Aller + Croire = Être sauvé, voir et marcher

Publié le par Garrigues et Sentiers

Jésus dit à Bar Timée : « Va, ta foi t’a sauvé »
Aussitôt l’homme se mit à voir et il suivait Jésus sur la route

Marc 10,46b-52

Chaque fois qu’avec Jésus et la foule qui l’entourait, on sort de Jéricho et que l’on rencontre comme une vielle connaissance, l’aveugle Bar Timée, chaque fois on a l’impression de se trouver en terrain connu et l’on entend le mendiant crier : « Fils de David, aie pitié de moi ».
Donc au risque de repasser le film, reprenons encore les sept derniers versets du dixième chapitre de l’Evangile de Marc. Mais cette fois arrêtons-nous plus spécialement aux cinquante deuxième versets. On peut penser que les verbes qui le résument sont pour nous une invitation permanente. Chaque jour, plus ou moins, « un baptisé confessant » met à son programme :

Aller + Croire = Être sauvé, Voir et Marcher

Succinctement qu’est ce que cela peut signifier pour les chrétiens de 2010 ?

Aller, c’est « partir » et non plus « tergiverser » ou s’entortiller dans des précautions paralysantes. A force de s’interroger, de peser le pour et le contre, et d’hésiter, on peut sécher sur place, il vaut mieux décider de se mettre en route. La réflexion qui tourne en rond peut tuer la liberté qui est toujours un risque intelligent, mais un risque pris que l’on assume progressivement de jour en jour jusqu'à la fin de son parcours dans le temps.

Croire, c’est se fier à l’invitation de quelqu’un, délibérer en soi, avoir confiance, et se lancer, avancer là où l’on n’a plus pied, au grand large. Ce n’est pas facile, on patauge, on glisse, on passe. Joie d’avoir traversé en étant aidé.

Croire, c’est ouvrir un « gros volume » de pages blanches où l’on n’est plus le seul à écrire. En effet il faudra, jour après jour, rédiger le texte de son existence en tenant compte de l’Autre, des autres, du monde. Le réalisme et la liberté guideront la main qui tracera de l’inédit.

Croire, c’est sortir de ses certitudes comme on quitte un port plein de sécurité mais aussi de limites, pour découvrir de nouveaux horizons, affronter du « gros temps » ou jouir d’une beauté même pas soupçonnée au préalable.

Croire est une « aventure aventureuse » sans stress parce que l’on peut prendre appui sur quelques uns et que tout départ est un acte inspiré par l’amour et le réalisme…

« Aller et croire » se marient pour se diriger vers une plénitude « adulte » et assumer les risques de la vie humaine qui donnent largeur, profondeur, hauteur, saveur à toute existence qui ose faire confiance et lier son sort à un Autre et à d’autres.

Croire au Christ et se mettre en route avec lui, sans trop tarder

- pour le mieux connaître
- pour faire « Corps » avec lui
- pour participer comme lui à la culture ambiante de son temps
- pour rendre habitable le monde dans la réciprocité du « prendre soin » les uns des autres
- Pour harmoniser la réciprocité et pendre toute la place où tous les partenaires du dialogue humain pourront s’épanouir au bénéfice de lui-même et des autres
- pour ouvrir tout ce qui est fermé en soi et autour de soi. Le chrétien porte habituellement à sa ceinture les clefs d’un « Royaume » où l’on respire le grand air, le vent du large
- pour participer à la force de résurrection c'est-à-dire de la guérison. Tout vulnérable a besoin d’échapper par la foi à la puissance de mort tapie dans la chair vulnérable.

« Je » crois que le Salut est une vie intense et simple qui commence sur terre et se poursuit sans fin au-delà de la mort. Oui, la ‘vie dite éternelle’, commence dans le temps. Le baptême désiré, ratifié, célébré, le signifie.

« Je » crois que si l’on vit au moins les sept critères ci-dessus égrenés, on goûte à une allégresse qui n’a pas besoin des alléluias factices clamés dans les trémoussements, on va paisible et plein de tranquille bonté pour conduire un sillon jusqu’au bout du champ. Lenteur, opiniâtreté, courage, et en fait, au terme, fécondité de la tâche accomplie.

« Je » crois que comme Bartimée on a tous, sans exception, besoin de guérir de la cécité pour bien voir où l’on met les pieds et se bien ‘conduire’ sans trop de cabosses.

« Je » crois que la vie communautaire augmente l’acuité de la vue et démultiplie le sens de l’orientation. On ne va plus n’importe où. Les frères et les sœurs dans la foi éclairent les projets et veillent à l’exécution du cahier des charges.

Pour le moment, c’est ce que j’ai compris de la douzaine de mots qui « achèvent » l’épisode de la guérison de Bartimée : « L’homme se mit à voir, et suivait Jésus sur la route ».

Christian Montfalcon

Publié dans Réflexions en chemin

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