« L’Enfer est vide, tous les démons sont ici »

Publié le par Garrigues et Sentiers

(La Tempête de W. Shakespeare)

Attentat de Nice : l’horreur absolue. Écraser une foule, passer sur les corps, et continuer, continuer, cela jusqu’à sa propre mort… Quelle haine peut-elle mener jusque là ? Quel désespoir, aussi ?
Il s’agit bien de haine et il faut voir ce qui peut engendrer de tels sentiments, même si nous sommes bien incapables de comprendre comment elle peut monter à un tel degré.

Le monde politique vit dans le mensonge organisé. « Les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent » a-t-il été dit ! Jusqu’au discours récent du Président assurant qu’il avait tenu toutes ses promesses... Qu’il n’ait pas pu les tenir, ou qu’il n’ait pas voulu, c’est une question à discuter, mais affirmer qu’il les a tenues manifeste un mépris confondant de son auditoire, nous !
Quand les électeurs de droite de Levallois (ce n’est qu’un exemple) se sont vu proposer uniquement la candidature de Balkany pendant des lustres malgré toutes ses « casseroles » et s’entendre dire qu’ils l’ont donc choisi, on comprend leur colère, redoublée par la suffisance et l’ironie du personnage : « vous n’avez pas eu le choix, vous voterez pour moi tant que je le voudrai ». Quand un « non » à un referendum est tourné en « oui » par le Parlement, ce dernier nous expliquant que nous n’avions pas bien compris, on comprend la colère des nonnistes. L’absence de démocratie dépasse toutes ces palinodies électorales, c’est dans tous les domaines qu’elle est bafouée sous prétexte d’être garantie par le vote.
Le monde économique et financier a instauré une société dans laquelle les inégalités criantes sont considérées comme « naturelles ». Récemment des « experts » trouvaient abusif le salaire d’un PDG américain s’élevant à 150 millions de dollars, mais qu’à part ces quelques cas tout allait bien. Il fallait bien récompenser les performances. Monsieur Ghosn mérite son salaire si Renault se porte bien… ! Et on oublie que les ouvriers, jusqu’aux balayeurs, sont partie prenante des résultats. Mais ils ne comptent pas. Il est « bien évident » que ce sont les hauts dirigeants qui comptent, et si on ne les récompense pas ils partiront, ce sera notre malheur.

Ces évidences manifestent un mépris du travail de tous, un mépris des conditions de vie des plus pauvres. 90 % de la population est priée de « s’adapter ». On détricote le droit du travail, ceux qui y sont attachés sont « ringards » et « n’ont rien compris au monde moderne ». La question n’est pas de savoir s’il faut rénover, rediscuter, moderniser, là-dessus justement le débat politique serait nécessaire. La question est de passer sous les fourches caudines des puissants, ceux qui s’opposent sont des has been. Il faut accepter la précarité qui, comme l’expliquait un dirigeant, est dans la nature de l’homme. Comme si la précarité d’un Rmiste était comparable à celle d’un dirigeant ! Ce discours auto-satisfait qui coule à longueur de journées est le plus bel exemple du mépris dans lequel est pris l’ensemble du peuple.
Comment ne pas être en colère, dans un tel monde ? Comment rester civilisé, civil dans les relations ? Le peuple courbera-t-il toujours son échine devant ceux qui le dominent ? Il est vrai que la modernisation des forces de Police et de l’Armée protège nos dirigeants, mais cela va-t-il durer ? Ce sont des aveugles volontaires, mais des aveugles tout de même, qui nient la réalité. On dit qu’ils sont coupés du monde, il semble surtout qu’ils ignorent son existence. Et leur attitude exacerbe les tensions, particulièrement dans ce qu’on appelle les « quartiers », ou envers les migrants.

