Nietzsche, penseur du « crépuscule des idoles »(1)

Publié le par Garrigues et Sentiers

Intervention de Bernard Ginisty à la réunion du GREP
au
Toulouse Business School le 17 juin 2015

Le 25 août 1900, s’éteignait FriedricNietzsche, penseur du « crépuscule des idoles »(1)h Nietzsche. Il avait 56 ans. Celui qui avait signé ses dernières lettres Dionysos et le Crucifié s’était effondré dans la maladie onze ans auparavant. Peu de philosophes ont plus intensément ressenti l’exigence d’explorer les possibilités de penser et de vivre, au risque, comme il le pressentait, de se détruire. Le 14 août 1881, il écrivait à son ami Peter Gast : « Ah, ami, parfois le pressentiment me traverse l’esprit, que je mène en somme une vie très dangereuse, car je suis de ces machines qui peuvent exploser ».

Né en 1844 en Prusse d’un père pasteur luthérien et d’une mère très piétiste, il perd son père à l’âge de 5 ans et à 6 ans son frère Ludwig. Sa famille se réduit alors à sa mère et à sa sœur Elisabeth. Il reçoit une éducation religieuse rigoureuse au collège de Pforta. Il pensera un moment devenir pasteur mais choisit finalement de faire des études de philologie au lieu de la théologie. Il se voit offrir une chaire de philologie grecque, à 24 ans, à l’université de Bâle. Il fréquente le couple Richard Wagner et sa femme Cosima, avant qu’il ne rompe bruyamment avec Wagner2 A 30 ans, il est atteint de maladies douloureuses qui l’amènent à démissionner de l’université en 1879. Il commence alors une vie errante dans la solitude. Dans son œuvre, il poursuit son combat contre un christianisme qui lui paraît une religion de la décadence.

Fils de pasteur destiné à être pasteur, Nietzsche s’est voulu « l’athée de rigueur » philosophant, comme il dit, « par le rire et à coup de marteau » contre les défigurations idolâtres du christianisme. « Jésus opposait à cette vie ordinaire une vie réelle, une vie en vérité : rien n'est plus éloigné de lui que le non-sens grossier d'un "Pierre éternisé", d'une éternelle prolongation de la personne. Ce qu'il combat, c'est cette manière pour la "personne" de faire l'important »3 Dans notre société où le bavardage médiatique a réduit la confrontation du christianisme et de la modernité à des questions de morale sexuelle, lire Nietzsche permet de situer le débat à un autre niveau.

La violence des condamnations du Christianisme qui se lisent dans ses ouvrages comme L’Antéchrist, Le Crépuscule des idoles ou Ecce Homo traduit une démarche radicale à partir du Christianisme et non un rejet pur et simple de toute transcendance religieuse. : « Nous ne sommes plus chrétiens : en grandissant nous sommes sortis du christianisme, non parce que nous avions séjourné trop loin, mais trop près de lui, et plus encore parce que nous avons grandi à partir de racines chrétiennes – c’est précisément une piété plus sévère et plus exigeante qui nous interdit aujourd’hui d’être encore chrétien »4. On comprend alors l’analyse de Lou Andréas Salomé qui fut le grand amour impossible de Nietzche. Elle écrit ceci dans son Journal : « Tout au début de mes relations avec Nietzsche, alors que j’étais en Italie, j’écrivis un jour à Malvida qu’il avait une nature religieuse, ce qui la laissa très sceptique. Aujourd’hui, je soulignerais doublement cette formule. Le caractère fondamentalement religieux de nos natures est notre point commun, et peut-être est-il si prononcé en nous parce que nous sommes des libres penseurs dans toute l’acception du terme. Dans la libre pensée, le sentiment religieux ne peut pas se référer à quelque principe divin ou à un ciel dans lesquels les forces constitutives de la religion, telles que la faiblesse, la peur et la cupidité trouveraient leur compte. Dans la libre pensée, le besoin religieux créé par les religions – ce rejeton plus noble des formes particulières de la foi – abandonné en quelque sorte à lui-même, peut devenir la force héroïque de son être, le désir de se dévouer à une grande fin.

Il y a un trait héroïque dans le caractère de N., qui est l’essentiel en lui, c’est ce trait qui donne à l’ensemble de ses qualités et de ses pulsions leur caractère et leur unité. – Nous le verrons un jour apparaître comme le messager d’une nouvelle religion, une religion dont les disciples seront des héros.

Comme nos pensées et nos sentiments se ressemblent à ce sujet, comme nous nous volons littéralement les mots et les pensées de la bouche ! Pendant ces trois semaines nous nous tuons littéralement à parler environ 10 heures par jour. (…) Il est étrange que nos conversations nous mènent involontairement vers les gouffres, vers ces endroits vertigineux que l’on a sans doute déjà escaladés seul pour plonger son regard dans l’abîme. Nous avons toujours choisi les sentiers de chamois et si quelqu’un nous avait entendus, il aurait cru surprendre la conversation de deux diables »5.

