L'Esprit dans l’Église

Publié le par Garrigues et Sentiers

Si l'Église est Corps du Christ, elle est aussi Temple de l'Esprit.
À
l'oublier, on court le risque de défigurer son visage.
Il
nous appartient aujourd'hui
de redonner à l'Esprit toute sa place dans la vie de l'Église.

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En Occident, l'Église a été longtemps pensée dans son seul rapport au Christ. Elle était l'œuvre du Christ, sa fondation établie sur les apôtres, le Corps du Christ dont il était la tête. Tout en elle procédait du Christ : la grâce, les sacrements, l'autorité, et se répandait par médiations successives et hiérarchiques jusqu'au dernier des fidèles.

Cette vision christocentrique de l'Église imprégnait les mentalités et dictait les comportements. Elle justifiait une vision pyramidale de l'Église dans laquelle tout venait d'en haut et, à la limite, du seul sommet de la pyramide : le Pape, vicaire du Christ en terre. Elle commandait la manière de concevoir la place du prêtre, dans la célébration eucharistique, comme dans la vie de la communauté chrétienne. Elle induisait une vision passive du comportement des fidèles qui s'exprime bien dans les encycliques de Pie X « Quant à la multitude [le Pape parle ici des baptisés] elle n'a d'autre droit que de se laisser conduire et, troupeau docile, de suivre ses pasteurs» (Vehementer nos, 1906).

Insensiblement l'Esprit était oublié ou alors son rôle était strictement cantonné dans l'inspiration de la piété individuelle des fidèles et dans la garantie de l'infaillibilité pontificale. Toute la vie concrète de l'Église échappait à son souffle pour être confiée à la vigilance de l'institution hiérarchique.

À la suite de Vatican II, et dans une redécouverte des richesses de la tradition orientale, il nous faut retrouver l'intuition qui faisait écrire à saint Irénée : «  où est l’Église, est aussi l’Esprit de Dieu ; et là est l'Esprit de Dieu, là est lglise et toute grâce» (Adversus Haereses, III, 24,1).

L'ESPRIT CONSTRUIT L'ÉGLISE

Nous disons que Jésus a fondé l'Église, et c'est vrai ! Car elle n'existe que par lui, sa vie, son message, sa mort et sa résurrection. Pourtant, en un certain sens, Jésus n'a rien fondé : à sa mort, il ne laissait ni corps de doctrine écrite, ni constitutions, ni rituel. Seulement quelques hommes auxquels il promettait son Esprit pour continuer sa mission ! Ce sont eux qui vont construire l'Église dans la force de son Esprit.

 - Ils vont témoigner de la résurrection de Jésus : « Que toute la maison d'Isrl le sache donc avec certitude : Dieu l’a fait Seigneur et Christ, ce Jésus que vous, vous avez crucifié » (Ac 2,36). En situant le Christ Ressuscité dans la gloire du Père, en annonçant son retour comme Juge des vivants et des morts, ils donnent à sa filiation divine le sens absolu que lui reconnaîtra le Prologue de l'évangile de Jean.

- Ils vont rassembler les « mémoires » de Jésus : ses paroles, ses gestes ; les mettre par écrit et en contrôler la rédaction. Nous ne connaissons de Jésus que ce que la génération des témoins a choisi de retenir pour nous aider à vivre de son Esprit.

- Ils vont adopter, comme gestes structurants de la communauté chrétienne, deux gestes sanctifiés par Jésus : le baptême et la fraction du pain, en leur donnant un sens étroitement lié à sa mort et à sa résurrection.

Fidèles à la nouveauté de l'Évangile, ils vont peu à peu prendre leurs distances avec les observances juives, témoignant que le salut est désormais donné par la foi en Jésus-Christ.

Tout cela, ils le font dans la certitude que l'Esprit de Jésus est avec eux et qu'ils peuvent parler et agir en son nom : « L’Esprit-Saint et nous-mêmes avons décidé » (Ac 15,28). Le texte des Actes ne cesse de souligner cette action de l'Esprit tout au long de la croissance de l'Église (Cf. Ac 8,29 ; 9,31 ; 10,44 ; 13,2 ; 15,28 ; 16,7). Il continue toujours d'en être ainsi. Certes, l'Église est devenue une institution qui a ses livres saints, son corps de doctrine, ses liturgies, ses structures d'organisation, mais elle ne vit que des renouveaux de l'Esprit, des renaissances qui sont son œuvre. L'Esprit lui rappelle l'Évangile quand elle est tentée de l'oublier et chaque fois la refonde sur la pierre angulaire qui est le Christ.

