Comment l’Esprit-Saint nous éduque-t-il ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

Dès le livre de la Genèse nous pouvons considérer que l’Esprit-Saint se présente comme une force qui se manifeste et se met à l’œuvre dans la vie des humains comme s’il avait décidé de prendre en charge leur apprentissage.
L’histoire d’Abraham débute par Genèse 12,1 :« Quitte ton pays, ta parenté, la maison de ton père pour le pays que je t’indiquerai ».
C’est déjà le « Va vers toi-même » c’est-à-dire là où l’Esprit-Saint vient faire sa demeure. De même cet Esprit-Saint se révèlera à Moïse le poussant à accomplir la mission de sauver son peuple. Lui aussi devra quitter la plaine où paissent les troupeaux pour aller vers la montagne de l’Horeb afin de recevoir la révélation du Dieu unique. Pour Abraham il s’agit d’abandonner les idoles sans vie de son père pour, lui aussi, choisir ce Dieu unique.
L’Esprit-Saint a utilisé l’appel intime invitant au déplacement, à la découverte, à l’avancée du monde : « Quitte, va, monte ! ».

Mais c’est seulement avec Jésus que cet Esprit de Dieu va dévoiler sa puissance et se révéler dans la « Parole » évangélique qu’il va vivifier.
Pour Matthieu et même pour Luc, l’Esprit-Saint est déjà à l’œuvre dans la vie de Jésus dés sa conception. Matthieu 1,18 : « Marie sa mère était fiancée à Joseph. Or avant qu’ils eussent mené vie commune, elle se trouva enceinte par le fait de l’Esprit-Saint ».
Dans l’Évangile de (Luc 1,15), l’ange du Seigneur dit de Jean-Baptiste : « Il sera rempli d’Esprit-Saint dès le sein de sa mère ».
Ainsi dès notre conception, l’Esprit-Saint peut se manifester en vue de nous former par son enseignement tout au long de notre vie et cela quel que soit l’être humain qui va naître puisque Jean-Baptiste n’est qu’un prophète et non le Fils de Dieu.
À noter que la « virginité perpétuelle » de Marie est aujourd’hui très contestée du point de vue scientifique et de plus l’Esprit-Saint ne tente jamais de détruire la relation amoureuse entre deux êtres humains ; Joseph et Marie étaient fiancés et très proches du mariage. Matthieu ne pouvait que faire intervenir l’ange du Seigneur auprès de Joseph pour sauver le couple. Chez Luc, c’est pire car rien n’est signifié à Joseph et à cette époque là, l’adultère était passible de lapidation surtout envers les femmes. On sent que Luc hésite à décrire cette « annonciation » car il fait dire à Marie (Luc 1,24) : « Comment cela sera-t-il puisque je ne connais pas d’homme ? » Marie sait pourtant qu’elle est au bord du mariage avec Joseph. Dans ce « je ne connais pas d’homme » on sent toute la gêne de Luc qui fait comme si Joseph n’existait pas.

Jésus lui-même dément cette affirmation de conception virginale par l’action de l’Esprit-Saint (Jean 3,6) : « Ce qui est né de la chair est chair, ce qui est né de l’Esprit est esprit ». Il ne peut y avoir d’équivoque possible. On ne naît pas « chair » de l’action de l’Esprit, mais celui-ci se saisit de « l’incarnation d’un être humain » en vue de sa transformation intérieure, de son évolution spirituelle ultérieure pour faire naître en lui la foi, la compassion, le pardon ou encore les sentiments de solidarité et de partage ou pour développer en lui un don. Même les guérisons de Jésus sont seulement un « rétablissement » des sens et des fonctions locomotrices ou autres de la personne dans lesquelles entre une bonne part de psychologie et auront pour objectif l’acquisition de la foi pour les malades ou les handicapés. Pour les juifs de son temps et même sans y ajouter du mépris, génétiquement, Jésus est le fils du charpentier. Mais il fallait marquer la naissance de cet être hors du commun par une conception virginale afin qu’il soit considéré Fils de Dieu alors que cela se prouve par bien d’autres façons. Or Jésus dira souvent de lui-même qu’il est Fils de l’Homme.
Marie est très attachée et soumise à la loi de Moïse, respecte les dix commandements et ne connait pas la tentation de puissance, ni la tentation de richesse, ni celle d’enfreindre la loi. Elle a le sens des responsabilités familiales et ne comprendra jamais l’attitude et les actions de son fils qu’elle gardera cependant « dans son cœur » comme en mémoire pour l’avenir. Il y a donc en elle une « virginité » initiale vis-à-vis du péché.
Jésus a hérité des qualités de sa mère. Aussi le début de son ministère dans les synoptiques commence-t-il par les tentations au désert. (Jésus doit apprendre comment faire pour être artisan de la transformation de ce monde afin de le révéler à l’homme. Il doit reconnaître au cœur de l’épreuve la puissance d’amour de Dieu. Sa mission sera donc de nous conduire aussi vers cet apprentissage, de nous transformer nous-mêmes pour transformer le monde). Jésus doit nous apprendre ce qui va dans le sens du péché pour que nous arrivions à le cerner, à le combattre en nous. Cela explique qu’il « y est mené par l’Esprit ». C’est la première action éducative de l’Esprit-Saint signifiée chez Luc dès la conception de Jésus. Chez Marc ces tentations font même partie du chapitre 1.

