Carême, temps de combat spirituel

Publié le par Garrigues et Sentiers

En ces temps de violences perpétrées pour venger Dieu ou son prophète de caricatures jugées blasphématoires, il n’est pas inintéressant de nous rappeler la signification spirituelle de la période actuelle de Carême, celle de la lutte contre la tentation permanente de créer des idoles.

Il s’agit là d’un combat intérieur et non de l’exportation meurtrière sur des boucs émissaires de notre incapacité à assumer nos contradictions et nos mensonges.

Ce temps de Carême fait mémoire du séjour du Christ au désert inaugurant sa vie publique par un affrontement avec les tentations fondamentales de l’être humain. Dans ce combat, le diable conduit le Christ sur le sommet du Temple et lui propose un triomphe médiatique au nom de la citation du Psaume 91 : « Si tu es Fils de Dieu, jette-toi d’ici en bas car il est écrit : il donnera pour toi des ordres à ses anges afin qu’ils te gardent et encore Ils te porteront de leurs mains, de peur que ne heurtes du pied quelque pierre »1. Nous avons là l’archétype de toutes les utilisations fondamentalistes des textes consistant à isoler une citation pour justifier les comportements les plus douteux.

Trop souvent, les pires caricatures de Dieu ne viennent pas de dessinateurs satiriques ou d’anti cléricaux notoires mais bien de certains disciples d’une religion qu’ils instrumentalisent. On pourrait faire une anthologie de textes émanant, au cours de l’histoire, de papes, de prêtres, de pasteurs, de popes, d’imams, de rabbins défigurant l’image de Dieu au nom de leur institution, de leur dogme ou de leur collusion avec un pouvoir politique ou nationaliste.

Avant de pourfendre ceux qui, de l’extérieur, ridiculisent les religions, luttons contre les caricatures de Dieu que proposent trop souvent certains de leurs représentants. Comme l’écrit le poète René Char : « Quand on a pour mission d’éveiller, on commence sa toilette dans la rivière. Le premier enchantement comme le premier saisissement sont pour soi »2.

Dans une belle prière adressée à Dieu, la sociologue Khadidja Abada-Charlot, enseignante à l’Université et membre du groupe de recherche islamo-chrétien, invite les croyants à invoquer la grâce de rester fraternellement en recherche : « Tes pires ennemis sont nous-mêmes, ceux qui disent T’aimer, T’adorer, et qui Te confisquent comme un vulgaire jouet, le hochet de leurs fantasmes de puissance. (…) T’ignorant en croyant Te servir, nouveaux athées qui se sont appropriés Toi. Ultime blasphème. Comme les Aztèques, ils pratiquent les sacrifices humains ; comme avant Abraham, ils immolent leurs propres enfants. Puisses-Tu leur pardonner, Toi qui es le Clément et le Miséricordieux, le Matriciant et le Matriciel, l’Amant de l’humanité et puisses-Tu nous préserver de leur terreur pour nous laisser Te chercher encore et toujours, non seulement dans les Livres que Tu as inspirés, mais surtout dans nos pauvres petits amours humains si fragiles et si ambigus, nos conjoints, nos enfants, nos amis. Je vous en supplie, Allah, Dieu, Adonaï, Rabbi, mon Seigneur, protégez-nous de ceux qui disent Vous servir »3.

Bernard Ginisty

1 – Évangile de Luc 4,9-12
2 – René Char : Les Matinaux, Rougeur des matinaux in Œuvres complètes, bibliothèque de la pléiade, Éditions Gallimard, 1983, page 329
3 – Lettres à Dieu réunies et présentées par René Guitton, Éditions Calmann-Lévy, 2004, pages 24-25. Cet ouvrage rassemble cent lettres dont les auteurs sont religieux ou laïques, écrivains, intellectuels, journalistes, philosophes ou scientifiques originaires d’Europe, d’Afrique ou d’Orient. .

Publié dans Réflexions en chemin

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