Vers une nouvelle fraternité

Publié le par Garrigues et Sentiers

Au moment de l’instauration définitive de la fraternité dans la devise républicaine en 1880, ce terme a suscité bien des réticences même au sein des républicains qui le trouvaient trop marqué par le christianisme. Que dire alors de l’article 1 de la déclaration universelle des droits de l’homme en 1948 : « Tous les êtres humains naissent libres et égaux en dignité et en droits. Ils sont doués de raison et de conscience et doivent agir les uns envers les autres dans un esprit de fraternité. » Cette référence à la fraternité a servi « d’alibi » à ceux qui affirmaient que ces droits de l’homme ne parlaient pas à des cultures autres que la culture occidentale marquée par le christianisme.Le contexte de la déclaration de 1948, juste après les horreurs de la guerre explique sans doute ce besoin de retrouver le goût de la fraternité, du vivre ensemble et d’unité de la famille humaine.Il faut espérer que pour retrouver le chemin de la fraternité il n’y ait pas besoin de tant de boucheries !Mais aujourd’hui, c’est plutôt l’individualisme et le repliement sur soi qui l’emportent au niveau des personnes et surtout des états. Le drapeau de la fraternité est en berne. Comment faire renaître ou du moins revivifier la fraternité ?

 

Au départ « fraternité » fait référence à l’appartenance à une même famille par les liens du sang, liens que nous ne choisissons pas et qui ne peuvent disparaître ou être niés. Petit à petit on est passé de la fraternité familiale initiale au sens strict, à la fraternité clanique, tribale… nationale…  continentale. Mais force est de reconnaître qu’elles sont loin d’être pleinement réalisées surtout si on admet que la fraternité ne saurait être séparée de la solidarité qui n’est rien d’autre que sa traduction dans les actes. L’Union européenne étale tous les jours ses difficultés à passer des grands principes proclamés aux actes qu’ils impliquent. Alors est-il vraiment raisonnable d’imaginer dans ces conditions d’aller plus loin ?

 

La fraternité pourrait-elle s’étendre à la famille humaine tout entière ? Oui répond Yves Coppens : « Nous possédons une origine unique : nous sommes tous des Africains d'origine, nés il y a trois millions d'années et cela devrait nous inciter à la fraternité. » Déjà Victor Hugo dans son discours au congrès de la paix en 1849 « prophétisait » : « Au XXsiècle il y aura une nation extraordinaire… elle s’appellera l’Europe. Elle s’appellera l’Europe au XXsiècle et aux siècles suivants. Plus transfigurée encore, elle s’appellera l’Humanité...  L’Humanité, nation définitive est dès à présent entrevue par les penseurs... »

 

Depuis quelques décennies, les mouvements de défense de l’environnement ont commencé à poser la question de l’impact de nos comportements sur l’environnement. Au départ pour chacun il s’agissait surtout de ne pas polluer, ni d’ tre pollué à sa porte, dans sa ville… Rouler électrique c’est sûrement mieux pour l’air que l’on respire mais se préoccupe-t-on de l’impact sur l’environnement de l’extraction des terres rares nécessaires pour les batteries à l’autre bout de la terre, des conditions de travail de ceux qui exploitent ces gisements, sans parler de l’épuisement des richesses forcément limitées sur la planète ?

 

La perspective d’un changement climatique, même si certains et pas des moindres n’y croient pas, commence à faire prendre conscience de la communauté de destin de tous les habitants de la planète Terre et de l’impact de nos comportements sur la qualité de vie des générations futures. Se soucier du bien-être de ceux que je ne rencontrerai jamais (question d’espace et/ou de temps), leur réserver leur part des richesses de la terre, n’est-ce pas nous reconnaître comme appartenant à la même famille humaine ? C’est cela qui définit la fraternité planétaire.

 

Le premier à avoir exposé en France les questions d’environnement, à parler d’économie d’énergie, de protection des sols de développement durable fut René Dumont. S’il n’a pas eu beaucoup d’écho lors des élections présidentielles de 1974, il a ouvert la voie de l’écologie politique par la prise de conscience des limites des ressources planétaires et l’utopie que représentait une croissance économique infinie. En 1974 aussi, la fondation Cousteau déclare avoir pour but la protection de la nature et l’amélioration de la qualité de vie pour les générations actuelles et futures. Le projet était que la charte des générations futures soit adoptée par les Nations unies. Cette charte affirmait dans son article1 : « Les générations futures ont droit à une terre indemne et non contaminée ; elles ont le droit de jouir de cette terre qui est le support de l'histoire de l'humanité, de la culture et des liens sociaux assurant l'appartenance à la grande famille humaine de chaque génération et de chaque individu. »

 

Plus de quarante ans après où en est-on ? Les conférences se sont succédé. En 2000 l’ONU fixait les objectifs du millénaire pour les années 2000-2015 avec des objectifs précis de développement durable et d’inversion de tendance pour la déperdition des ressources naturelles et de la biodiversité. Les résultats sont restés très loin des attentes. Pour Ban Ki-moon, les explications à cette situation sont le « manque d'engagement et de ressources, le déficit de responsabilité des dirigeants, l'insuffisance de soutien technique et de partenariats ».En préparation de la COP 21 en 2015, a été rédigée une déclaration universelle des droits de l’humanité  qui devait graver dans le marbre« le droit pour tous les habitants de la Terre à vivre dans un monde dont le futur n'est pas compromis par l'irresponsabilité du présent ».Cette déclaration a été transmise en 2016 à l’ONU pour ratification. Aujourd’hui... ??

 

Faut-il baisser les bras ? Se dire que se reconnaître tous de la même famille humaine est une utopie ? Sûrement pas ! Si les avancées ne viennent pas « par le haut » ce sera peut être « par le bas ». Repensons à la légende du colibri : un jour, dit la légende, il y eut un immense incendie de forêt. Tous les animaux terrifiés, atterrés, observaient impuissants le désastre. Seul le petit colibri s’activait, allant chercher quelques gouttes d’eau avec son bec pour les jeter sur le feu. Après un moment, le tatou, agacé par cette agitation dérisoire lui dit : « Colibri ! Tu n’es pas fou ? Ce n’est pas avec ces quelques gouttes d’eau que tu vas éteindre le feu ! » Et le colibri lui dit : «  Je sais, mais je fais ma part. »

 

Et si des milliards de colibris prenaient les choses en main ? 

 

Joëlle Palesi

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