L’échec de l’École dans les quartiers populaires est patent. Il a quantité de raisons, en-dessous il y a l’absence de volonté de faire le nécessaire pour que l’École soit ce qu’elle était autrefois, c’est-à-dire un instrument de promotion. Les efforts vont vers Polytechnique ou Sciences-Po (ou d’autres), pour le peuple ce n’est pas la peine. Un seul exemple : on met dans les quartiers difficiles, auprès des populations les plus éloignées de notre culture, les enseignants débutants. Tout ne vient pas de là, mais ceci est un signe très clair. À l’abandon de l’École répond l’abandon culturel. Où se trouvent les cinémas, les théâtres ? La coupure des subventions rend nombre de fondations culturelles ou expositions, de spectacles, hors de portée de la plupart. La culture devient produit comme les autres, destiné aux plus fortunés. Qu’est devenue la culture populaire chère à Jean Villard ? Les associations s’efforcent de la faire vivre, elles sont les premières à se voir couper les vivres, à se faire reprocher de prendre de l’argent pour se servir ! Celles qui essayent dans ce contexte de faire vivre ces quartiers, de les animer, d’aider les enfants par du soutien scolaire, de créer des événements culturels, de soutenir les gens dans leur vie quotidienne, sont de plus en plus étranglées financièrement, encensées juste un peu avant chaque élection.
Parallèlement l’État se désengage, on compte sur les bénévoles pour suppléer les travailleurs sociaux et autres intervenants institutionnels. À cela s’ajoute la discrimination à l’emploi. Mohamed, de la cité X a bien peu de chances d’obtenir un CDD, quant à un CDI, il ne faut pas rêver. Et on vient d’apprendre que cela se passe même pour les emplois publics : ce n’est plus une question liée aux méchants petits patrons ! Alors Mohamed est en colère. Stigmatisé, vilipendé, rejeté, contrôlé sans cesse par une Police brutale et irrespectueuse, sans autre avenir que de vivre de petits boulots et du RSA, il se révolte. Mais la révolte est sans avenir non plus, alors il a la haine. Cette haine l’habite, nourrie par nos dirigeants, tous ces responsables irresponsables ; elle finit par s’étendre à tous ceux qui sont différents de lui, à tous ceux qui ne subissent pas autant que lui ces stigmatisations, qui n’habitent pas comme lui les quartiers déshérités. Et elle s’amplifie et peut mener n’importe où.

Étonnons-nous que certains en soient étonnés !

Quand on ne trouve pas de travail, pourquoi ne pas émigrer ? Bien des Français vont chercher fortune ailleurs ! Pourquoi restent-ils dans leur cul de basse fosse, pourquoi ne se prennent-ils pas en mains ? Les femmes philippines vont partout en Asie pour nourrir leurs familles, les ouvriers vont construire les stades du Qatar, etc. Effectivement certaines populations émigrent ainsi, mais outre que c’est bien souvent pour se trouver en esclavage, encore faut-il y voir un avenir ? Quant aux Français qui émigrent, ce sont ceux qui sont formés, qui voient des opportunités ailleurs, ils émigrent par le haut, ce qui est évidemment impossible aux laissés pour compte de nos quartiers déshérités. Que peuvent-ils proposer ? Depuis toujours ils se savent hors circuit. Et où est ailleurs ? Quand on est abandonné dans un pays comme la France on est au bout du chemin (du rouleau), que peut-on trouver plus loin ?
On constate que l’Europe (ou les pays dits du Nord) attire les migrants. C’est vers nous qu’ils viennent pour avoir un avenir ; nous sommes la destination finale. Quand on crève ailleurs, par balles ou de faim, on abandonne tout pour venir vers d’autres cieux. Le monde s’est fait de migrations. Et justement l’Europe prétend bloquer ce processus. On construit des murs, on « externalise », c’est-à-dire qu’on construit des processus pour empêcher les candidats à la migration de frapper à notre porte. On dépense sans compter dans Frontex qui est ainsi la source de revenus des passeurs et la cause des morts en Méditerranée (sans compter toutes les exactions que subissent les candidats à la migration tout au long de leur périple, mais on ferme pudiquement les yeux, qui d’entre nous sortirait vivant de tels parcours ? C’est inouï comme nous admettons les pires exactions pour les autres que nous ne voulons pas voir.)
Et à ceux qui ont traversé avec succès toutes ces épreuves, à nouveau nous opposons nos refus. Une fois arrivés ils subissent toutes sortes de discriminations. Comme disait un élu municipal d’Aix à propos des Roms, « à force de leur rendre la vie impossible, on peut espérer qu’ils repartiront ». Quand il s’agit des Roms, d’ailleurs, tout est possible, il n’y a aucune retenue dans les discours discriminants, de haine. On détruit toutes leurs affaires dans chaque expulsion, et sans état d’âme on recommence. Quel est le responsable qui accepte de voir vraiment leurs conditions de vie ? Comment peut-on supporter cela ? Mais « ce sont tous des voleurs », ou bien « ils n’ont qu’à ne pas être là, c’est leur faute » comme disait un sous-préfet. N’oublions pas que les habitants des quartiers abandonnés sont majoritairement des migrants de première, seconde ou troisième génération. Ces souffrances de la migration, de l’abandon sans retour de leur pays, de leurs biens, de leur société, cela les a menés dans l’impasse qu’ils subissent.
Et dans ce fond sans fond dans lequel ils se trouvent, on ajoute la discrimination, le mépris. Comment s’étonner de leur haine ? Cette haine les met à la merci de toutes les manipulations pour devenir une folie meurtrière. Certains se tapent la tête contre les murs, quelques-uns mettent en œuvre toute leur haine accumulée avant de finir dans le mur.

