Avant j’avais des principes, après j’ai eu des enfants

Publié le par Garrigues et Sentiers

Avec le recul de l’âge qu’évoque pour moi le mot éducation ?

C’est tout d’abord le fait d’avoir pu assurer, avec mon épouse, celle de nos six enfants et cela dans la simplicité et avec une certaine confiance dans leur avenir. Nous étions il est vrai dans cette période de notre histoire appelée « les trente glorieuses ». Que reste-t-il d’important pour moi de cette activité éducatrice ?
Tout d’abord la nécessité d’apprendre à découvrir rapidement la personnalité de son enfant. On pourra l’élever alors non pas suivant ce que nous voulons qu’il soit mais pour l’aider à exister lui-même en devenant ce qu’il doit être. Cela m’a amené à adopter une attitude éducative différente pour chacun d’eux. Dans ce domaine, la mère et le père ont un regard complémentaire. Ils doivent l’un et l’autre rester attentifs aux messages qu’ils reçoivent de leur enfant. Nous devons alors prendre le temps de l’écoute et du dialogue. Le scoutisme nous a aidés en leur apprenant à vivre des activités communautaires dans un cadre naturel.
Que dois-je penser de la transmission à nos enfants de nos valeurs ? Il est nécessaire avant tout de leur en donner nous-mêmes l’exemple avant l’échange par la parole. Il faut admettre qu’ils essaient de les respecter à leur tour, mais parfois d’une manière différente car ils vivent dans un autre monde.
Nous avons ensuite accueilli nos douze petits-enfants. Ce fut une seconde jeunesse. Nous n’avons pas à assumer la responsabilité de leur éducation, mais nous avons été pour eux des conseillers et avons reçu parfois leurs confidences. Nous avons eu aussi le bonheur, malgré leur style de vie bien différent du nôtre, de voir poindre en eux des traces de ce que nous avons essayé de semer dans notre vie de couple. Peut-être avons-nous mieux compris en tant que grands-parents que c’est l’amour qui demeure le fondement de tout partage avec notre descendance.

Après le regard que je viens de porter sur ma mission de « papa » et de « papy », le mot éducation évoque aussi pour moi la continuité dans la construction de soi-même que nous devons poursuivre tout au long de notre traversée terrestre. Cette « éducation permanente » s’est faite en ce qui me concerne par mon travail à la SNCF où j’ai acquis l’esprit d’équipe et par mon engagement syndical qui m’a fait découvrir la solidarité dans des engagements collectifs.
À la retraite j’ai eu la chance de pouvoir suivre des cours d’Histoire de l’art à la faculté de lettres d’Aix-en-Provence. Cette « éducation » se continue maintenant par l’échange « avec l’autre » dans des groupes de réflexion ou dans la vie associative. Tant qu’on le peut nous sommes ainsi poussés à « aller de l’avant ». N’est-ce pas d’ailleurs le sens que l’on peut donner, d’après son étymologie latine, au mot éduquer (ducere ex : conduire plus loin) ?

Jean Blache

PS : Je viens de trouver cette citation de Montesquieu que je vous propose : « Nous recevons trois éducations différentes, celle de nos pères, celle de nos maîtres, celle du monde. Ce qu’on nous dit dans la dernière renverse parfois toutes les idées des premières. » (L’Esprit des lois, 1748).

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