas leurs obligations maritimes et internationales ..." : il y a bien là une indignité qui bafoue l'idée même d'un "droit des gens".
Quelle perte de conscience et de lucidité quand on ne mesure pas que c'est l'existence même de sociétés démocratiques en Europe qui est menacée si renonce à résister à la xénophobie qui, de Drumont à Trump, a certes de multiples visages mais qui, tous, sont identiquement un outrage à l'espoir d'un progrès humain.
Si d'abord on renonce au courage d'assumer ses valeurs et de faire, à la fois, la pédagogie qui soutient celles-ci et l'investissement social et sociétal qui conditionne leur mise en œuvre.
Encore pire à cet égard sont sans doute l'inconscience et l'aveuglement – de surcroît volontaires comme se désignent présentement les adossements des Etats à l’une et à l’autre - qui tranquillisent la lâcheté. En occultant que demain, ou tout juste après-demain, ce sont des dizaines de millions de "réfugiés climatiques" qui devront fuir des contrées devenues invivables, désertiques ou simplement submergées par les océans.
La Méditerranée d’un côté, et nos capacités au mal de l’autre, sont-elles assez profondes pour qu'on pense y voir s'engloutir jusqu'au dernier les nouveaux damnés de la terre ? Celles et ceux dont la mondialisation du tout-marché, du culte de la concurrence et de la soif inextinguible de profit et de dividendes auront sans appel réglé le sort avant qu'il reste un ultime espoir d'enrayer le pire dérèglement climatique que l'espèce humaine ait eu à subir - et cette fois essentiellement de son fait, de celui de son asservissement à l'esprit de lucre et à la rapacité sans borne.
Le sort fait aux réfugiés d’aujourd’hui, qu’ils fuient les bombes à fragmentation et les nuages de gaz - des plus ‘’technologiques’’ aux plus rudimentaires -, des tyrannies qui, dans leur genre, sont en termes d’horreur la copie conforme celles qu’a subies l’Europe au siècle dernier, ou des guerres civiles – dont on sait qu’elles sont ordinairement les guerres les plus cruelles entre toutes -, ou la pauvreté dans sa forme la plus insoutenable, ou qu’ils viennent simplement chercher des hôpitaux, des médecins et des soins dont l’existence n’est pas même un projet ailleurs, profile aussi, devant tous les égoïsmes (que le mot est faible !,) une planète où ‘’il ne fera pas bon vivre’’.
Celle qui, face aux exodes climatiques, se sera abandonnée à la guerre de chacun contre tous, de chaque tribu contre celle qui l’approche, de ceux qui hurlent « On est chez nous » contre ceux qui voudraient bien être de quelque part, et y vivre en tant qu’êtres humains. Ou au moins à peu près comme tels.
Didier Lévy