Les charismes de l’Esprit-Saint

Publié le par Garrigues et Sentiers

Certains des dons si variés de l'Esprit-Saint sont désignés dans le texte original de l'Écriture par le mot « charisma » : en français on traduit par « don spirituel », ou bien on dit simplement « charisme ». Le mot signifie un don fait par bienveillance. Il doit sa noblesse avant tout au mot dont il dérive, et qui signifie justement la bienveillance, karis, la « grâce », le rayonnement et l'expansion de la bonté, l'inclination toute désintéressée à faire du bien. C'est un des mots les plus fréquents dans la Bible, les plus lumineux. Au début de leurs lettres aux Églises, Pierre ou Paul ne pensaient pas pouvoir leur faire meilleur souhait que celui-ci : « À vous, la grâce et la paix de par Dieu notre Père et le Seigneur Jésus Christ » (1Co 1,2) ; la grâce, souhait grec, la paix, souhait sémitique).

« Charisme », mot aimé de Paul

Le mot « charisme », lui, se trouve être très rare dans la traduction grecque de l'Ancien Testament, la Septante (3 exemples, et encore sont-ils douteux). Il l'est un peu moins dans le Nouveau Testament : 17 exemples en tout. Sauf un (1P 4,10), tous sont dans les lettres de Paul, qui semble bien avoir introduit le mot dans la langue chrétienne. C'est donc un mot paulinien.

Il arrive que Paul désigne par « charisme » le don par excellence que Dieu nous a fait, le salut en Jésus Christ : « Le don de Dieu (« charisme »), c'est !a vie éternelle dans le Christ Jésus » (Rm 6,23) ; on retrouve la même affirmation plus haut en Rm 5,15-16).

« Diversité de dons »

Le plus souvent Paul vise des charismes particuliers, et d'une nature spéciale : ce sont des dons variés répartis par l'Esprit entre les membres de la communauté, pour le bien de la communauté. Paul en parle surtout aux Corinthiens, parmi lesquels ces dons semblent s'être manifestés abondamment et de façon quelque peu tumultueuse (1Co 12,4-11 et 28-31). Il faut joindre à ces deux passages Rm 12,6-8. Nous avons là comme trois listes qui se recoupent et se complètent, et ne sont pas forcément exhaustives. Lisons au moins le premier passage, le plus important.

« Il y a diversité de charismes, mais c'est le même Esprit ; diversité de ministères, mais c'est !e même Seigneur ; diversité d'opérations, mais c'est le même Dieu qui opère tout en tous. À chacun la manifestation de l'Esprit est donnée en vue du bien commun. A l’un c'est un discours de sagesse qui est donné par l’Esprit ; à tel autre un discours de science, selon ce même Esprit ; à un autre la foi, dans ce même Esprit ; à tel autre, les dons de guérison, dans l'unique Esprit ; à tel autre ta puissance d'opérer des miracles ; à tel autre la prophétie à tel autre le discernement des esprits ; à un autre un parler en langues, à tel autre le don de les interpréter. Mais tout cela, c'est le seul et même Esprit qui l’opère, distribuant ses dons à chacun en particulier comme il l'entend. »

Le « parler en langues »

Il est en général très difficile de voir en quoi consistaient exactement ces divers charismes, surtout le plus spectaculaire, celui que prisaient le plus les Corinthiens, ce « parler en langues »> que Paul nomme en der- nier lieu. Les Actes des Apôtres en font mention. Quand Pierre eut parlé chez le centurion Corneille, « l’Esprit-Saint tomba sur tous ceux qui écoutaient la parole. Et tous les croyants circoncis qui étaient venus avec Pierre furent stupéfaits de voir que le don du Saint-Esprit avait été répandu aussi sur les païens. Ils les entendaient en effet parler en langues et magnifier Dieu » (Ac 10,44-45).De même à Éphèse, après le baptême d'une dizaine d'hommes : « Quand Paul leur eut imposé les mains, l'Esprit-Saint vint sur eux, et ils se mirent à parler en langues et à prophétiser» (Ac 19,5-6). On est tenté de voir dans ce charisme une modeste participation au don fait aux Apôtres à la Pentecôte : « Tous furent remplis de l'Esprit-Saint et commencèrent à parler en d’autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s 'exprimer » (Ac 2,4). Mais alors les auditeurs comprenaient tous. À Corinthe, c'était tout différent : « Celui qui parle en langues, précise Paul, ne parle pas aux hommes, mais à Dieu ; personne en effet ne comprend : il dit en esprit des choses mystérieuses » (1Co 14,2). La motion de l'Esprit- Saint est si vive, et si beau ce qu'il fait entrevoir des réalités divines, que le sujet ne peut exprimer sa louange, sinon par des exclamations inarticulées, des phrases inachevées et incohérentes, des images déconcertantes. Paul ne nie pas qu’il y ait là un charisme de l'Esprit, mais préoccupé de l'intérêt commun il souhaite que quelqu'un dans l'assemblée, doué du « charisme d'interprétation », explique à tous une partie au moins de ce que l'inspiré a dit de façon globale et confuse.