Ce pourfendeur d’idoles n’a pas seulement dénoncé la décadence du Christianisme, mais il a critiqué l’encyclopédisme scientiste qui caractérisait l’université allemande : « Représentons-nous maintenant le processus spirituel qui se trouve ainsi déclenché dans l’âme de l’homme moderne. Le savoir historique, alimenté par des sources intarissables, l’inonde et l’envahit toujours davantage, il est assailli de faits inconnus et incohérents, la mémoire ouvre toutes ses portes et n’est pas encore assez grande ouverte, la nature fait tout son possible pour accueillir, placer et honorer ces hôtes étrangers, mais ceux-ci sont en conflit les uns avec les autres, et il semble nécessaire de les maîtriser et de les contrôler, si l’on ne veut pas être soi-même victime de leurs luttes. (…) L’homme moderne finit par avoir l’estomac chargé d’une masse énorme de connaissances indigestes qui, comme il est dit dans le conte (de Grimm, l Loup et les sept petits chevreaux)., se heurtent et s’entrechoquent dans son ventre. Ce bruit révèle la caractéristique la plus intime de l’homme moderne : la remarquable opposition – inconnue aux peuples anciens – entre une intériorité à laquelle ne correspond aucune extériorité et une extériorité à laquelle ne correspond aucune intériorité. Le savoir, dont on se gave sans, le plus souvent, en éprouver la faim, parfois même malgré un besoin contraire, n’agit plus comme une force transformationnelle orientée vers le dehors, il reste dissimulé dans une certaine intériorité chaotique, que l’homme moderne désigne avec une certaine fierté comme sa « profondeur » spécifique. On dit alors qu’on possède le contenu, et qu’il ne manque plus que la forme ; mais c’est là, pour tout être vivant, une opposition totalement inappropriée. Et c’est justement parce que notre culture moderne ne peut absolument pas être comprise sans cette opposition, qu’elle ne constitue pas une réalité vivante, c’est-à-dire qu’elle n’est pas une véritable culture, mais seulement une sorte de savoir sur la culture. On s’en tient à l’idée de la culture, au sentiments de la culture, on ne s’engage pas dans une culture déterminée. En revanche, ce qu’on exprime réellement, ce qu’on manifeste au-dehors en actes visibles se réduit bien souvent à une froide convention, une pauvre imitation ou même une caricature grossière »6.

On comprend alors qu’il ait pu écrire : « Le rude ilotisme auquel l'effrayante étendue des sciences a condamné de nos jours chaque individu est une des raisons principales qui font que des natures plus pleines, plus riches, plus profondes, ne trouvent plus d'éducation ni d'éducateurs à leur mesure. Ce dont notre culture souffre le plus, c'est d'une pléthore de tâcherons arrogants, d'humanités fragmentées »7. Car, finalement, derrière la prétention scientiste, il n’y a, explique Nietzche, qu’une « naïveté immensément nigaude » : « Chaque époque a sa propre, sa divine naïveté, qui fera l’envie des autres époques : et combien de naïveté, quelle naïveté adorable, puérile, immensément nigaude n’entre-t-il pas dans cette foi du savant en sa supériorité, dans la bonne conscience qu’il prend de sa tolérance, dans l’assurance aveugle et candide avec laquelle il traite instinctivement l’homme religieux d’individu inférieur qu’il a, pour sa part, dépassé de bien loin, - lui le petit nain prétentieux, le plébéien, le diligent ouvrier intellectuel et manuel des « idées », des « idées modernes ! »8.

Nietzsche pensait qu’il ne serait compris qu’en l’an 2000. Nous y sommes et peut-être est-il temps de relire son œuvre, par delà les caricatures du philosophe dues entre autres à sa sœur antisémite dont il réprouve « l’incommensurable bassesse des instincts »9. Exprimée le plus souvent sous forme d’aphorismes et de textes courts, sa pensée traduit un face à face sans concessions avec les idoles dont il  démonte la généalogie et célèbre le crépuscule.

Lire Nietzsche, ce n’est pas entrer dans un système pour devenir nietzschéen, mais prendre le risque de l’aventure de la pensée. Il écrivait quelques mois avant de sombrer dans la maladie : « C’est mal récompenser son maître que de rester toujours disciple. Et pourquoi vous ne voudriez pas effeuiller ma couronne ? Vous me vénérez : mais qu’adviendra-t-il si un jour votre vénération penche ailleurs ou s’écroule ? Prenez garde ! Une statue pourrait vous écraser (...) Vous ne vous étiez pas encore cherchés : c’est alors que vous m’avez trouvé. Ainsi font tous les fidèles et c’est pourquoi toute foi compte si peu. Maintenant je vous ordonne de me perdre et de vous trouver ; et ce n’est qu’après que vous m’aurez tous renié que je vous reviendrai »10.