Ce monde, c’est le nôtre. Alors ? Que faire ? Attendre le prochain attentat ? Y a-t-il une solution ? Certains de ces damnés de la terre croient encore à un ciel qui les consolera, alors ils subissent en espérant une sortie... à travers leur mort. Religion opium du peuple, Marx avait raison. Mais ceux qui ne croient pas à un tel ciel solution de leurs malheurs où trouvent-ils une issue ? Ils la trouveront si nous nous retroussons les manches, si nous décidons de construire un autre monde. Nous ne pouvons plus nous résigner à ce monde politique totalement disqualifié, nous ne pouvons pas accepter ces discours économiques qui nous expliquent au nom du bon sens qu’il est normal que les uns se gavent et que les autres crèvent, nous ne pouvons pas accepter que la compétition soit l’alibi permettant de jeter ceux qui n’ont pas gagné, nous ne pouvons pas accepter tous ces discours discriminatoires.
Heureusement il y a encore beaucoup d’hommes et de femmes, et probablement la grande majorité, qui croient encore en l’humain. Il faut nous appuyer sur eux pour agir, il ne faut pas baisser les bras devant les difficultés qui entravent notre action pour un monde meilleur. Il y a beaucoup de moyens d’agir, et le premier, le plus simple, est peut-être de refuser tous les discours de haine, de discrimination. Nous n’allons pas gagner comme cela contre Daech, mais nous pouvons faire en sorte que les perdants de la société mondialisée soient reconnus, ne soient plus stigmatisés et voient ouvrir des portes qui remplacent les murs qui les enferment.

C’est à ce prix que la paix peut revenir, que la vie peut l’emporter.
C’est notre espérance.

Marc Durand

Publié dans Réflexions en chemin

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Robert Kqaufmann 30/07/2016 14:18

Cher monsieur Durand,
Tout d'abord, pour ce qui concerne le mépris : si j'observe mon entourage, celui-ci se manifeste surtout par le silence, considérant que l'Autre est trop c.. pour comprendre. Pour ce qui me concerne, j'ai toujours l'illusion que mes arguments amèneront mon interlocuteur à réfléchir davantage. Mais j'ai, moi aussi, droit à mes colères. Si j'en viens à blesser certains, je le regrette.
Car oui, je suis sidéré de constater que nombre de gens cultivés et intelligents émettent des inepties en matière socio-économique. Notamment, j'entends souvent la formule de solution magique "YA-KA PRENDRE AUX GROS"(et donner aux p'tits...) (SIC) semblant ignorer ainsi que la masse des liquidités en mouvement dans un pays ne représente pas grand chose et que l'immense majorité des richesses est immobilisée dans les outils industriels et commerciaux. Rafler toutes les liquidités pour les redistribuer égalitairement à 67 millions de citoyens aurait pour seul résultat d'amener tout le monde à la limite de la "Pauvreté". Celle-ci n'est d'ailleurs qu'une notion relative, car on est toujours le pauvre Vs un autre.
Chacun doit savoir que ce qu'on appelle le "seuil de pauvreté" ( 1000 € par mois pour un individu en France, représentant 60% du revenu médian national) n'est qu'un élément de nature statistique et non un jugement social ou moral.
Pour ce qui est des outils de production, c'est un choix politique. Les nationaliser ne rend pas non plus les pauvres plus riches. Cela consiste simplement à retirer la gestion aux Capitaines d'industrie privée pour la confier à de hauts fonctionnaires, à des apparachiks si on veut être plus méchant.
L'INÉGALITÉ fait partie de la Création. Elle frappe aussi bien les régions, les climats, les richesses naturelles, les êtres vivants...et surtout l'Homme dans sa capacité, au delà du biologique ,de se transcender et de créer.
Le reconnaitre n'est pas être fataliste, mais lucide devant nos réalités terrestres, échapper à toutes les formes de rêves inaccessibles et d'idéologies qui peuvent devenir mortifères. D'ailleurs, ne reconnait-on pas la qualité d'une civilisation à la façon dont elle traite ses faibles et handicapés ?... Et, contrairement à votre discours (excusez moi) la France est connue dans le monde entier pour avoir le meilleur régime social connu.
J'ai bien du mal, presque quotidiennement, à réagir contre les msg d'Extrême Droite hurlant d'indignation Vs les ponts en or que l'on fait, selon elle, aux immigrés fraichement arrivés et contre ceux qui hurlent de leur côté aux trahisons des gouvernements, y compris ceux de Gauche.
Le problème très grave de mon point de vue est ce chômage qui s'aggrave rapidement et ceux qui, ,après une carrière paisible, se retrouvent en fin de droits au RSA . Mais ceci nous fait passer sur le thème de la mondialisation de l'économie, qui n'est pas le nôtre aujourd'hui.
LA PAUVRETÉ; la vraie; elle existe dans le monde. Et ces pauvres-là seraient sûrement sidérés eux aussi d'entendre certains discours circulant entre nous. Pour simplifier, je ne parle que de Madagascar car je connais mieux cette région pour y parrainer une famille depuis 20 ans et avoir un fils souvent en mission là-bas. Avec quelques centaines d' € par an, on fait vivre une famille entière et envoie les enfants à l'école. Elle est devenue "riche" Vs la grande majorité de ses voisins qui fouillent les tas d'ordure pour simplement survivre.... Pourtant, le pays a beaucoup de richesses naturelles et s'est débarrassé du méchant colonisateur français depuis bien des décennies.
Pour ma part, je reste souvent rêveur de voir chez nous, dans le métro, tous ces enfants, à partir de 6-7 ans accrochés à leur mobile (qui paie l'abonnement ? ) tous ces gamins sur leur mobylette (qui paie l'essence ? ) Il m'arrive aussi de voir des écrans plats de 110 Cm dans des familles modestes. Tout cela nous éloigne un peu de l'mage misèrabilisse.

