Danger de l’idolâtrie et du dieu jackpot

Publié le par Garrigues et Sentiers

J’ai lu, peut-être un peu en diagonale pour certains articles, les messages des intervenants. Je dois avouer que je ne me retrouve dans aucune de ces interventions. J’ai eu un moment d’espoir quand j’ai vu que le texte de Mgr Dufour commençait par une citation de la prière de St Augustin : « Tu étais dedans, et moi j’étais dehors »… « Tu es plus intime à moi-même que moi-même ». À moins d’être schizophrène, on ne peut s’adresser à Celui qui est le plus intime à soi, comme à un être extérieur à soi ! On ne peut donc pas connaître Dieu sans en passer par une profonde connaissance de nous-mêmes et des autres ; on ne peut rien sans Dieu ; Il ne peut rien sans nous. Thérèse de Lisieux, Etty Hillesum racontaient avoir vu en elles un puits profond, au fond duquel une Lumière brillante ne pouvait rayonner correctement en raison de multiples gravats qui en obstruaient l’ouverture et que Thérèse s’évertuait à essayer de déblayer, tandis d’Etty Hillesum vivait cette magnifique Prière : Ne permet pas, mon Dieu que Ta lumière s’éteigne en moi, et, malgré sa maladie induite par les conditions misérables qui lui étaient imposées, repartait accomplir sa tâche, car elle ne se reconnaissait pas le droit de se reposer alors que ceux qui lui avaient été confiés par l’occupant avaient besoin d’elle. Dans cette Prière-là, je me reconnais sans peine.

 

Sur la page de garde du site de la fondation (mauricezundel.com), je relève cette parole de L’Abbé Pierre : "Avec le Père Zundel, j’ai eu la chance d’avoir été en contact avec un mystique à l’état pur. Il m’est arrivé de faire le voyage de Paris à Lausanne, où il vivait, rien que pour me confesser à lui. Au cours de cette heure de grâce, il m’était offert de participer à une vie contemplative exceptionnelle. Par sa personne même, on accédait, presque naturellement au mystère de Dieu, à l’absolu."

 

Rechercher Dieu incarné en chacun d’entre nous, comme Jésus lui-même s’y est employé en s’agenouillant devant l’Homme, Tabernacle de Dieu, être le Vitrail qui laisse chanter le Soleil, être étonnant et compréhensible, comme nous l’a prêché en son temps, lors d’un rassemblement scout le père Zundel pour que chacun, en se redécouvrant, découvre par là-même le Trésor enfoui au plus intime de lui-même. « C’est un « Autre en soi » désireux de faire émerger toute sa Vie Divine en nous si nous Le laissons faire, évidemment …» écrit Jocelyne Chemier-Mishkin dans la présentation de son audio-livre.

« (...) On a trop souvent fait de Dieu un pharaon, revêtu de brocards et de diamants. Tout cela s'écroule au Lavement des pieds. La véritable grandeur, c'est la générosité, c'est de se donner. Le plus grand est le plus généreux, celui qui va jusqu'au bout du don de soi et, dans cet ordre, il n'y a pas de rivalité. À l'échelle de valeur de la domination, Jésus substitue celle de la générosité qui consiste en un échange nuptial, échange d'amour où le lien est fondé de part et d'autre sur un "oui" entier et libre : "car je vous ai fiancés à un époux unique, comme une vierge pure à présenter au Christ. " (2 Co. 11, 2). Le Lavement des pieds réalise une synthèse unique de la grandeur et de l'humilité… » (Conférence de Maurice Zundel à La Rochette en 1963)

 

« …Mais justement, Dieu, ils le voient toujours sous l'image du Pharaon, comme une limite à l'homme, comme une menace contre l'homme, comme un interdit, comme une défense, comme une barrière ! Ainsi que l'écrit Sartre dans ce raccourci terrifiant : « Si Dieu existe, l'homme est néant », tant ils ont le sentiment que si l'homme doit se tenir debout, s'il veut être un créateur, s'il veut courir une aventure qui en vaille la peine, il ne doit compter que sur soi, ne pas faire appel à ce Dieu qui nous dispense de tout travail, de tout effort créateur, parce qu'il a tout fait, parce que les jeux sont faits, parce que le sort en est jeté, parce que notre destin est éternellement prédéterminé… ». (Article de Maurice Zundel dans la Revue des Carmes, Bruxelles, oct./déc.1960 1ère année - n° 5 ; publié dans Dans le silence de Dieu)

 

Dans un sketch que j’aime beaucoup, Dieu dit à l’acteur : « Comment veux-tu que ma volonté soit faite, si ceux qui la demandent ne commencent pas par l’accomplir ? » (https://youtu.be/RBafmjZzit4). Être Christ les uns pour les autres, vivre Dieu, me paraît aller plus loin dans la Prière que les formes très intellectualisées que j’ai pu lire dans ces textes.

 

Dieu s’est fait Homme pour que l’homme soit fait Dieu. N’ayons pas peur. Nous avons reçu 1, 3, 5 talents, sachons ne pas les enfouir, mais les faire fructifier, dans tous les sens du terme, pour en rendre le centuple, sans demander à un dieu jackpot inexistant de faire le travail à notre place, contre un peu de louange qui ne nous engage à rien.

 

Françoisjean

Publié dans DOSSIER PRIERE

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