Veilleur, à quand l’aurore ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

« Les croyants du silence que nous étions devenus (cela est écrit plusieurs années après Mai 68) leur voix demeurera-t-elle à jamais inaudible ? Ont-ils même encore une voix ? Où sont-ils ? Peut-être sont-ils comme moi à se demander Que m’est-il donc arrivé ? »1. Ce livre commence ainsi.
Guy Coq dit encore : « Nous lisions l’Évangile à partir de Saint Marx. Nous vivions une aliénation mortifère de la foi. Celle-ci était désertée par l’intelligence. Ce fut une véritable expulsion de l’expérience de la foi hors de la culture personnelle ». Et bien d’autres pages suivent sur ce rejet de la foi et de la culture religieuse.
Ce phénomène de désertification des églises et de la foi n’a fait que s’amplifier jusqu’à aujourd’hui au point qu’Adrien Candiard vient d’écrire un petit traité de l’Espérance à l’usage de nos contemporains : « Veilleur où en est la nuit ? »

Pour retrouver l’espérance Adrien Candiard nous ramène au prophète Jérémie. YHWH demande à Jérémie (1,11) : « Que vois-tu Jérémie ? » Et celui-ci répond : « Je vois une branche de veilleur ». Et YHWH lui dit : Jérémie (1,12) « Tu as bien vu car je veille sur ma Parole pour l’accomplir » Et plus loin Jérémie 31,33 : « Je mettrai ma loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur cœur ».
Ces paroles de YHWH se réaliseront avec la venue et la mission de Jésus qui dira être venu pour « accomplir la loi ». Adrien Candiard conclura en disant que c’est la Présence de Dieu qui nous fera retrouver l’espérance et qu’il s’agit de vivre pour les valeurs évangéliques conduisant à la Vie Éternelle.
Oui, mais une fois ce vide de la foi atteint pour bon nombre d’anciens chrétiens, de leurs enfants et de leurs petits-enfants, comment refaire surface ? Ce monde où nous vivons a non seulement perdu ses repères vis-à-vis de la foi en Dieu et de l’Église mais aussi dans les institutions du monde, dans les valeurs évangéliques et la tendance reste à la morosité générale.
Et pourtant Dieu crie toujours : « Je veille sur ma Parole ».

Depuis près d’un demi-siècle que la foi a commencé à déserter de plus en plus les consciences et à quitter les foyers chrétiens, parallèlement se sont mises en place et se sont progressivement multipliées ce qu’on appelle : « les expériences de mort imminente » dans lesquelles le malade en état de coma dépassé et souvent de mort cérébrale atteste, en se réveillant, d’un autre monde bien supérieur au nôtre, l’image même de ce Royaume de Dieu évoqué par Jésus. Ces expériences longtemps mises en doute par la science mais exploitées par les médias commencent aujourd’hui à trouver un écho favorable car certains scientifiques en ont fait l’expérience eux-mêmes. Force aussi est de constater par eux-mêmes que la science ne peut pas tout expliquer, surtout le monde de l’invisible, le monde de ce Dieu qui veille jalousement sur sa Parole.

Dernièrement une émission de télévision Judaïca présentait un enfant juif de 15 ans Nathan ayant connu une de ces expériences de mort imminente. Un rabbin qui, lui aussi, après un arrêt cardiaque avait connu un passage semblable, l’interrogeait : « Qu’as-tu vu ? Et l’enfant a répondu : « J’ai vu trois lumières, une grosse et deux petites, une à droite et une à gauche de la plus grosse ».
Et le rabbin lui a expliqué : « Tu as vu le symbole du jugement dernier, la plus grosse lumière au milieu c’était Dieu et les deux autres lumières plus petites représentaient d’un côté les justes qui seraient admis au paradis, et de l’autre les méchants qui se dirigeraient vers l’Enfer. Le jugement dernier figure aussi dans la Torah ».

Guy Coq disait encore : « Il nous faut retrouver le chemin des symboles ». Ce chemin, les Évangélistes l’ont emprunté quelquefois sans trop comprendre où ils allaient.
Ce que le jeune Nathan a vu c’est décrit par les quatre évangélistes au moment de la crucifixion : Marc 15,27 « Et avec lui (Jésus) ils crucifient deux brigands l’un à sa droite, l’autre à sa gauche ». Matthieu 27,28 dit la même chose. Jean 19,18 : « Ils le crucifièrent et avec lui deux autres un de chaque côté et au milieu Jésus ». C’est un peu plus précis avec l’ajout de « au milieu ».
Mais Luc est beaucoup plus explicite et fait de cette triple crucifixion le symbole même du jugement dernier. D’un côté il y a le malfaiteur qui injurie Jésus (Dieu) : il représente ceux et celles qui vont aller vers l’Enfer, ce n’est pas réellement signifié mais ça le laisse supposer. De l’autre côté il y a le bon larron qui défend Jésus et qui avec son assentiment va aller dès le soir même au Paradis. Il représente tous et toutes les élu(e)s qui vont être accueilli(e)s dans le Royaume de Dieu.
C’est le même symbole vu par le jeune Nathan sous forme de lumières, les personnes n’étant pas représentées dans le Judaïsme.

Pour nous, chrétiens, Dieu a les traits de Jésus et je cite encore Guy Coq : « La personne divine a désiré se rendre visible » mais cette Personne sait qu’il n’en est pas de même dans le Judaïsme et nous découvrons là tout Son tact et toute Sa finesse. De plus, nous pouvons y voir non seulement un rapprochement mais une complémentarité entre nos deux religions.
L’après-vie a la même signification pour tous. C’est ce que Dieu cherche à faire passer par le biais de ces « expériencers » tout en les renvoyant vers une vie terrestre plus riche et plus féconde. L’être humain qui revient à la vie terrestre va souvent complètement changer dans son comportement et opérer une véritable conversion. S’il était centré uniquement sur lui-même, il se préoccupera davantage des autres pratiquant la solidarité.
Il se tournera vers les malades ceux surtout qui connaissent la fin de vie, une fin qu’il a connu lui-même. Il va acquérir des dons, don de guérison, don de clairvoyance, plus grande ouverture d’esprit. Il va se trouver souvent en porte à faux avec des membres de sa propre famille qui ne le reconnaissent plus car pour lui les valeurs se sont renversées. Il va vivre souvent ce qu’a vécu Jésus, même sans le savoir.

Un jour une personne, dans une conversation sur ce sujet, m’a dit : « Ces gens sont les témoins de notre temps ».
C’est par ces nouveaux moyens que Dieu ou l’Esprit de Dieu tente de redonner une véritable espérance dans la Vie Éternelle aux êtres humains de notre époque. Aussi est-il peut-être temps de les prendre en considération.
Ces personnes ne vérifient-elles pas cette prière de Jésus : Luc 10,21 « Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre d’avoir caché cela au sages et aux intelligents et de l’avoir révélé aux tout-petits ». Les enfants comme Nathan, les malades en phase de mort imminente ne font-ils pas partie de ces tout-petits aimés de Dieu qui ont le courage de révéler leur témoignage ?

Veilleur n’est-il pas temps que se lève l’aurore ?

Christiane Guès

1 – Que m’est-il donc arrivé ? Un trajet vers la foi de Guy Coq Collection Esprit/Seuil
2 – Veilleur où en est la nuit ? D’Adrien Candiard Éditions du Cerf

Publié dans Réflexions en chemin

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