Une Expérience de l’Esprit-Saint aujourd’hui

Publié le par Garrigues et Sentiers

Jean 16,7 : « Le Paraclet (l’Esprit-Saint) ne viendra pas vers vous mais si je pars, je vous l’enverrai »
Jean 16,13 : « Et quand il viendra, lui, l’Esprit de Vérité, il vous introduira dans la vérité tout entière »

Faisant suite à mon article « Comment l’Esprit-Saint nous éduque-t-il ? », je vais parler d’un homme qui, lui aussi, a été « conduit » au désert non pas pour y être tenté mais pour y recevoir l’Esprit de Dieu. Je n’ai choisi qu’un seul témoignage mais il reflète un grand nombre d’expériences qui ont lieu de nos jours, l’Esprit-Saint adaptant parfaitement son enseignement et son accompagnement à toutes les époques.
Il s’agit d’Éric-Emmanuel Schmitt qui raconte son expérience dans un livre intitulé La nuit de feu1.
Le chemin que lui fait entreprendre l’Esprit-Saint est une véritable randonnée biblique.

Tout débute par la proposition qui lui est faite du tournage d’un film sur Charles de Foucault, un personnage loin d’être insignifiant qui a vécu une conversion brutale le conduisant au désert pour partager la vie des touaregs et qui est mort assassiné.
Éric part avec un groupe d’une dizaine de personnes pour une longue marche de quinze jours.
Le désert ! Le désert rappelle Osée dont la femme s’est donnée à la prostitution : Osée 2,16 « je la conduirai au désert et je parlerai à son cœur ». Ce peut donc être un lieu de conversion ou l’abîme des tentations de Jésus ou encore la longue marche du peuple hébreu, le désert peut être une voie de passage, une traversée semée d’embûches d’un monde vers l’autre ou encore une voie pour se retrouver.
Le désert c’est aussi le silence des sables et de la nuit ce joyau restauré de ses milliers d’étoiles. C’est la chaleur épuisante du soleil le jour qui pousse vers une source dont les quelques gouttes d’eau prennent soudain une valeur inestimable. C’est le froid de la tombée de la nuit et les premières lueurs de l’aube qui font émerger des sables quelques scorpions ou serpents venimeux attirés par la rosée du matin et dont il faut se méfier. Rien n’est facile dans le désert.

Au fil des kilomètres Éric observe son guide Touareg musulman. Son attitude, ses prières l’agacent mais le fascinent. Plongé dans le recueillement et habité d’une joie constante cela déstabilise Éric. Il redécouvre l’émerveillement.
Une phrase prononcée par un des membres de l’expédition poursuit Éric comme un leitmotiv : « Quelque part mon vrai visage m’attend ». Ces mots sont comme une convocation sans aucune échappatoire de l’Esprit de Dieu.
En cours de route une conversation s’engage sur l’existence ou non de Dieu entre Ségolène une personne croyante du groupe et Éric, philosophe rationaliste se présentant comme agnostique. L’Esprit-Saint pose ses points de repère.

Un petit groupe se détache de l’expédition pour faire l’ascension du mont Tahat faisant partie du massif du Hoggar. Éric fait partie de la randonnée.
Faire le choix du désert puis celui de la montagne – deux lieux hautement symboliques dans la Bible – c’est consciemment ou non faire le choix de dépouiller sa vie de tout ce qui l’encombre et la comprime pour partir vers un essentiel qui la dépasse et lui donne les raisons principales d’exister.
À son arrivée sur le toit du Sahara une joie immense submerge Éric, une émotion aussi partagée par les autres personnes à la vue du panorama.
Il décide de passer devant le petit groupe pour redescendre. Dans sa joie, il accélère son allure, dépasse ses compagnons et s’égare. Vêtu seulement d’un short et d’un tee-shirt il tente de s’abriter pour la nuit entre les blocs de pierre et se recouvre de sable pour avoir moins froid. Presque plus rien ni à boire ni à manger et l’imagination qui travaille, sa situation devient précaire.