UN MONDE JUSTE EST-IL POSSIBLE ?? Vaste sujet. Titre de la rencontre des SEMAINES SOCIALES DE FRANCE 2006 auxquelles j'ai assisté au CNIT Paris -La Défense. Animées par un aréopage d'économistes, de sociologues, de philosophes...venus du monde entier et même l'intervention des candidats à la présidence de la République dont l'élection avait lieu quelques mois plus tard. Je ne vais pas m'étendre sur tout ce qui s'est dit au cours de ces journées très denses mais m'arrêter sur 2 noms que j'ai découvert à cette occasion et que toute personne intéressée pourra retrouver sur Internet si elle le souhaite. Il s'agit du philosophe-économiste américain John Rawls et celui qui parlait de lui ce jour-là, (ayant remplacé J.Rawls après son décès à sa chaire à Harward.), Philippe Van Parijs, professeur notamment à l'Université Catholique de Sciences Economiques, Sociales et Politiques de Louvain.
J'en parle parce que notre thème traite de la motivation de notre jeunesse, de lui donner un horizon, des buts.
La thèse (sur ce sujet-là) de Rawls, qui a influencé la politique socio-économique américaine durant des décennies, est que,( pour faire court,) pour aller en direction d'un monde plus juste, il faut maintenir certaines inégalités entre citoyens ; ce qui est une motivation pour eux d'engager le meilleur d'eux-mêmes pour accéder aux marches de l'échelle sociale. L"égalitarisme" étant démotivant, stérilisant puisque non porteur d'un progrès social personnel.
Certains diront sans doute que cela accroit la compétition entre individus et l'agressivité. Ce débat n'est pas prêt d'être clos. il m'a intéressé parce que j'ai fait carrière dans une multi-nationale américaine et que j'y ai vécu durant 35 ans cette culture. Les prises de décision économiques y sont souvent brutales et dictées par le profit, celui-ci étant le moteur et le but de l'entreprise. Ceci compensé par l'objectif mené parallèlement du bien-être et du bonheur des collaborateurs, qui comptent dans les résultats de l'entreprise. Et j'ai surtout fait la différence concernant la politique de promotion sociale et professionnelle. Les Français tiennent surtout compte des diplômes, les Etats collectivistes de l'engagement politique au sein du système; le management américain des talents et de la puissance de travail de l'intéressé. C'est donc chez eux que l'on trouve le plus de promotions internes au sein de l'entreprise et il est souvent remarquable d'observer des courbes de carrière étonnantes, parties du plus bas. Il y a là un vrai choix de société.

Vous me dites que j'ai "oublié de vous lire" et vous contestez appeler à l'insurrection.
Je vous ai donc relu et je revois=
parlant de Nice,
..."il s'git bien de haine et il faut voir ce qui peut engendrer de tels sentiments"...
..."discours du Président"...
..."électeurs de droite de Levallois"...
..."absence de démocratie"...
..."monde économique et financier ayant instauré une société dans laquelle les inégalités"...
..."salaire de Mr Ghosn"....
..."mépris du travail de tous"...
..."mépris des conditions de vie des plus pauvres"...
..."détricotage du code du travail"...
..."passer sous les fourches caudines des puissants"...
...."mépris dans lequel on tient l'ensemble du peuple"... etc....
Et, cette charge posée, on en vient au plaidoyer et à la conclusion=
..."comment ne pas être pris de colère "...
..."comment rester civilisé? civil dans les relations?."..
Et on vient à l'incitation=
..."le peuple courbera t-il toujours son échine devant ceux qui le dominent3...
..."cela va t-il durer ?"...
Et, conclusion finale=
..."c'est à ce prix que la paix peut revenir"...