Il y a tout un enchaînement des actions de l’Esprit-Saint chez Luc qui signifient un accompagnement continu de cet Esprit envers Jésus (Luc 1,35) : « L’Esprit-Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre » ; ensuite (Luc 3, 22) : « Et l’Esprit-Saint descendit sur lui (Jésus) sous une forme corporelle comme une colombe » ; puis encore (Luc 4,1) : « Jésus rempli d’Esprit-Saint était mené par l’Esprit tenté par le diable ».
Marc et Jean ne parlent ni de la conception, ni de la naissance de Jésus pas plus que de la naissance de Jean-Baptiste. Ils nous présentent Jean-Baptiste déjà adulte prêchant au bord du Jourdain un baptême de repentir. Jésus vient comme un homme ordinaire se faire lui aussi baptiser et l’Esprit de Dieu descend et vient sur lui comme une colombe.
La colombe est un symbole. Elle est un signe de renouveau. C’est la colombe qui annonce la fin du déluge, le retrait des eaux de la mort et la terre qui renaît. Elle revient planer au-dessus des eaux du Jourdain, une eau qui donne vie cette fois-ci par le baptême et, là, une voix confirmera Jésus dans son identité de Fils de Dieu. La colombe est aussi signe de résurrection car sa blancheur fait penser au vêtement de Jésus devenu éclatant de blancheur dans l’épisode de la transfiguration. D’ailleurs une voix là aussi venue des cieux (d’une nuée lumineuse) l’identifiera à nouveau comme étant le Fils de Dieu.
Pour Marc et Jean, l’Esprit-Saint paraît donc se manifester plus tard chez Jésus à l’âge adulte.

Faut-il en conclure qu’Il peut se manifester à n’importe quel âge selon l’évolution de la personne concernée ? Il faut voir là un double procédé d’éducation, l’un n’excluant pas l’autre, les deux arrivant à se compléter car ni Matthieu, ni Luc n’éluderont le baptême de Jésus à l’âge adulte.
Cela expliquerait que la foi peut s’acquérir dès la petite enfance par une simple éducation religieuse en suivant les étapes de l’Église pour cette éducation aussi bien que par une conversion plus ou moins brutale à l’âge adulte comme celle de Paul faisant l’objet d’un véritable retournement. Mais Jean-Baptiste faisant le lien entre la première et la deuxième alliance, signifie que les prophètes de la première alliance étaient eux aussi guidés par l’Esprit-Saint.
Ce « gène » de la spiritualité tout en étant un acquis dès la conception et la naissance, ne se développe pas obligatoirement à ce moment là et peut ne jamais se développer, tout dépend de nos affinités, s’il y a recherche sur le sens de notre vie et de la vie en général mais aussi des circonstances et des choix auxquels l’Esprit-Saint nous a conviés.
Par exemple une personne non croyante mais qui réalisera le sens de sa vie dans une activité humaniste comme soigner des malades ou se dévouer pour les plus pauvres, ne sera pas forcément conduite par l’Esprit dans le sens de la foi en Dieu. Cependant nous sommes tous sous la direction de l’Esprit sans le savoir, y compris Jésus. Mais au sein de cette formation nous avons le sentiment de rester extraordinairement libres, de la liberté des colombes.
On doit accepter que l’Esprit-Saint ne soit venu que progressivement dans la vie de Jésus pour le conduire à l’ampleur de son message sinon on enlèverait à Jésus son côté humain.