Très conscient, et selon ses propres mots « je sens soudain mon corps se diviser en deux, l’un reste à terre enseveli dans le sable, l’autre s’élève dans les airs. Je m’approche d’une force fondamentale et je me fonds en elle ». La paix, la confiance, un sentiment de bonheur et de plénitude l’envahissent. Le temps s’immobilise. C’est indescriptible. Pour lui qui est écrivain, les mots n’offrent plus leur porte d’accès à ce qu’il vit, encore une leçon de l’Esprit. Une évidence s’impose à lui : tout a un sens, la vie n’est pas absurde ainsi qu’il le pensait, elle a un sens. Ses certitudes de philosophe rationaliste s’ébranlent. Ce temps d’éternité a duré une nuit entière puis la force l’a ramené délicatement à terre.
Avec la lumière du soleil Éric s’aperçoit qu’il s’est trompé de chemin et qu’il doit remonter vers le sommet pour redescendre sur l’autre versant. Il boit ses dernières gouttes d’eau mais fort de ce qu’il vient de vivre, sans paniquer et plein de volonté, il refera l’ascension et rejoindra le campement. Mais arrivé auprès de ses compagnons très inquiets pour sa santé, il lui sera impossible de raconter cette révélation dont il a été l’objet. Et pourtant son guide Touareg aura à son adresse ces derniers mots avant son retour : « Surtout n’oublie pas l’inoubliable ! » comme s’il avait pressenti l’expérience qu’Éric venait de vivre. Plus tard il révèlera à des personnes non croyantes le vécu de cette « nuit de feu » mais son témoignage restera vain, ces personnes étant trop rationalistes comme beaucoup de nos contemporains. 

Charles de Foucault avait eu une révélation mystique à 28 ans l’âge aussi d’Éric. Cette révélation l’avait conduit au pied du Tahat là où Eric venait d’avoir la même révélation cent ans plus tard. Le hasard existe-t-il ?
Le « feu » de cette nuit pourquoi ne pas le nommer Dieu ? Des années plus tard Éric lira les Évangiles et là il découvrira l’Amour qui le fera devenir chrétien, un merveilleux complément à sa nuit de feu.
Il dira : « Dieu n’est pas Celui qui sauve les hommes mais Celui qui leur propose de penser à leur salut ».

L’enseignement de l’Esprit-Saint est aussi divers que le nombre d’êtres humains sur terre. On peut dire que cet enseignement se fait par des cours particuliers. Un Musulman athée, selon ses dispositions, sera conduit à retrouver les racines de sa propre religion ; de même pour un juif athée. Ou bien, selon leur orientation d’esprit, ils seront amenés vers une conversion au christianisme ou vers une laïcité assumée et vécue dans la démocratie.
L’important est de rester ouvert aux questions qui se posent à chacun de nous afin de recevoir les réponses de l’Esprit.
L’enseignement de l’Esprit-Saint n’est jamais terminé dans la vie d’un être humain.

Nous avons toujours à apprendre de lui.

Pour nous initialement chrétiens, dans notre recherche, tôt ou tard comme Éric nous sommes amenés à connaître les Évangiles et à en vivre. Nous le faisons plus ou moins bien mais les élèves ne sont jamais parfaits.
C’est une des dernières astuces de l’Esprit-Saint pour amener les humains à la foi en Jésus-Christ et en la Vie Éternelle ou encore à la foi dans un humanisme, de se servir du phénomène de la décorporation un domaine que la science peine à explorer et qui ne donne pas ou pas encore de résultats probants.

Mais l’Esprit-Saint, lui, sait où il va.

Éric a utilisé l’ensevelissement dans le sable pour se protéger du froid mais l’ensevelissement est une évocation de la mort. L’Esprit-Saint va se servir de ce symbole qu’Éric a lui-même involontairement créé pour lui faire connaître l’« après-mort », la première entrée dans la Vie Éternelle.
J’ai compris à la lumière de cette expérience que le symbole était une clé qui ouvrait une porte sur l’invisible. C’est l’Esprit-Saint qui détient cette clé et il s’en sert à l’occasion.
Ainsi en est-il de l’Eucharistie. Les symboles du Pain et du Vin sont une des clés qui ouvrent une porte à la présence du Christ parmi les membres de la communauté, d’ailleurs le pain et le vin réunis ensemble ont un peu la forme d’une clé comme la croix. La porte étant ouverte recevons-nous tous cette présence ? Le geste de consécration est accompli pour qu’elle soit reçue mais rien ne dit que le contact s’établisse pour chacun.
Il peut cependant s’établir à d’autres occasions : « Là où deux ou trois sont réunis en mon nom je suis au milieu d’eux ».

Un autre compagnon à côté d’Éric qui se serait lui aussi enterré dans le sable pour se préserver du froid n’aurait certainement pas vécu la même expérience et aurait peut-être perdu la vie. Pourquoi ? Sans doute parce que certains sont appelés, choisis pour diverses raisons, d’autres non.
Mais le déroulement de la vie humaine : état de fœtus, être humain, mort et décorporation, Vie Éternelle est le même pour tous. C’est là que demeure la profonde égalité entre tous les humains.

Cet exemple de conversion est tout-à-fait nouveau et typique de notre temps, c’est pour cela que j’ai choisi de le développer comme faisant partie de l’enseignement moderne de l’Esprit-Saint.

Christiane Guès

1 – La nuit de feu d’Éric-Emmanuel Schmitt – Éditions Albin Michel

Publié dans Réflexions en chemin

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