Eh bien, cher monsieur, je persiste vous dire que ce n'est pas dans cette direction que je vois une amélioration de nos difficultés. Et je vous le dis en tant qu'ancien responsable national d'un syndicat de Cadres.(et pas CGC) . A mon époque, et malgré ce que j'ai dit de mon entreprise, j'ai interpelé le Pdg de ma multi-nationale lors du CCE="...et que comptez-vous faire en Septembre pour les 650 000 jeunes qui arrivent sur le marché du travail ??"...et lui ai manifesté notre mécontentement devant sa réponse.
Mais les discours actuels dont il est question; la mutinerie sur un paquebot de la SNCM, déjà si gravement en difficulté et soumise à une conférence féroce; la chemise déchirée du DRH d'Air France; la grève actuelle d'une partie du personnel volant d'Air France, soumise également à une vive concurrence internationale, lors d'une pointe touristique d'été, plombant ses comptes et nuisant gravement à sa réputation internationale.....
.....Oui, je le redis= c'est simplement stupide !

Pour les terroristes, il me semble que quelque chose vous a échappé. Ils sont toujours plus nombreux à venir de l'Enseignement Supérieur et leurs motivations ne sont nullement celles que vous leur prêtez. Sans oublier que dans leur première manifestation en Occident, au World Trade Center de New York, les pilotes étaient des universitaires pourvus de brevets de pilote de ligne.
Mais le terrorisme n'est pas notre thème majeur aujourd'hui. Pas plus que celui de l'Ecole; mais Marc Delile a raison : c'est là que les choses commencent et notamment l'intégration de cette vague d'immigrants de culture musulmane qui nous donne plus de mal que les vagues d'immigration précédentes.

Puisqu'on a beaucoup parlé de haine et qu'on affirme l'un et l'autre rechercher la PAIX, essayons ,,malgré nos vues très éloignées, de faire prévaloir la seconde dans nos relations.

Robert Kaufmann

Marc Delîle 30/07/2016 09:41

D'accord, Marc, la démocratie ne se porte pas bien chez nous, entre autres à cause de la nullité avérée d'une partie de notre classe politique, plus intéressée par sa réélection que par la réalisation de ce qu'elle prône ou promet. Note, quoique ça ne justifie rien, que c'est pire dans une grande partie du monde, qui n'approche guère ou pas du tout de l'idéal de Liberté/Égalité.
D'accord, Marc, le monde crève de la domination de la finance, dont le seul but semble de décrocher les marges les plus larges pour les actionnaires, sans voir que l'économie gère, directement ou indirectement, la vie de la totalité de la population. Je me demande toujours si l'appauvrissement et la précarité des "masses laborieuses" favorisent une économie fondée sur l'attente de la croissance ; car si je ne gagne plus ou pas assez comment consommerai-je davantage et donc d'où viendra cette croissance ?
Je ne sais pas si le "peuple courbe l'échine" ; ce qui est vrai c'est qu'il se laisse "distraire". Panem et circenses ! Juvénal en a dénoncé les effets pervers (Satire X) ! Les jeux du cirque plus quelques distributions de vivres empêchaient déjà les foules romaines de se poser des questions sur le pouvoir impérial. Ce n'est pas un hasard si TF1 rassemble plus de spectateurs qu'Arte, c'est plus "facile". Et le principe du RSA n'est pas sans quelque parenté avec les distributions de grains gratuites par le service de l'annone, dans la Rome antique.
Le plus grave, tu le dis bien, c'est l'échec de l'école. A vouloir égaliser à tout prix et, pour cela, à simplifier au maximum la provende intellectuelle à assimiler, à vouloir réduire les horaires de telle ou telle matière principale au profit d'aventures pédagogistes, à former les maîtres prioritairement de façon à justifier leur place dans l'échelle indiciaire (en quoi un master de mathématiques prépare-t-il à enseigner la langue française ? Et réciproquement ?), on a abouti, dans certaines zones, à des garderies pour attendre la limite de l'âge obligatoire de la scolarisation. Le désastre commence au primaire. Jadis, le but était qu'un enfant de 11/12 ans sache lire, écrire, compter, et ait quand même une ouverture sur le monde : quelques rudiments d'histoire, un aperçu géographique, des fenêtres sur les "sciences naturelles" (les moins jeunes parmi nous ont connu les "leçons de choses" qui, bien faites, suscitaient la curiosité des enfants). Aujourd'hui, de crainte de traumatiser les chères têtes blondes, tout le monde suit un cursus jusqu'au bac y compris ; et l'on reçoit, en faculté, des jeunes ne sachant pas écrire 4 pages dans un français correct. Or la possession de sa langue constitue, plus qu'un simple moyen de dire, un outil à penser.
Où je ne suis plus ta philippique, c'est quand, excellente pour analyser tout ce qui ne va pas, elle finit par suggérer — ou alors j'ai mal compris — un quasi déterminisme entre la "radicalisation" de Mohamed — présentée comme une révolte contre l'injustice d'un être « stigmatisé, vilipendé, rejeté, contrôlé sans cesse par une Police brutale et irrespectueuse, sans autre avenir que de vivre de petits boulots et du RSA » — , comme si elle était le fruit direct de cette injustice. Elle peut jouer un certain rôle, mais, outre qu'un certain nombre de terroriste viennent d'un milieu "bourgeois, leurs motivations exprimées n'insistent pas sur ce point, sinon dans le discours de leurs avocats.
Notons que le terrorisme est une autre forme d'injustice en faisant d'innocents des victimes expiatoires de nos égoïsmes (qui ne sont que trop vrais). Historiquement, le mépris ressenti peut devenir l'un des moteurs d'une révolte. On pourrait relire à travers ce prisme une partie de la Révolution de 1789. Mais, il ne suffit pas. Comme nos gouvernants, depuis des décennies, tu sembles tenir pour négligeable la dimension religieuse du terrorisme islamiste. Or c'est bien au nom du Dieu de l'Islam qu'il agit, même s'il est pris comme prétexte pour asseoir un pouvoir au but de guerre mal défini. Car enfin, les roms, par exemple, sont aussi méprisés, vilipendés, rejetés, contrôlés que Mohamed, nettement plus malmenés que les habitants des "quartiers". Or il n'y a pas encore de leur part, à ma connaissance, d'attentats de l'ampleur de ceux qu'on connaît dus aux dihadistes.
Jean-Baptiste Désert