Les disciples ne sont pas tous croyants. Ainsi Thomas l’un des douze, lorsque Jésus annonce à ses disciples son départ tout proche et qu’il leur dit (Jean 14,4) : « Et du lieu où je vais vous savez le chemin ». Thomas lui répond (Jean 14,5) : « Seigneur nous ne savons pas où tu vas, comment saurions-nous le chemin ? ». Jésus est ainsi poussé à révéler sa véritable identité (Jean 14,6) : « Je suis le Chemin, la Vérité, la Vie. Nul ne vient au Père que par moi. Si vous me connaissez, vous connaitrez aussi mon Père ».
L’incrédule Thomas engage ainsi Jésus à se révéler, à s’identifier, à mieux intégrer sa personnalité d’envoyé de Dieu. Ainsi, volontairement jusque là, Thomas a été tenu dans l’obscurité de la foi par l’action de l’Esprit afin de favoriser l’aboutissement de cette révélation d’une importance capitale pour nous chrétiens.
Philippe renchérit en demandant à Jésus (Jean 14,8) : « Montre-nous le Père et cela nous suffit » et Jésus répondra (14,9) « Qui m’a vu a vu le Père ». La demande de Philippe amène à nouveau une confirmation de l’identité et de la représentation de Jésus auprès des disciples et cela renforce cette double affirmation. Suivent plusieurs versets sur sa proximité avec le Père qui ont aussi leur importance sur la connaissance de Jésus.
Les disciples sont là aussi pour faire avancer Jésus dans sa mission et ce n’est pas un hasard, ces deux disciples parlent au nom de tout le groupe. Plus tard Thomas demandera un signe lui prouvant la Résurrection de Jésus et ce signe l’amènera à proclamer avec les mots de la foi destinés à Dieu seul : « Mon Seigneur et Mon Dieu ! ». C’est un peu une compensation de l’Esprit-Saint pour l’avoir fait attendre jusque là.
Je signale cependant que Thomas n’est pas installé dans son incroyance. Il est en recherche et il en est de même pour les autres disciples mais à des niveaux différents.
Beaucoup d’entre eux ne reconnaissent pas encore totalement Jésus comme Fils de Dieu.

Seul Pierre, au « pour vous qui suis-je ? » de Jésus répondra sans hésitation (Matthieu 16,15) : « Tu es le Christ, le Fils du Dieu vivant ». Et Jésus lui dira que cela lui est venu de son Père qui est dans les cieux, c’est-à-dire de l’Esprit-Saint qui fait le choix d’accompagner Pierre avant les autres disciples dans la voie du témoignage. C’est ce qui se vérifiera dans les Actes. Pierre, cet homme sans grande instruction, prendra la parole dès le début des Actes pour s’adresser à des foules, ce qu’il n’avait jamais fait auparavant et ce dont il ne se serait pas senti capable de faire.
Le jour de Pentecôte, les apôtres seront littéralement « saisis » par l’Esprit-Saint qui leur donnera dès ce moment là, la capacité d’aller témoigner. Mais au cours de leur mission, ils seront suivis, accompagnés par ce même Esprit au moyen de rêves, de visions, de voix comme par exemple dans l’épisode de la conversion de l’Ethiopien par Philippe.
Ainsi l’Esprit-Saint utilise le dialogue, les signes, les symboles,  les rencontres,  l’orientation d’esprit et de vie de la personne et même les rêves, les visions, les voix, les formes et les couleurs comme la blancheur et la forme de la colombe et du vêtement, enfin tout ce qui peut faire appel à la réceptivité des sens de la personne.