Pressentant les massacres et les désenchantements qui allaient jalonner l’histoire de l’Europe du XXe siècle, il écrit ces lignes fulgurantes : « Nous autres sans-patrie nous sommes trop peu tentés de prendre part à cette débauche et à ce mensonge de l’auto-idolâtrie raciale qui aujourd’hui s’exhibe en Allemagne.(...) Nous sommes, en un mot  de bons Européens [...] à la  fois issus du christianisme et antichrétiens, et précisément, parce que issus de lui, et que nos ancêtres étaient des chrétiens d'une probité chrétienne radicale, qui ont sacrifié volontairement leur bien, leur sang, leur état, leur patrie à leur foi. Nous autres - nous faisons de même. En faveur de quoi ? De notre incroyance ? De toute espèce d'incroyance ? Non, vous le savez beaucoup mieux, mes amis ! Le oui caché en vous est plus fort que tous les non et peut-être dont vous souffrez solidairement avec votre époque ; et si vous deviez gagner la mer, vous autres émigrants, ce qui vous y pousserait, vous aussi, serait encore une croyance »11.

Cette invitation au voyage conduit vers l’enfance : « Ô mes frères, non derrière vous doit regarder votre noblesse, mais au-delà de vous ! De tous les pays de vos pères et de vos aïeux vous devez être chassés ! C'est le pays de vos enfants que vous devez aimer ; que vous soit cet amour une noblesse nouvelle, l’inexploré dans la plus lointaine mer ! »12.

Il faut évoquer ici le fameux apologue qui ouvre les discours de Zarathoustra « comment l'esprit devient chameau, et lion le chameau et pour finir, enfant le lion ». L'esprit se charge d'abord, tel un chameau, de quantités de pesanteur pour affronter la vie. L’intégration des savoirs le métamorphose en lion. Nietzsche nous dit la force et la limite de cette étape : “ Créer des valeurs neuves, le lion lui-même encore ne le peut » Reste alors la dernière métamorphose : « Mais dites mes frères, que peut encore l'enfant que ne pourrait aussi le lion ? Pourquoi faut-il que le lion ravisseur encore se fasse enfant ? Innocence est l'enfant, et un oubli et un recommencement, un jeu, une roue qui d'elle-même tourne, un mouvement premier, un saint-dire Oui »13.

Dans ce texte frémissant, oscillant entre la foi en un mouvement premier de naissance et l'éternel retour du même, Nietzsche atteint les racines de la question spirituelle. Et c’est là que tout se joue. Chez Nietzsche ce thème de l’enfance bascule dans l’éternel retour tandis que la démarche des mystiques conduit à l’abandon à l’inénarrable gratuité de la grâce qui permet d’atteindre l’amour « par delà bien et mal ».

Dans le train qui ramena Nietzsche, après son effondrement, de Turin vers l’hôpital psychiatrique de Bâle, son ami Overbeck qui l’accompagnait l’entendit fredonner la barcarolle le Chant du Gondolier qu’il avait composée quelques mois auparavant :

« Récemment, près d'un pont
dans la nuit brune j’attendais.
Au loin, un chant,
Gouttes d’or perlant
Sur le miroir tremblant, emportées.
Gondoles, lumières et musique,

ivres, partaient se perdre dans la nuit…
Mon âme, un luth
pincé d’une invisible main,
se chanta pour l’accompagner tout bas
un chant de gondolier,
tremblante de trouble félicité.
- Quelqu’un l’écoutait-il ? »14