Marc Durand 29/07/2016 12:45

Monsieur Kaufmann a été « sidéré » par mon point de vue, qu’il me permette de l’être moi aussi à la lecture de sa charge. Il me semble tellement assuré de l’ « évidence » de ses propos, tellement assuré de ma « stupidité », de mon appel à la « haine des classes », de mon « bond un siècle en arrière » et du caractère « hors de propos » de ce que j’avance, de mon « bla-bla » et de mon « idéologie » (le « gros mot est lancé ») qu’il me semble avoir simplement oublié de lire ce que j’ai écrit et non ce qu’il me prête.
Alors j’insiste, mon propos se résume à ceci : qu’est-ce qui peut mener à de tels actes certains de nos concitoyens, les « piou-pious » de base ? Je ne dis pas que c’est pas la pauvreté qui est cause de cette haine. La majorité de la population a toujours vécu dans la pauvreté (ce qui ne signifie pas qu’on doive renoncer à l’éradiquer!). C’est l’enfoncement dans une vie sans avenir, c’est la chape de plomb boulonnée sur des vies qui vont dans le mur sans aucun espoir, c’est le mépris qui s’exprime à tous les niveaux dans la vie politique, sociale, professionnelle. Je n’attaque ni le capitalisme, ni les patrons ni les riches, je pointe des dérives de notre société qui mènent au désespoir certains de nos concitoyens et engendrent cette haine. Je n’excuse en rien ces actes, je ne prétends pas que seules ces dérives les expliquent, il y a aussi tous les manipulateurs et récupérateurs, sans compter les déséquilibres psychiques ou autres, mais je pense qu’on peut jouer sur ces dérives pour les stopper, et que cela serait faire œuvre de paix.
Et je pense que les discours tels celui de mon contradicteur sont une des sources du mépris et de la désespérance que je pointe.
Marc Durand

Pierre Locher 23/07/2016 18:11

Bonjour,

Je comprends un peu la colère de Marc Durand, et je suis d'accord avec sa dernière partie : Alors que faire ? (pour reprendre un titre célèbre...). Car il ne s'agit plus seulement de dire, il s'agit de passer au faire sans abandonner le dire, en un mot de faire advenir une parole efficace (le verbe qui devient chair, çà nous rappelle quelque chose...), à l'opposé de la communication vide de sens d'une grande partie de la classe politique et des médias.

Mais pour essayer de comprendre ce qui nous arrive, peut-être faut-il d'abord prendre conscience que nous ne vivons plus dans le même monde. Un petit détour par l'évolution des sciences est peut-être intéressant  : au début du siècle dernier, nous sommes passés d'une vision linéaire et causale à une vision probabiliste et statistique des sciences, laquelle n'a pas manqué de se propager dans tous les champs du savoir, en particulier en économie. En même temps, cela rassurait quelque part l'éternel angoissé que nous sommes : les chiffres, c'est du sérieux et une forte probabilité résonnait en nous comme une quasi-certitude. Au diable la peur du lendemain, le progrès continuait sa marche !

Et puis sont arrivés les accidents majeurs qu'ils soient technologiques ou autres : dans le même temps, certains scientifiques théorisaient la notion de chaos. C'était "l'effet papillon", ou les écrits prémonitoires du prix Nobel Ilya Prigogine dont "La fin des certitudes", ceux d'Isabelle Stengers qui donnait à l'un de ses livres le sous-titre - oh combien prophétique - "Résister à la barbarie qui vient" -, ou encore de Nassim Nicholas Taleb "Le Cygne noir ou la puissance de l'imprévisible".