Dans la rencontre de Jésus et de la Cananéenne qui demande la guérison de sa fille. Jésus va dire (Matthieu 15,24) : « Je n’ai été envoyé qu’aux brebis perdues de la maison d’Israël » car Jésus croit que son message est seulement destiné à Israël, à ceux qui se réfèrent déjà à un Dieu unique. Or nous connaissons la scène, Jésus restera stupéfait de la réponse de la Cananéenne et de sa foi en lui tout comme de celle du centurion Romain qui ne se sentant pas digne de recevoir Jésus sous son toit lui dit (Matthieu 8, 8) : « dit seulement un mot et mon enfant sera guéri ». La preuve que Jésus a compris les « leçons » de l’Esprit-Saint, que Dieu ne l’a pas envoyé seulement pour les enfants d’Israël mais pour tous les peuples, c’est son étonnement admiratif et sa double exclamation (Matthieu 15,28) : « Ô femme, grande est ta foi !... » Et (Matthieu 8,10) : « En vérité, chez personne je n’ai trouvé une telle foi en Israël ».
Il prend conscience que son message doit être universel et qu’il concerne les deux sexes aussi bien les femmes que les hommes, la foi ne faisant pas de différence.
Sous l’action de l’Esprit Jésus privilégie l’humain au-delà des rites religieux, de la condition sociale, des préjugés et des jugements envers les pécheurs.

Le renversement des valeurs est aussi une nouveauté de l’Esprit-Saint. Qui aurait pu enseigner avant Jésus et même après et le faire maintenant, ces paroles (Matthieu 5,3) : « Heureux ceux qui ont une âme de pauvre… Heureux les affligés…Heureux les affamés et assoiffés de justice…Heureux les miséricordieux… Heureux les persécutés pour la justice… » D’où tombent ces paroles de vraie vie ?
Personne n’est à ce niveau d’enseignement. L’Esprit-Saint n’hésite pas à employer les retournements, les renversements, les conversions multiples et répétées, la diversité des situations lorsque tout cela va dans le sens de l’Amour, c’est-à-dire dans le sens de Dieu.
Dans (1Corinthiens 13,1-10) : « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges, si je n’ai pas la charité, je ne suis plus qu’airain qui sonne ou cymbale qui retentit… etc… ».
Ce texte magnifique est directement inspiré de l’Esprit-Saint.

La diversité des dons est aussi du ressort de l’Esprit (1Corinthiens 12,7-11 : « À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun…. Mais tout cela c’est l’unique et même Esprit qui l’opère distribuant ses dons à chacun en particulier, et comme il l’entend ». Ce qui ne veut pas dire que celui ou celle qui reçoit un don est forcément chrétien(ne). Il (ou elle) le reçoit en vue du bien commun (de l’humanité). L’Esprit-Saint reste cette force qui pousse vers l’avant, vers le futur d’une humanité se laissant transformer par l’amour. L’Esprit-Saint est un démocrate.
Cependant tout au long des siècles l’Esprit-Saint a posé les jalons de son enseignement.
Il n’a jamais refusé l’
Église, au contraire il a poussé les converti(e)s vers elle. Mais il passe au-dessus et au-delà de son enseignement et de ses restrictions pour aller à l’essentiel, à la source de l’humain. Plus qu’à une fidélité aux rites liturgiques de l’Église, il s’attachera surtout aux dons des personnes qui mettent ces dons au service d’une communauté dans la voie de la spiritualité ou au service des plus démunis (en argent, en santé, en affectivité) pour faire avancer l’Église et l’esprit non évangélisé du  monde.
De plus avec l’Esprit-Saint c’est l’anarchie des conversions. Aussi bien le baptême reçu peut introduire l’Esprit-Saint à la suite d’un repentir (Actes 2,38) : « Repentez-vous, et que chacun de vous se fasse baptiser au nom de Jésus-Christ pour la rémission de ses péchés, et vous recevrez alors le don du Saint-Esprit » aussi bien l’Esprit-Saint peut venir avant le baptême (Actes 10,47) : « Peut-on refuser l’eau du baptême à ceux qui ont reçu l’Esprit-Saint aussi bien que nous ? » Déjà, dès le début des Actes choisir Paul ce tueur pour répandre l’Évangile, il faut le faire ! Mais l’Esprit-Saint lit au fond du cœur humain. Au cours des siècles beaucoup de saints quelquefois ne valant guère mieux que Paul avant sa conversion ont été choisis et ont été des lumières pour la foi.

L’Esprit-Saint chemine depuis les Actes des apôtres et poursuit sa course encore aujourd’hui et pour les temps à venir.

Christiane Guès

Publié dans DOSSIER EDUCATION

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