Constances de la vie politique française

Publié le par Garrigues et Sentiers

Victor Hugo était-il un prophète voyant loin
ou la vie politique française stagne-t-elle à ce point depuis 181 ans ?

Ô Dieu ! si vous avez la France sous vos ailes,
Ne souffrez pas, Seigneur, ces luttes éternelles,
Ces trônes qu’on élève et qu’on brise en courant,
Ces tristes libertés qu’on donne et qu’on reprend,
Ce noir torrent de lois, de passions, d’idées,
Qui répand sur les mœurs ses vagues débordées,
Ces tribuns opposant, lorsqu’on les réunit,
Une charte de plâtre aux abus de granit,
Ces flux et ces reflux de l’onde contre l’onde,
Cette guerre, toujours plus sombre et plus profonde,
Des partis au pouvoir, du pouvoir aux partis,
L’aversion des grands qui ronge les petits,
Et toutes ces rumeurs, ces chocs, ces cris sans nombre,
Ces systèmes affreux échafaudés dans l’ombre,
Qui font que le tumulte et la haine et le bruit
Emplissent les discours, et qu’on entend la nuit
À l’heure où le sommeil veut des moments tranquilles
Les lourds canons rouler sur le pavé des villes !

Victor Hugo
Les Chants du crépuscule (3 août 1835)

Commenter cet article

Avon 27/08/2016 10:14

Bernadette Avon
Comme quoi les français ne changent pas vraiment... et pourtant ils ont accueilli beaucoup de gens venant d'autres cultures depuis que Victor Hugo a écrit cela. Il émane peut-être de la terre de France elle-même un certain esprit contestataire qui pousse sans cesse au conflit ??? Je m'interroge...

LEVY 27/08/2016 01:13

" Ces tristes libertés qu’on donne et qu’on reprend ". Il y a bien, parmi les libertés, celle dont on ne prive pas l'obscurantisme. On la codifie, on la délimite, on en contrôle l'exercice. Parce que si aucun droit n'est jamais absolu, sauf à devenir une tyrannie, nous nous faisons un devoir, et un honneur, de ne pas reprendre une liberté qui consiste à pouvoir professer la négation de la liberté. L'exercice est difficile, mais qui a soutenu que la démocratie était facile ? Elle est en tout cas intelligente - obligation qu'elle délaisse de plus en plus dommageablement, et tout particulièrement ces jours-ci. Retenons donc plutôt le poème de Victor Hugo que le titre du recueil où il a été publié.