Voeux pour une année enfin « nouvelle »

Publié le par Garrigues et Sentiers

Nous venons de traverser une période nommée « les fêtes de fin d’année » par l’économie marchande qui structure la liturgie de nos sociétés. Cette expression neutralise la force symbolique et spirituelle de deux événements majeurs pour nos consciences occidentales : la naissance de Jésus et le passage à une nouvelle année. Entre deux « réveillons », nous multiplions des échanges de « vœux » avec nos amis.  Ce terme de « vœu » a la particularité ambiguë de  désigner à la fois l’engagement  d’un être humain dans une relation avec autrui et la militance d’une juste cause, ou bien, à travers l’expression « vœu pieux », un discours totalement déconnecté du moindre engagement concret. Dans un récent ouvrage, le philosophe Stéphane Floccari tente, à la lumière de la vie et des écrits de Nietzche, de nous inviter à une réflexion vitale sur ces vœux de Nouvel An : « Rares sont ceux  qui s’autorisent ce jour-là à affirmer un choix véritablement singulier, créateur et original. Le scepticisme et le pessimisme sont souvent de rigueur, comme le résume assez bien Lichtenberg dans ce bon mot passé à la postérité : Janvier est le mois où l’on offre ses meilleurs vœux à ses amis. Les autres mois sont ceux où ils ne se réaliseront pas » (1). 

 

Trop souvent, ces vœux se résument à nous souhaiter ce qui serait finalement la pire des choses : « qu’il ne nous arrive rien » afin que soient pas ébranlés nos conforts intellectuels et matériels, nos habitudes, nos modes de vie. Qu’il s’agisse d’une découverte, d’une rencontre, d’un accident  de parcours, d’une intuition spirituelle, « ce qui nous arrive » éveille à des horizons que nos planifications et nos précautions avaient ignorés ou éliminés. Le besoin de sécurité nous pousse à prendre des assurances contre le surgissement de ce qui est Autre. Nous risquons alors de nous fermer l’élargissement de notre conscience et à cet appel lancé jadis à Abraham et qui continue de retentir dans la conscience de tout croyant : quitte ce que tu connais pour aller vers ce que tu connais pas. Les grands moments de notre vie, les crises que nous traversons ne sont pas le fruit de laborieuses  constructions d’experts. Cela nous arrive comme une grâce. 

 

L’Évangile qui est au cœur de la vie chrétienne n’est ni un traité de théologie ni un recueil de commandements moraux. Il est, étymologiquement, le récit d’une « bonne nouvelle ». Il n’a rien à voir avec la récitation de catéchismes, la défense d’un ordre  institutionnel ou moral ou la construction d’un ego fût-il spirituel. Je ne connais pas de meilleure célébration de l’art de vivre évangélique que les versets du Magnificat. L’exaltation et l’exultation de Marie ne viennent pas de ses conquêtes ou de ses prouesses morales ou religieuses, mais de l’accueil de ce qui lui arrive : une Parole qui se fait chair. Alors « les puissants sont renversés  de leur trône et les riches renvoyés  les mains vides » (Lc 1, 51-55).

 

En ce début d’année, c’est donc moins la puissance et la richesse  qu’il faut nous souhaiter que  de maintenir en nous cette capacité d’accueil à  « ce qui nous arrive ». Comme l’écrit Stéphane Floccari : « La « nouvelle année » pourrait peut-être alors, sait-on jamais, enfin devenir une année nouvelle » (2).

 

Bernard Ginisty

 

 

(1) Stéphane FLOCCARI, Nietzsche et le nouvel an, éditions les Belles Lettres, collection « encre marine », 2017, p. 39. Georg Christoph LICHTENBERG (1742-1799) est un philosophe, écrivain et physicien allemand dont les Cahiers d’Aphorismes sont passés à la postérité.

(2) Stéphane FLOCCARI, op. cit., p. 16.

Publié dans Réflexions en chemin

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Robzer Kaufmann 03/01/2018 13:15

Dans le sillage de Lichtenberger et ses voeux "qui ne se réalisent pas"...tout cela me parait teinté d'un peu d'amertume et de pessimisme.
Tout d'abord, nos voeux s'adressent à l'Autre, sans que nous ayons à préjuger de ce qu'il estime bon pour Lui et encore moins en lui soufflant ce qu'Il doit souhaiter.
C'est un geste d'amour; non au sens chrétien (l'oubli de soi) ni au sens moderniste (la sexualité) mais tout simplement LUI VOULOIR DU BIEN. Et ceci même s'Il est de ceux qu'on n'apprécie pas spécialement le reste du temps. C'est le geste de paix du temps de Noêl, comme le Kippour des Juifs. Qui sont tout le contraire du " Qu'il ne nous arrive rien" !

L'Evangile, en effet, en effet, n'est pas un traité de Morale. C'est surtout le témoignage d'une vie d'eception et de situations pédagogiques que l(on retrouve dans les paraboles proposées et dans lesquelles nous puisons notre inspiration toutes les fois que nous cherchons notre voie.
Une vie essentiellement ouverte à tous, et notamment ceux trop pauvres ou trop riches à notre goût.
Il a surpris en faisant sauter les cadres trop rigides des lois religieuses et des préjugés sociaux mais s'est gardé de nous donner les clés d'un système socio-économique. Son époque possédait sa propre économie marchande et sa propre structure de société, sans qu'il s'en émeuve. De quoi surprendre les "Progressistes" d'aujourd'hui de voir traiter les pauvres de "Bienheureux".
Il s'est contenté de nous dissuader de tout mélanger : le Politique (la monnaie de Cesar), l'Economique et le Religieux ( les marchands du Temple)...
Il n'est nullement démontré que la fin de l"Economie de Marché" et la disparition des "Riches", réclamées par certains de façon quasi obsessionnelle nous apporte le"Meilleur des Mondes"

C'est dans cet esprit que je souhaite une BONNE ANNÉE à tous les gestionnaires et les intervenants du Blog !
Robert Kaufmann