Jean-Marie Pelt : l’écologie de la beauté

Publié le par Garrigues et Sentiers

Le 23 décembre dernier disparaissait Jean-Marie Pelt, botaniste universitaire reconnu internationalement, auteur de nombreux ouvrages sur l’écologie.

Ce grand humaniste n’a jamais séparé ses recherches scientifiques d’une dimension spirituelle qui peut leur donner sens. Un de ces derniers écrits intitulé : Manifeste pour la Beauté du Monde 1 fait figure de testament. Il s’agit d’un long entretien avec la journaliste Nathalie Calmé.

Pour Jean-Marie Pelt, l’Occident est entré depuis plusieurs siècles dans un processus de rupture entre l’humanité et son habitat naturel. La science technicienne instrumentalisée par le capitalisme a désacralisé et désenchanté la nature. Elle est devenue un simple matériau que l’on peut exploiter. C’est contre ce dualisme mortifère qu’il s’élève : « Je ne veux pas que l’écologie devienne un discours totalement technicisé, porté par les seuls experts ou les entreprises. C’est pourquoi nous avons besoin de retrouver le sens de la beauté de la nature. Et le dialogue entre l’écologie et la spiritualité peut nous y aider grandement »2.

Loin de se cantonner à des réflexions théoriques, Jean-Marie Pelt a incarné ses convictions au plan éducatif, avec la création de l’Institut Européen d’Écologie de Metz et au plan citoyen dans son engagement, pendant plusieurs années, comme Premier Adjoint de cette ville : « J’ai l’honneur d’avoir fait partie de cette génération de scientifiques qui avaient acquis la conscience que la sauvegarde de l’environnement naturel dépendait de l’émergence d’une écologie urbaine, autrement dit d’une organisation socio-écologique de la cité humaine, dans ses dimensions urbanistiques, architecturales, économiques »3.

Dans une société envahie par le vacarme médiatique, urbain industriel, Jean-Marie Pelt affirme la nécessité d’espaces de silence : « Je fais un lien entre l’arrogance des puissants, des forts, et le bruit, technologique, urbain, industriel, télévisuel de nos sociétés occidentales. Il existe, et heureusement, des lieux de silence, de recueillement, de contemplation, mais ils sont trop rares. Et même si ces lieux étaient près de nous, aurions-nous encore la présence d’esprit de nous y ressourcer ? »4.

Jean-Marie Pelt termine son entretien par ces mots que devraient méditer tous ceux qui se réclament de l’écologie : « J’aimerais que l’écologie s’inscrive dans le travail de la durée, et non pas uniquement, comme très souvent, dans la dite urgence écologique. Certes, il y a des urgences dont il faut s’occuper. (…) Mais, il ne faudrait pas que cela se fasse au détriment des dimensions culturelles, éthiques, éducatives, imaginatives et spirituelles de l’écologie. Chez beaucoup d’environnementalistes, le lien est très fort entre l’urgence écologique et le catastrophisme On ne peut réenchanter le monde, faire voir sa beauté sur fond de peur. C’est l’inverse qu’il faut promouvoir, une écologie de la paix, une écologie de la justice, une écologie de la beauté »5.

Bernard Ginisty

1 – Sœur Marie Keyrouz, Jean-Marie Pelt : Manifeste pour la beauté du monde. Témoignages recueillis par Nathalie Calmé, éditions du Cherche Midi, 2015. L’entretien avec J.M. Pelt est suivi d’une interview avec la religieuse libanaise Sœur Marie Keyrouz, grande figure du chant sacré d’Orient et d’Occident. Il existe un Centre Jean-Marie Pelt qui diffuse la pensée de Jean-Marie Pelt et promeut la réflexion, l’étude et l’échange sur les relations de l’homme avec la nature <http://www.centrejeanmariepelt.com>
2 – Id. page 86
3 – Id. page 63
4 – Id. page 21
5 – Id. pages 114-115

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