La « Réforme » concerne tous les disciples de Jésus-Christ

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Les récentes célébrations du  500ème anniversaire de la Réforme ont souvent réuni des représentants de plusieurs Églises chrétiennes. En effet, l’acte fondateur par lequel Luther s’est opposé aux dérives de l’Église de son temps concerne tous ceux qui se réclament de la foi en Jésus-Christ. Ainsi, oubliant les anathèmes du passé, le Pape François souhaite « déceler et assumer tout ce qui était positif et légitime dans la Réforme » (1).

 

Toute démarche de foi qui ne veut pas rester lettre morte doit s’incarner dans des groupes humains qui instituent des règles de fonctionnement, des liturgies et un énoncé commun de la foi. Le danger mortel pour la foi est que ces institutions, reflets des caractéristiques du temps et de l’espace où elles ont été conçues, deviennent la finalité de la démarche spirituelle au lieu d’en être qu’un des moyens. C’est le danger du cléricalisme à propos duquel Pierre Pierrard, professeur d’histoire à l’Institut catholique de Paris, écrivait ceci : « Actuellement, beaucoup de chrétiens souscriraient à la réflexion de Tommy Fallot, fondateur du Christianisme Social : Dieu seul est laïque ; hélas, l’homme souffre de maladies religieuses, cléricalement transmissibles » (2).

 

En affirmant, dans le chapitre 3 de l’Epître aux Romains, que la foi en Dieu peut justifier aussi bien les circoncis que les incirconcis, Paul relativise toutes les institutions ecclésiastiques. Il place au cœur du christianisme la démarche du croyant avant les appartenances institutionnelles. En langage chrétien,  nul ne peut faire partie du Royaume s’il ne renaît de l’Esprit. L’Évangile refuse de faire de la géographie ou de la généalogie d’un être humain un destin. S’y enfermer conduit non seulement aux aberrations personnelles mais à la violence. A ceux pour qui la filiation abrahamique constituait en soi une justification, le Christ ne cesse de rappeler que le donné de l'histoire ou de la géographie ne saurait constituer quelque privilège que ce soit :« Ne vous avisez pas de dire en vous-mêmes : « nous avons pour père Abraham ». Car je vous le dis, Dieu peut, des pierres que voici, faire surgir des enfants à Abraham » (Mt 3, 9-10).

 

L’universalité de la grâce invite chacun à recevoir et assumer ce qu’il a d’unique et non à rêver de conquêtes institutionnelles. Nous sommes tous fondamentalement minoritaires. L’humanité se construira par des relations entre des hommes s’assumant uniques et différents, en cela “ fils d’un même Père ” et non par la construction d’une tour de Babel religieuse, politique ou économique. Le pluralisme des Églises interdit à chacune de s’égaler à la totalité du Corps mystique du Christ. Si le désir d’unité des chrétiens, et plus généralement de l’humanité nous habite, il ne saurait conduire à l’enfermement dans une structure qui se définirait en quelque sorte comme la fin de l’histoire. Toutes les Églises sont provisoires et n’ont de sens que comme éducatrices de l’homme à l’accueil de l’Evangile. Comme l’écrit le théologien dominicain Christian Duquoc dans son  Essai d’ecclésiologie œcuménique intitulé Des Églises provisoires, « le provisoire qualifie le fait que les Églises sont historiques et donc mortelles, il n’est pas un jugement péjoratif (…) Le provisoire désigne la condition de l’innovation, de la création continue, de la présence aux situations changeantes ; il s’oppose à l’entêtement dans la volonté d’arrêter l’instant, la mobilité des formes ou la mortalité des relations » (3).

 

Le travail de Réforme est une veille nécessaire et permanente dans toutes les Églises pour qu’elles gardent la distance avec les buts qu’elles prétendent servir au lieu de s’égaler à ces buts et de les coloniser.

 

Bernard Ginisty

 

(1) Pape François, Discours du 31 mars 2017 aux participants d’un colloque sur Martin Luther organisé par le Comité pontifical des sciences historiques.

 

(2) Pierre Pierrard, Anthologie de l’humanisme laïque de Jules Michelet à Léon  Blum, éditions Albin Michel, 2000, p. 12. Pierre Pierrard (1920-2005)  était un historien spécialisé dans les relations des Églises avec la modernité. Il a été président de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France de 1985 à 1999.

 

(3) Christian Duquoc (1926-2008), Des Églises provisoires. Essai d’ecclésiologie œcuménique, éditions du Cerf,  1985, p. 99.

Publié dans Réflexions en chemin

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Françoisjean 19/10/2017 12:10

Votre site était passionnant, il devient « super-passionnant », comme le diraient les jeunes dont nous nous occupons avec mon épouse. Je regrette de ne pouvoir y écrire plus souvent, n’ayant pas le don d’ubiquité, mais j’en utilise sans modération de nombreux articles dans mes interventions. Je regrette aussi que le nombre d’intervenants s’autolimite pour diverses raisons plus ou moins sibyllines…mais j’avais constaté ce fait lorsque je participais au blog « croire.com ». Pour moi, il a été intéressant tant qu’il a été plus ou moins ouvert ; il a pour moi totalement perdu de son intérêt quand il est devenu « cours de cathé ». Il en est de même pour le forum « mauricezundel » qui ne semblait plus répondre aux désirs légitimes de la fondation, mais qui permettait des échanges, dont certains étaient de haut niveau : dommage. Donner la parole au peuple de Dieu qui est « prêtre, prophète et roi », semble hors épure pour certains de nos théologiens ou têtes pensantes et je remercie tous les jours Luther d’avoir eu le courage de le faire. Maurice Zundel, dont la grand-mère, protestante militante très active, a largement influencé la pensée, a probablement pour une part, été mis sur la touche, pour cette raison. Il avait simplement quelque 50 ans d’avance sur son temps. Il était très ami avec le pape Paul VI au point d’être cité nommément dans la bibliographie de l’encyclique « popularum progressio » Il aurait, je n’en doute pas partagé ce texte et sa conclusion sans réserve.
PS : Je viens d’acquérir « le déni » de Maud Amandier et d’Alice Chablis, préfacé par le père Joseph Moingt. Dans le cadre de la libération de la Parole, je l’ajouterais bien à votre propre bibliographie.