La prière dans la Bible, la tradition et le devenir juifs

Publié le par Garrigues et Sentiers

La double prière

Dans la tradition juive la prière de l’homme rencontre la prière de Dieu, qui prie lui aussi. Double engagement, mais aussi double bénédiction. Au bout de la nuit, dans le désert de Péniel, Jacob demande à l’ange, qu’il  combattu, de le bénir avant de le laisser partir. Pour les maîtres du Talmud, c’est Jacob qui bénit l’ange au moment même où il lui demande sa bénédiction. C’est Dieu qui accorde sa bénédiction à ceux qui le bénissent et toutes les prières juives commencent par la bénédiction de l’Eternel, roi du monde et du temps Baroukh ata Adonaï, élohénou mélekh ha olam. La prière n’est pas une demande pressante mais une double bénédiction, un double don.

 

Mort et renaissance

Dans la prière de roch ha chana et de de yom kippour, l’homme juif s’entoure de son châle de prière qui d’après Franz Rosenzweig est d’abord une sorte de linceul de mort à soi-même, de dépouillement absolu. Mais en même temps le taleth est un rappel de son mariage et des enfants promis, car c’est la fiancée qui le lui a offert. Mort et renaissance. Enfantement de la nouvelle année. Ecoutons Isaïe : « Ne ressassez pas les choses du passé. Voici je vais faire du nouveau. Il paraît déjà, ne le distinguez-vous pas ? »

 

La prière-travail, prière avoda

Les prières juives ne se limitent pas au mot téfilah qui désigne la prière liturgique. Un autre mot hébraïque, avoda désigne la prière devenue acte, promesse, engagement, travail, service des hommes et de Dieu, tous les sens qui donnent vie et profondeur au mot. « Nous ferons et nous entendrons » répondent les hébreux de l’Exode à l’appel divin. Rachi a insisté sur la priorité du « nous ferons », de la mise en pratique, car sans elle la promesse et la prière ne sont que pâture du vent. La plus belle illustration de la prière avoda a été présentée par Abraham Heschel qui disait « Lorsque je marchais à Selma avec Martin Luther King, je priais avec mes pieds. »

 

La prière du silence

« A toi qui habites Sion, seul le silence convient en guise de louange » dit le psaume 65 et le psaume 62 chante encore le silence : « Vers Dieu seul vibre mon attente et le silence de mon âme ». Le prophète Elie sur le chemin de l’Horeb, comprend que le divin n’était ni dans le tonnerre ni dans l’ouragan. Il n’était pas dans le bruit et la fureur, mais dit le Livre des Rois « dans le frémissement d’un silence ténu ». La prière amène les hommes à « garder le silence ensemble » (Rosenzweig) et pour cela il faut apprendre à écouter. C’est l’écoute et le silence qui donnent sens et espérance à la parole de l’homme et à la parole de Dieu. La première et dernière prière de la femme et de l’homme juifs sont récitées dans l’écoute totalement accueillante, au seuil du silence, au seuil de la mort. C’est le Chéma Israël : « Ecoute Israël, notre seigneur, notre Dieu est Un. Ehad. »

Ecoutons le grand philosophe juif allemand Franz Rosenzweig : « La question n’est pas de savoir si la prière sera satisfaite. C’est la prière qui est elle-même satisfaction. L’âme prie de pouvoir prier…Qu’elle puisse prier, voilà le don le plus grand que la Révélation lui offre. » (Etoile de la Rédemption. p. 261) 

Marcel Goldenberg

 

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