Bernard Ginisty

1 - Crépuscule des idoles, ouvrage écrit et publié par Nietzche en 1888, quelques mois avant son effondrement dans la maladie. Il a comme sous-titre Comment philosopher à coups de marteau.  Il écrit ceci dans l’Avant-propos : « Une autre cure qui, dans bien des cas, me semble encore préférable, consiste à ausculter les idoles…Il y a dans le monde plus d’idole que de réalités : c’est ce que m’apprend le « mauvais œil » que je jette sur le monde (…) Ce petit livre est une grande déclaration de guerre. Quant aux idoles qu’il s’agit d’ausculter, ce ne sont cette fois pas des idoles de l’époque, mais des idoles éternelles, que l’on frappe ici du marteau comme d’un diapason – il n’est pas d’idoles plus anciennes, plus sûres de leur fait, plus enflées de leur importance… Pas non plus de plus creuses… Cela ne les empêche pas d’être celles auxquelles on croit le plus. Aussi, surtout dans le cas de la plus distinguée d’entre elles, ne les appelle-t-on jamais des idoles… » in Friedrich NIETZSCHE, Œuvres philosophiques complètes, tome 8, Éditions Gallimard, 1974, pages 59-60
2 - Cf. ses deux ouvrages publiés en 1888 et 1889 : Le cas Wagner  et Nietzsche contre Wagner  in Œuvres philosophiques complètes, tome 8 Editions Gallimard 1974
3 - Inédit de l’hiver 1887-1888, cité in Paul Valadier Nietzsche, l’athée de rigueur  – Éditions Desclée de Brouwer 1984, p.114
4 - Friedrich NIETZSCHE : Œuvres philosophiques complètes, tome 12, fragments posthumes Automne 1885-automne 1887, page 164,  éditions Gallimard 1978
5 - LOU ANDREAS SALOME : Journal pour Paul Rée, 18 août 1882  in Nietzsche, Rée, Salomé. Correspondance  PUF 1979 p. 155-156. Louise von Salomé née en 1861 à Saint-Pétersbourg décédée à Göttingen en 1937. Romancière, essayiste, psychanalyste. Grand amour platonique de Nietzsche, elle fut écartée de sa vie par sa sœur Elisabeth Nietzsche. Elle fut la muse du poète Rainer Maria RILKE. Elle rencontre FREUD en 1911 et devient l’amie de sa fille, Anna FREUD. Une bonne biographie a été écrite par Françoise GIROUD : Lou, histoire d’une femme libre, éditions Fayard 2002
6 - Friedrich NIETZSCHE : Considérations Inactuelles II : De l’utilité et des inconvénients de l’histoire pour la vie » in Œuvres philosophiques complètes, Tome 2, Éditions Gallimard 1990 p. 114-117
7 - Friedrich NIETZSCHE : Crépuscule des idoles  in Œuvres philosophiques complètes, tome 8, éditions Gallimard Paris 1974, p.103
8 - Friedrich NIETZSCHE : Par-delà bien et mal § 58 in Œuvres philosophiques complètes Tome 7, éditions Gallimard 1971 p. 72-74
9 - Friedrich NIETZSCHE : « Quand je cherche mon plus exact opposé, l’incommensurable bassesse des instincts, je trouve toujours ma mère et ma sœur, me croire une parenté avec cette canaille (en français dans le texte) serait blasphémer ma nature divine » Ecce Homo. Comment on devient ce que l’on est in Œuvres philosophiques complètes, éditions Gallimard, 1974 Tome 8 p. 248
10 - Friedrich NIETZSCHE : Ecce Homo. Comment on devient ce que l’on est in Œuvres philosophiques complètes Éditions Gallimard, 1974Tome 8 p. 242
11 - Friedrich NIETZSCHE : Le Gai Savoir  § 377 in Œuvres philosophiques complètes, éditions Gallimard, 1982  Tome V, p. 287
12 - Friedrich NIETZSCHE : Ainsi parlait Zarathoustra in Œuvres philosophiques complètes, tome 6, éditions Gallimard 1971, page 224
13 - Id. page 38
14 - Friedrich NIETZSCHE : Ecce Homo. Comment on devient ce que l’on est in Œuvres philosophiques complètes Éditions Gallimard, 1974Tome 8 p. 269

Nietzsche, penseur du « crépuscule des idoles »(1)

Publié dans Réflexions en chemin

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Kaufmann Robert 22/08/2015 00:55

Quand on n'est ni Philosophe ni Théologien et que l'on connait si peu Nietzsche, sinon de courts passages ou citations glanées ici ou là, il serait fort présomptueux de porter des jugements de valeur sur l'homme et son oeuvre.
Néanmoins, on est tenté de rendre hommage à l'homme, pour son courage, l'extra-lucidité sur certains registres et à l'audace de l'oeuvre, à l'époque où il écrivait.
Et ceci surtout pour sa chasse aux idoles ; qu'elles aient un caractère religieux ou scientiste !
Il est vrai que j'ai très longtemps considéré Nietzsche comme l "athée-type", le négationniste-type...
Je ne découvre que depuis peu d'années l'homme ,non pas d'une religion, d'une Eglise, mais l'homme religieux, au sens que donnait peut-être Malraux à ce terme.

Je pense que sa pensée est trop originale, trop radicale, pour que l'on puisse l'utiliser comme projet de société. La spiritualité collective des peuples a besoin d'être encadrée, canalisée. Elle a besoin d'une doctrine comme fil conducteur, d'une certaine forme de liturgie. Comme en matière sociale ou politique.
Néanmoins, nous avons besoin d'esprits libres comme le sien ou celui d' un Theillard pour faire les hommes de pouvoir...et tout particulièrement les mettre en garde contre la tentation des diverses formes d'idolâtrie.
On est d'autant plus à l'aise pour le dire sur ce Blog, tout chrétien qu'il soit, qui , souvent, renâcle devant le mille-feuille que l'Eglise nous a bâti au long des siècles.
Robert Kaufmann