Témoignage d’une catéchiste

Publié le par Garrigues et Sentiers

Un article écrit par une « vieille » catéchiste (une trentaine d’années de pratique) a-t-il sa place dans un dossier sur l’éducation ? Le catéchisme est-il de l’instruction religieuse, de l’éducation religieuse… ou plus que ça ?

Au départ, catéchisme fait référence à un enseignement oral des dogmes et principes de la religion. C’est une approche scolaire qui a eu cours pendant longtemps avec le système des questions-réponses. Je ne l’ai jamais pratiquée et les différents parcours utilisés avec les enfants ne sont plus du tout sur ce registre.
La question que je me pose à chaque inscription, c’est : « Pourquoi les parents viennent-ils inscrire leur enfant au KT ? ». Alors que pour les enfants des écoles privées confessionnelles, la proposition est faite directement et le créneau horaire prévu dans l’emploi du temps, pour les enfants des écoles publiques, inscrire son enfant au KT demande de la part des parents une démarche qui n’est pas toujours très simple quand il faut trouver un lieu et un créneau horaire qui se case entre la musique, le judo…, prévoir un accompagnement…
C’est sans doute une des explications de la baisse des effectifs au long des années, ajoutée à la modification de la sociologie des quartiers des centre-villes, car je constate que dans les communes périphériques de Marseille, le nombre d’enfants reste important.

Mais alors, « pourquoi les parents viennent-ils et qu’attendent-ils ? »

Nous posons évidement rarement la question de manière aussi directe. La seule fois où nous l’avons fait, la réponse majoritaire a été « pour qu’il (elle) ait une bonne morale ».
Mais la plupart du temps, l’inscription au KT se fait dans la perspective de la première communion. Ceci explique le nombre grandissant d’enfants non-baptisés qui s’inscrivent. Baptême, première communion (la confirmation n’est jamais mentionnée), il « faut » les avoir faits (un peu comme les vaccins), sans oublier la fête associée à ces évènements et qui fait partie des rites familiaux.
Car il faut bien le reconnaître, à de très rares exceptions près, passée la porte du KT, les enfants n’entendent plus parler de Dieu, de religion ; quant à la pratique religieuse ou simplement la prière… Pas étonnant qu’à la question : « Qu’est-ce-que Noël ? », la réponse soit : « La venue du Père Noël avec les cadeaux ». Et pour Pâques, la réponse est : « La fête des œufs en chocolat ».
Malgré ces constatations pas toujours réjouissantes, je continue... même si j’aspirerais à trouver une relève.

D’abord je me refuse à porter quelque jugement que ce soit sur les parents. Je ne sonde pas les cœurs et s’ils nous confient leurs enfants c’est qu’il y a au plus profond d’eux-mêmes quelques braises qui pourraient être rallumées. J’ai vu quelquefois des parents se remettre en route et même faire leur première communion avec leur enfant !
Ensuite, je conçois le rôle de catéchiste comme celui qui va favoriser la rencontre avec le Christ.
Compte tenu de l’inculture religieuse, il y a une part d’instruction religieuse au sens où on explique, raconte… Il y a quelques années, un parcours comprenait trois livres dont le contenu serait sûrement à revoir, mais dont les titres me guident encore : Parle-nous de Jésus, Raconte-nous l’Ancien Testament, Montre-nous des chrétiens. Au-delà de l’information, le plus important est de faire découvrir aux enfants que les paroles du Christ nous disent encore quelque chose à nous, hommes du XXIe siècle et que ça vaut la peine de s’engager, et que ça peut éclairer toute une vie.

Ensuite ? Ensuite je crois que ce n’est plus du ressort de la catéchiste. Je ne crois pas que la foi se transmette. On prépare le terrain, on laboure, on sème et la grâce de Dieu fait le reste.

Joëlle Palesi

Publié dans DOSSIER EDUCATION

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