… DANS LA DIVERSITÉ DES CHARISMES…

Si l'Église grandit dans la force de l'Esprit, c'est aussi à lui qu'elle doit sa diversité. Comme n'a cessé de le rappeler saint Paul, c'est l'Esprit qui donne aux uns d'être apôtres, aux autres d'être prophètes ou docteurs, aux uns de parler en langues, à d'autres de guider et de soulager leurs frères, « pourvus de dons difrents selon la grâce qui nous a é donnée » (Ro 12,6), « mais tout cela, c'est l'unique et même Esprit qui l'opère, distribuant ses dons à chacun en particulier, comme il l'entend » (1Co 12,11).

Cette diversité de dons est présente au cœur de l'organisation des ministères dans l'Église et elle semble de nos jours se développer. Elle est manifeste aussi dans l'histoire de la vie religieuse qui ne cesse, à chaque époque, de se renouveler à travers des fondations nouvelles, originales, malgré le nombre des communautés déjà existantes. C'est si vrai que, chaque fois que l'Église a voulu endiguer cette créativité en en limitant l'expression, l'Esprit s'est joué de ce propos en suscitant une floraison de fondations nouvelles. Il faudrait en dire autant des mouvements laïcs : tiers ordres, confréries de toutes sortes, associations caritatives, mouvements de vie évangélique, communautés diverses qui, d'âge en âge, manifestent l'action multiforme de l'Esprit dans la vie des baptisés. La sainteté chrétienne a de nombreux visages qui, tous, expriment l'infinie diversité des dons de l'Esprit.

À travers cette richesse même, le péché, il est vrai, a semé la division. Les différences légitimes, sources de vie et de beauté sont parfois devenues oppositions, germes de luttes, d'autant plus âpres qu'elles étaient fratricides. Mais l'Esprit n'a pas abandonné l'Église à ses déchirures. Le mouvement œcuménique en témoigne sous nos yeux, qui reconstruit l'unité dans le respect des différences. Pour avancer sur le chemin de l'Église indivise, il ne cherche pas à décrire a priori un visage d'Église auquel toutes les confessions chrétiennes devraient adhérer. Il poursuit un long travail d'approfondissement autour de tout ce qui commun : la foi au Christ ressuscité, la fidélité à la Parole de Dieu, la tradition de l'Église primitive. C’est dans cette optique qu'il aborde aujourd'hui les questions controversées : ministères, primauté romaine... Il le fait dans l'espoir d’arriver à cette conviction commune : à travers nos traditions différentes c’est bien le même Esprit qui nous anime. Le jour où nous pourrons le dire en vérité et où nous aurons le courage et la liberté de le confesser ensemble, l'unité sera réalisée.

… POUR LE SALUT DE TOUS

L’Esprit est encore le souffle divin qui, présent en chaque homme, appelle les témoins de l'Évangile à venir rejoindre les attentes des hommes. C'est lui qui inspire le songe où Paul voit un Macédonien lui adresser cette prière : « Passe en Macédoine, viens à notre secours » (Ac 16,9). C'est lui la source profonde où s’origine l’action missionnaire de l'Église. Quand on l'oublie et que l'on se contente de la référer au Christ seul, à son message à transmettre elle risque de se dégrader en propagande agressive et intolérante. Seule la contemplation de l'Esprit à l'œuvre dans le cœur des hommes lui permet de se penser comme une rencontre, une réponse, un dialogue. C'est bien ainsi que, depuis le décret Ad gentes de Vatican Il, les textes officiels de l'Église la présentent, en particulier l'encyclique de Jean-Paul II, La mission du Rédempteur.

L’ESPRIT ET L’ÉPOUSE

Nous sommes habitués, à la suite de saint Paul, à penser le Christ et l'Église comme un seul Corps dont le Christ est la Tête. Toute la tradition chrétienne a repris cette image, parfois au point d'en oublier une autre, tout aussi importante. Celle de l'époux et de l'épouse dont l'Épître aux Éphésiens célèbre l'union : « Maris, aimez vos femmes comme le Christ a ai l'Église : il s'est livré pour elle » (Ep 5,25). C'est l’Esprit qui donne à l'Église d'être pour le Christ l'épouse fidèle qui répond à l'amour qui l'investit C'est lui qui la situe en face du Christ dans sa personnalité d'épouse, libre dans la créativité de son amour. L'Esprit est en elle source de la beauté qui sera la joie de l'époux. Merveille d'une sainteté qui répond à celle du Fils unique, sans la reproduire, mais en lui faisant écho à travers des créations nouvelles. Saint Jean de la Croix fait dire à l'âme fidèle. et c'est vrai de l'Église : « L'amour désormais est mon seul exercice » (Cantique B, str. 28).

C'est dans cet « exercice » que l'Église trouve sa personnalité et c'est l'Esprit qui la lui donne.

Michel Rondet s.j.
La Baume

Publié dans DOSSIER L'ESPRIT

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