Les épouses et les mères en attente de parloir...

Publié le par Garrigues et Sentiers

... à la prison de Luynes (13)

Mardi, 7 heures 15, les portes de l'accueil de la Halte Vincent ouvrent.

Leila prend son tour devant la borne de réservation des parloirs, puis elle s'assied. Elle a pris le bus pour venir de Marseille, comme tous les mardis pour réserver un parloir pour voir son fils, elle attend, peut être quelqu'un la raccompagnera.
« C'est pour mon fils, je ne veux pas rater un parloir, mon fils c'est tout pour moi ».

Et pourtant parfois c'est long un parloir : 50 minutes face à face, seuls, ont-ils déjà passé un tel temps ensemble ?

Que lui dire qui l'intéresse ? Ils vivent deux mondes tellement différents, lui l'oisiveté, rien à faire, retrouver les copains à la promenade, les petits trafics de la prison...

Elle, les difficultés du quotidien, le travail : le ménage dans les bureaux à 4 heures du matin, la famille, les soucis...

Dolorès arrive avec un très gros sac, lourd, la poignée a cassé ; nous l'aidons à transférer les affaires dans un autre sac, tous les habits sont neufs... « C'est mon fils, il n'aime que les marques ! »
Valérie est assise, elle attend… Toutes les semaines elle attend… Elle a accompagné sa belle-mère qui va au parloir. Elle n'a pas le permis de visite pour voir son mari, elle l'attend depuis six mois. « Quand je suis ici, je me sens plus proche de lui ».
Audrey vient voir son papa. Sa maman lui a expliqué qu'il a un travail très important, il ne peut pas sortir ; elle tient la main de sa maman très fort, elle sent bien que sa maman est angoissée. Elle se pose sûrement des questions… les contrôles, les uniformes...
Nina : « Depuis 5 ans que mon fils est incarcéré, j'ai mis ma vie entre parenthèses, les amis, les sorties c'est fini, c'est comme si j'étais incarcérée à l'extérieur ».
Nathalie : « J’en ai marre de venir ici, je suis dégoûtée, il a de nouveau pris deux ans, je n'en peux plus, c'est pas une vie, je lui ai dit que la prochaine fois je le laisse tomber ».
Louna est très émue : elle rentre du parloir et elle a besoin de partager : « Je lui ai dit que j'étais enceinte, j'ai attendu d'avoir l'échographie des trois mois, c'est la première fois que je le vois pleurer ».

Dedans, dehors la vie continue, les difficultés, les attentes, les espoirs, les déceptions.

Les femmes font face avec beaucoup de patience et d'amour.

Témoignages rapportés par Geneviève de Roudneff
(Halte Vincent)

Publié dans DOSSIER EXCLUS

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