Ce que ces auteurs - et d'autres - entrevoyaient, incertitude, imprévisibilité, barbarie, nous y sommes, mais nous ne voulons pas le voir. Le progrès va continuer sa route inéluctable, nous n'avons pas l'ombre d'un doute, et notre belle civilisation technologique va solutionner tous nos problèmes, sauf que la montée de la barbarie, d'où qu'elle vienne ( la mort de milliers de migrants en Méditerranée n'est-elle pas une forme de barbarie ?), commence à mettre un grain de sable dans la belle machine. Alors ne serait-il pas temps de se poser quelques questions ?

Par exemple, à quoi cela sert-il de se gargariser de mots (laïcité, laïcité !) pour tenter de résoudre la question de la poussée islamiste ? Qu'a-t-on fait pour donner à des jeunes de banlieue déracinés, sans véritable culture, ni histoire (ni celle de leurs ancêtres, ni la nôtre), la conscience qu'appartenir à deux mondes peut être une richesse ? Pourquoi l’histoire de la colonisation française en Afrique est-elle si peu enseignée ?

Les générations précédentes ont acquis le sentiment d'appartenir à un pays, une nation en effectuant un service national (sic) : pourquoi ce sujet n'est-il jamais abordé ?

Nous savons d'où vient le danger  : le salafisme et sa forme moderne le wahhabisme. Se combattent-ils avec une augmentation des forces de police et un renouvellement à l'infini d'un état d'urgence qui n'a plus de sens ? Est-ce en vendant quelques avions ou en utilisant les pétrodollars pour financer quelques clubs de foot qu'on va convertir les dirigeants des pays du Golfe à un Islam respectueux des droits de l'homme ?

Oui mais, va-t-on me répondre : et le pétrole ? Justement le pétrole, ne serait-il pas temps d'étudier sérieusement la sortie des énergies fossiles ? Et ne plus dépendre de ces pourvoyeurs d'idéologies de mort ?

Et question centrale : les barbares qui nous attaquent n'ont-ils pas compris l'une des fragilités de notre civilisation technologique, l'individualisme poussé à son degré extrême ? N'ont-ils pas compris que notre système démocratique qu'ils rejettent est déjà bien malade ? Un Président de la République élu par environ 15% des électeurs en âge de voter et des citoyens qui représentent 30% de la population qui n'ont que deux députés (même si je suis loin de partager leurs opinions), est-ce encore une démocratie qui fonctionne ? N'est-il pas temps que les citoyens se sentent plus concernés par l'action publique, ne délèguent pas tout pendant 5 ans à leurs élus, mais soient consultés régulièrement, au moins pour tout projet d’envergure  ?

Personne n'a la réponse définitive et indiscutable à ces questions et il y en a bien d'autres, mais il me semble que le temps est venu de s'y atteler.

