Invitation aux commencements

Publié le par Garrigues et Sentiers

Le 25 mai dernier, Mark Zuckerberg, créateur et PDG du réseau social en ligne Facebook qui compte plus d’un milliard d’utilisateurs actifs quotidiens, a prononcé un discours à l’université d’Harvard à l’attention des diplômés de l’année1. Dans son intervention, il définit ainsi la mission de sa génération : « Pour que notre société continue d’aller de l’avant, nous avons face à nous un défi générationnel : il ne s’agit pas simplement de créer de nouveaux emplois, mais de redonner du sens. Il ne suffit pas d’avoir votre propre raison d’être. Vous devez créer une raison d’être pour les autres ». Pour relever ce défi, Mark Zuckerberg indique trois chemins : identifier des engagements, créer des communautés, élargir nos horizons.

Parmi les engagements les plus urgents, il cite entre autres la lutte contre le réchauffement climatique et la prévention des maladies : « Aujourd’hui, nous dépensons 50 fois plus pour traiter les personnes malades que pour chercher à prévenir les maladies. Cela n’a aucun sens ». Mais ce qui lui semble le plus fondamental, dans une société où chacun, à son niveau, sera confronté à la nécessité de créer et non simplement de répéter le passé, c’est de « définir un nouveau contrat social », car « si chacun n’a pas la possibilité de transformer une idée en entreprise historique, nous sommes tous perdants ». Ce qui le conduit à demander « d’explorer des idées comme le revenu universel afin de donner à chacun une sécurité permettant d’essayer de nouvelles choses »2. Cette dernière idée, défendue lors des élections présidentielles par Benoît Hamon, méritait certainement plus que les sarcasmes faciles dont elle a le plus souvent fait les frais.

Pour Mark Zuckerberg, l’essentiel consiste à promouvoir une articulation entre le local et le global, les communautés locales et la citoyenneté du monde. Pour lui, « le sens n’est pas nécessairement lié au travail. Une des façons dont nous pouvons créer du sens pour chacun est de créer une communauté, un sentiment d’appartenance ». Au moment où les communautés traditionnelles sont en crise, il affirme, à partir de son expérience, « je sais que nous pouvons rebâtir des communautés et en créer de nouvelles (…) C’est aussi mon histoire. Un étudiant dans une résidence universitaire qui connecte une communauté à la fois et qui continue jusqu’à ce qu’un jour nous connections le monde entier ».

La surinformation, en temps prétendument « réel », sur l’ampleur des problèmes de notre planète, risque d’amener beaucoup d’entre nous au scepticisme et au découragement. Face à cette tentation, le créateur d’un des plus importants réseaux sociaux mondiaux invite à s’investir d’abord au niveau local : « Le changement commence au niveau local. Même les changements mondiaux commencent à petite échelle, avec des personnes comme nous. Pour notre génération, la question de savoir s’il faut se connecter davantage et saisir nos opportunités majeures se résume à notre capacité à créer des communautés et un monde où chacun trouve sa raison d’être ».

Aucune institution, aucun parti politique, aucune religion, aucun réseau social, aucun personnage emblématique ne saurait dispenser chacun d'entre nous de risquer personnellement l'épreuve concrète des valeurs qui donnent du sens. Croire que de simples appartenances pourraient nous en dispenser conduit à des impasses. L'avenir ne sera fait ni de la répétition du passé ni de l'installation satisfaite dans la critique de boucs émissaires. Il est ce que nous allons commencer ensemble.

Bernard Ginisty

1.- Mark Zuckerberg, « Ensemble, redéfinissons l’égalité des chances », in journal Le Monde du 28-29 mai 2017, page 27.

2.- Ibidem : « Nous savons tous qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne idée ou de travailler dur pour réussir. La réussite est aussi liée à la chance. Si j’avais dû m’occuper de ma famille au lieu de consacrer mon temps libre au codage, si je n’avais pas su que tout irait bien pour moi si Facebook ne fonctionnait pas, je ne serais pas là aujourd’hui. Si nous sommes honnêtes, nous savons tous que nous avons eu de la chance. Chaque génération élargit la définition de l’égalité. Les générations précédentes se sont battues pour le droit de vote et les droits civiques. Elles ont dû créer le New Deal et la Great Society. C’est désormais notre tour de définir un nouveau contrat social pour notre génération ».

Publié dans Réflexions en chemin

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