Les charismes ça va, ça vient !

Publié le par Garrigues et Sentiers

Un dossier L’Esprit ne peut pas ne pas comporter un article sur les « charismes », ces « choses » si mystérieuses que certains y voient la main sournoise du Diable et d’autres une vague fumisterie de charismatiques tout fous qui attirent des foules dans leurs filets inquiétants !

Je me contenterai – et espère vous contenter – de vous raconter une expérience de ma vie aussi inattendue que réjouissante…

Il y a maintenant quelques dizaines d’années, mon épouse Noëlle et moi étions engagés dans la Communauté du Chemin-Neuf, une communauté catholique, charismatique et œcuménique. À Marseille, elle avait reçu des jésuites le soin de faire vivre la maison du Roucas-Blanc, un lieu de formation et de sessions, où elle est encore à ce jour.

Tous les mercredis elle proposait un Groupe de prière ouvert à toute personne qui voulait y participer ; il était charismatique, c’est-à-dire, pour faire bref, que chaque personne présente pouvait à sa guise intervenir pour prier le Seigneur à haute voix, demander au groupe de prier pour elle (venant au centre du groupe et présentant au Seigneur sa demande en présence de l’assemblée), lire un passage de la Bible, faire un bref témoignage, faire une « prophétie » concernant le groupe tout entier ou une personne présente, lancer un chant en langue articulée ou « en langue » psalmodique inarticulée…

Ces fameux « chants en langue » ont toujours été accueillis de façons diverses :

- Les participants réguliers étaient souvent frappés par leur beauté et certains en proposaient au groupe une « interprétation » (plus qu’une traduction) et actualisaient ainsi les dires de saint Paul : « à un autre les diversités de langues, à tel autre le don de les interpréter » (1Corinthiens 12,10)

- D’autres personnes moins habituées n’étaient pas touchées ou carrément gênées par leur forme jugée trop éloignée des habitudes des catholiques occidentaux.

Pour ma part, il m’arrivait souvent de participer à ces chants collectifs en langue, mais je me contentais souvent de lire un passage de la Bible qui venait à mon esprit, souvent à ma grande surprise, surtout quand quelqu’un disait peu après avoir été touché dans sa personne par cette Parole de Dieu.

J’étais le communautaire lambda, heureux de l’être… jusqu’au jour où la responsable venue de Lyon pour annoncer les fonctions de chacun pour l’année suivante m’a dit avec un grand sourire : « toi René, tu seras responsable du Groupe de prière ». J’étais tétanisé… On a prié pour moi et on m’a dit que je serais tout à fait à ma place dans ce poste…

Ma peur était grande le premier jour où je me suis retrouvé face « au peuple » avec les quelques personnes qui formaient le « noyau » et qui – placées de chaque côté de moi au cours de la prière – avaient pour mission de me seconder… mais aussi de me secourir, de me remettre dans la voie (voix ?) du Seigneur, car « il n’est pas bon que l’homme soit seul » (Genèse 2,18) !!!

Mais une grande surprise m’attendait… j’ose même dire : « une divine surprise » !

Dès la première fois je me suis senti aimé par les membres du noyau et je n’ai eu aucune appréhension, aucune peur de ne pas savoir que faire ou que dire… ou me taire !

Pendant plusieurs années, bien sûr avec des hauts et des bas en fonction de mon abandon au Seigneur, j’ai pu remplir cette mission profondément enrichissante et mesurer combien la prière entre frères et sœurs en Jésus est efficace.

Ce fut un moment important de ma vie, qui m’a donné confiance en moi : j’étais capable de prendre la parole en public dans des conditions quelquefois très émouvantes ou agressives. J’ai appris à « gérer l’inattendu » et j’ai pu, plus tard, me lancer sans appréhension dans des animations de « parcours bibliques » et des conférences.

J’ai pu mesurer pendant ces quelques années la vérité des discours de Paul dans sa Première épître aux Corinthiens (12,1-14,39) qu’il termine en écrivant « que tout se passe dignement et dans l’ordre » non sans avoir précisé auparavant : « aspirez au don de prophétie et n’empêchez pas de parler en langues »…

Si j’osais je rajouterais « ni de dévisser les ampoules » ! 1

o O o

Ce témoignage vous dit, amis lecteurs, que j’ai été très heureux de vivre cette expérience d’avoir reçu des charismes pour les mettre en œuvre pour le bénéfice de la communauté… J’aimais à la fin de réunion de prière faire ce qu’on appelait le « bouquet » : je rassemblais en quelques minutes les événements vécus par le groupe, les paroles qui m’avaient le plus frappé et « ce que Dieu avait voulu nous dire ». Je n’avais aucune difficulté pour cela et certains participants venaient quelquefois me demander : « comment as-tu fait pour trouver un fil conducteur à cette prière qui partait dans tous les sens ? »… Et je répondais sans fausse modestie : « Je ne sais pas » !

Mais il y a une expérience encore plus forte que je n’oublierai jamais…

Un jour, bien sûr, je n’ai plus été berger du groupe de prière et je suis revenu prier au milieu des autres. Un autre berger a été nommé et quelque temps après je n’ai pu m’empêcher de lui poser une question à la fin : « comment as-tu fait pour trouver un fil conducteur à cette prière qui partait dans tous les sens ? ». J’avais perdu le charisme spécifique donné au « berger » du groupe !!!

Paul dit cela ainsi : « À chacun la manifestation de l’Esprit est donnée en vue du bien commun » (1Corinthiens 12,7) et pour rien d’autre que cette mission !

René Guyon

1 – Cette expression – qui se veut critique – se rapporte aux mouvements alternatifs de leurs mains levées vers le ciel que font les chrétiens charismatiques, généralement pendant des chants de louange à Dieu. Ils n’étaient pas très pratiqués au Chemin Neuf à « mon » époque.

Publié dans DOSSIER L'ESPRIT

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