Robert Kaufmann 21/07/2016 00:12

Eh bien ! Devant un tel discours prononcé en 2016, on en reste sidéré.
C'est un véritable bon un siècle en arrière. Du copier/collé, comme on dit aujourd'hui, d'Octobre 17...
En dehors du titre qui est toujours d'actualité, il n'y a pas grand chose que je me sente prêt d'approuver
La dernière phrase :"c'est à ce prix que la paix peut revenir"...me parait particulièrement hors propos dans la mesure où l'ensemble de l'argumentation ne fait qu'attiser la "haine des classes", tenter de dresser les gens les uns contre les autres, appeler à la révolte, et de plus, (involontairement j'espère) bâtir un plaidoyer pour ces "pôvres" laissés pour compte, poussés au terrorisme par notre société de classes.
Tout d'abord, jeter l'anathème sur toute une catégorie sociale est une stupidité, dans la mesure où tout être lucide sait parfaitement que chacun est porteur, responsable, de sa propre nature. Un grand possédant peut parfaitement être d'une honnêteté scrupuleuse et d'une grande générosité. Les exemples se comptent par milliers de personnes ayant accumulé un patrimoine immobilier ou artistique grâce à leur talents et leur travail en font don à la collectivité à la fin de leur vie. J'ai à mes pieds à Marseille le château et le parc Pastré. On peut penser à la villa Ephrussi de Rotschild à St Jean Cap Ferrat ou à l'hötel Nissim de Camando à Paris. Et tant d'autres...
Il peut aussi y avoir dans des familles modestes des soeurs et frères qui se déchirent haineusement pour une parcelle d'héritage...
L'évidence est que pour distribuer des richesses, il faut d'abord les produire. Et pour les produire, il faut des talents et des capitaux investis à risques. On n'attirera pas ces derniers en insultant les méchants "Kâpitalistes", en menaçant de les pendre à la lanterne le grand soir ou de nationaliser leurs biens une fois ceux-ci ayant porté leurs fruits.
Un grand capitaine d'industrie de Gauche, Loïc Le Floch Prigent, avait l'habitude de dire..."les Français n'aiment pas ceux qui réussissent"...
Quand on nomme un avocat gauchiste ministre de l'Industrie, il ne faut pas s'étonner de la suite ni rejeter la faute sur les capitalistes.
Oui ! la haine; la terreur. L'arme des faibles et des lâches. Des désespérés aussi; c'est vrai. Mais il ne faut pas passer d'actes individuels comme nous les vivons aujourd'hui en poussant les gens à la terreur de masse avec des centaines de milliers, voire des dizaines de millions de morts, comme la France en a connu dans ses années noires, fin XVIIIe ou l'URSS après Octobre 17.
Les "Nuit Debout" de la place de la République, à part d'avoir barbouillé la statut de la République et refusé la parole à tous ceux qui ne pensaient pas comme eux, ne nous ont pas laissé grand chose.
La démocratie= ll ne faut pas se tromper= elle ne s'exerce pas par des mouvements de rue. Elle s'exerce à travers les 3 pouvoirs de l'Etat. Si ça ne convient pas, on attend le prochain vote et on change.
Le Droit du Travail et les urgences présentes=
La désindustrialisation, le chômage entrainé, la résorbtion du déficit abyssal, sont les 1ères urgences. Ce n'est pas une question de Gauche ou de Droite.
Depuis 1981, le déficit public n'a cessé de progresser jusqu'à atteindre un niveau voisin des 100 % du PIB du pays. L'intérêt annuel de la dette absorbe la totalité de l'impôt sur le revenu des citoyens au lieu d'aller vers les investissements productifs.
Il faut donc relancer la machine et notamment l'emploi. Le Code du Travail qui date de la Libération atteint 3850 pages + les Conventions Collectives. Les magistrats eux mêmes ne s'y retrouvent plus et les employeurs sont découragés par cette usine à gaz.
Il faut donc simplifier et aider les employeurs à lutter contre le prix du travail en France face à la concurrence mondiale. Il est vrai que les salariés sont appelés à renoncer à quelque s avantages acquis au cours des 30 glorieuses. Mais faut-il attendre d'avoir 10 millions de RSA et la faillite des systèmes sociaux??...Bien sûr, donner la priorité à des accords d'entreprise qui travaillent dans des conditions tellement diverses sur des registres si différents donnera de la souplesse à l'emploi et facilitera l'embauche plutôt que ficelés dans des accords de branche, chers au pouvoir syndical.
Tout le reste n'est que bla-bla, idéologie et affrontement direct entre l'autorité de l'Etat en place et le pouvoir de la CGT

Le "peuple qui courbe l"échine"....On revient à Octobre 17.....
Mohamed........La France a quitté l'Algérie après une guerre civile douloureuse et beaucoup de pertes humaines. Elle a rendu la liberté à son empire africain.
Bien que la plupart des engagements pris à Evian n'aient pas été respectés par le jeune Etat algérien et que les nouvelles républiques africaines n'aient pas forcément fait le meilleur usage de la démocratie qui leur était offerte, la France a accueilli depuis plusieurs millions de migrants, sans esprit de revanche, On leur a donné du travail quand ce fut possible, la prévoyance, les aides sociales diverses, l'école gratuite pour les enfants, les études supérieures quasi gratuites pour ceux qui faisaient effort de travailler...souvent la nationalité française.
Malgré la crise et les 22 millions de chômeurs en Europe, celle-ci continue de laisser enter des
migrants par centaines de milliers. Ne pas lui reconnaitre cette générosité, issue des Droits de l'Homme, ceux-ci découlant directement de la culture judéo-chrétienne, et nullement partagée par les pays émigrés, est pure mauvaise foi.

Et pour finir, j'aurais envie de demander à l'auteur de l'article comment il parvient à expliquer que dans les pays où on a enfin réglé son compte au Capitalisme, instauré cette économie collectiviste égalitaire, cette culture populaire, il avait fallu construire des murs, voire ouvrir le feu, contre ceux qui cherchaient à rejoindre cet enfer capitaliste qu'il décrit.
De même pour ceux qui vivent paisiblement dans une économie artisanale et à qui il suffit de monter dans le palmier-dattier pour se nourrir; pourquoi risquer sa vie pour atteindre les rivages européens ? ....
Ceci dit, je ne suis nullement un béni oui-oui et j'aime exercer mon esprit critique. Pour ceux qui pourraient s'intéresser à ce que je pense des événements actuels, je les invite à prendre connaissance de mon commentaire à la suite de l'article G&S " Entre la peste et le choléra, ne pas s'abstenir" du 17 Juillet.

Robert Kaufmann