Charismes plus utiles

Surtout, il est d'aures charismes. « Je voudrais, certes, que vous parliez tous en langues, mais plus encore que vous prophétisiez » (1Co 14,5). Prophétiser, c'est parler des choses de Dieu avec clarté et chaleur : « Celui qui prophétise parle aux hommes ; il édifie, exhorte, réconforte. Celui qui parle en !angles s'édifie lui-même, celui qui prophétise édifie l’assemblée » (1Co 14,3-4). Il est d'autres charismes qui éclairent : le « discours de science » est celui, semble-t-il, qui expose avec clarté les vérités que tous doivent connaître, tandis que le « discours de sagesse » communique une connaissance plus profonde des mystères de la foi. Le charisme de « discernement » est ce tact affiné, cette « onction de l'Esprit » dont parle saint Jean (1Jn 2,27), et qui permet de distinguer les vraies motions de l'Esprit de leurs contrefaçons : « Mes bien-aimés, ne vous fiez pas à tout esprit, mais éprouvez les esprits pour voir s’ils viennent de Dieu » (1Jn 4,1). D'autres charismes concernent surtout l’action. C'est la foi qui transporte les montagnes, c'est-à-dire donne courage pour les entreprises hardies ; ce sont les « charismes de guérison », et la « puissance d'opérer des miracles ». D'autres vont à assurer la bonne marche de la communauté, les charismes d'assistance et de gouvernement (1Co 12,28) ; on en a un exemple dans le charisme reçu par Timothée (1Tm 4,14 et 2Tm 1,6).

Dans la paix

En vertu de son propre charisme de gouvernement, Paul donnait de précieuses directives pour le bon usage des charismes dans la communauté. « Lorsque vous vous assemblez, chacun peut avoir un cantique, une révélation, un discours en langues, une interprétation. Que tout se passe de manière à édifier. Parle-t-on en langues ? Que ce soit le fait de deux ou trois tout au plus, et à tour de rôle ; et qu'il y ait un interprète. S'il n'y a pas d’interprète, qu’on se taise dans l'assemblée, qu'on reparle à soi-même et à Dieu. Pour les prophètes, qu'il y en ait deux ou trois à parler, et que les autres jugent (…). Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix » (1Co 14,26-34). Il ne s'agit pas « d'éteindre l'Esprit », mais de « vérifier ce qui est bon » et que tous puissent bénéficier des charismes de tous, y compris les plus petits. Il faut que chacun aussi puisse exercer son propre charisme : « chacun reçoit de Dieu son don particulier, celui-ci d’une manière, celui-là de l'autre » (1Co 7,7).

« Cherchez !es charismes les meilleurs » (1Co 12,31). Il est un charisme qui surpasse tous les autres, et que tout chrétien peut et doit avoir. C'est la charité. « Quand je parlerais les langues des hommes et des anges (...), quand j'aurais le don de prophétie et connaîtrais tous les mystères et toute la science (...), si je n'ai pas la charité, cela ne me sert de rien. La charité est longanime ; la charité est serviable ; elle n'est pas envieuse ; la charité ne fanfaronne pas, ne se gonfle pas ; elle ne fait rien d’inconvenant, ne cherche pas son intérêt, ne s'irrite pas, ne tient pas compte du mal ; elle ne se réjouit pas de l’injustice, mais elle met sa joie dans la vérité. Elle excuse tout, croit tout, espère tout, supporte tout.

La charité ne passe jamais. Les prophéties ? elles disparaîtront. Les langues ? elles se tairont. La science ? elle disparaîtra. Car partielle est notre science, parcielle aussi notre prophétie. Mais quand viendra ce qui est parfait, ce qui est partiel disparaîtra.(...) Maintenant donc demeurent foi, espérance, charité. Mais la plus grande d'entre elles, c'est la charité (1 Co, 13).

Charles Morel s.j.
La Baume

Publié dans DOSSIER L'ESPRIT

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