"Vacances" apprentissage d'un nouvel art de vivre

Publié le par Garrigues et Sentiers

    Avec le mois de juillet commence le temps des vacances et des voyages d’été qui bousculent nos rythmes de vie trop souvent devenus des « rengaines » de vie ! Mais faut-il encore, à travers ces temps et ces espaces nouveaux, que le voyage soit autre chose que la consommation de produits, définis par des agences de tourisme, que l’on  s’approprie au moyen de  cameras de téléphones portables brandis comme des outils de conquête !  Tout vrai voyage expose à rencontrer de l’inédit, du neuf, du non prévu et peut donc amener à remettre en question nos conforts habituels.

La « vacance » de notre quotidien peut être la chance d’une prise de conscience de tout ce qui nous éloigne de l’essentiel et notamment du règne de l’injonction à consommer au nom, entre autres, de la création de richesses et d’emplois. Pour cela, je ne saurais trop conseiller la lecture du petit ouvrage de Laetitia Vasseur et Samuel Sauvage intitulé : Du jetable au durable. En finir avec l’obsolescence programmée que les auteurs définissent ainsi « L’obsolescence programmée renvoie à l’ensemble des techniques qui visent à raccourcir la durée de vie d’un produit en vue d’en renouveler l’achat. En rendant nos objets quotidiens défaillants, elle est à la racine d’un gaspillage collectif qui nous concerne tous (…) Elle est la clef de voûte d’un modèle obsolète d’organisation économique » (1)

            L’ouvrage met en lumière les stratégies industrielles qui visent à provoquer cette obsolescence. Mais, plus fondamentalement, il analyse les comportements et les valeurs inconscientes qui les rendent possibles et acceptables. Et tout d’abord, ce « règne de la quantité » que dénonçait René Guénon (2) selon lequel « plus on possède, mieux on se porte » et qui conduit à ce que « la plupart de Français possèdent chez eux un trésor d’objets non utilisés, qui représenterait jusqu’à près de 2000 euros, laissés au placard, sur le balcon, au grenier ou à la cave » (3). Selon le sociologue Zygmunt Bauman, la consommation sert d’abord à être perpétuellement en mouvement et à lutter contre l’ennui (4). Nous sommes alors dans ce « cercle vicieux » que dénoncent les auteurs : « Nous passons plus de temps (à travailler) pour nous offrir des choses qui sont censées nous faire gagner du temps (libre). Autant dire, un cercle vicieux et même de plus en plus vicieux puisque les stratégies visant à limiter la durée de vie des produits impliquent que les objets durent moins longtemps, il faut donc consacrer d’autant plus de temps à gagner assez d’argent pour payer des choses rendues obsolètes rapidement » (5).

            C’est donc à un art de vivre nouveau que nous sommes conviés : « A l’heure où de nombreux auteurs critiquent l’accélération du temps dans notre société, notre combat contre l’accélération du taux de renouvellement des produits n’est-il pas un combat plus global pour une réhabilitation de la présence au temps, c’est-à-dire un art de vivre par la prise de conscience de soi, de la qualité de nos échanges avec les autres et les choses qui nous entourent ? » (6).

 Quel meilleur programme de « vacances » !


(1) Laetitia VASSEUR, Samuel SAUVAGE : Du jetable au durable. En finir avec l’obsolescence programmée, éditions Gallimard, collection Alternatives, 2017, pages 9-10. Les  deux auteurs on créé l’Association Halte à l’obsolescence programmée (HOP) qui « promeut un modèle de société fondé sur des modes de consommation et production sobres et responsables,propose des solutions aux décideurs publics et privés, fédère et communique sur les initiatives locales citoyennes, publiques et entrepreneuriales <www.halteobsolescence.org>.

(2) Cf. René GUENON (1886-1951) : Le Règne de la Quantité et les signes des Temps, 1945, Nouvelle édition, Gallimard,  2015.

(3) Laetitia VASSEUR, Samuel SAUVAGE,  op.cit. page 66.

(4) Cf. Zygmunt BAUMAN : L’Ethique a-t-elle une chance dans un monde de consommateurs, éditions Climats, 2009.

(5)  Laetitia VASSEUR, Samuel SAUVAGE op.cit. page 72.

(6)   Id. page 147. 

                                                                Chronique de Bernard Ginisty du 5 juillet 2017

 

 

Commenter cet article