Du vitriol de François pour la Curie romaine

Publié le par Garrigues et Sentiers

« Narcissisme », « cœur dur », perte des « sentiments de Jésus »… La charge est d'une rare violence.

C'est plutôt une douche froide, et non des vœux, que les employés de la curie romaine, tout comme ses plus hauts responsables, ont reçu lundi à Rome de la part du pape François, qui les recevaient pour une traditionnelle cérémonie de fin d'année, toujours marquée jusque-là par un caractère bon enfant.

Avec une voix grave et sur un ton très ferme le Pape a établi, en deux discours différents, un même diagnostic, celui des quinze «maladies» dont souffriraient ses collaborateurs, dont il a voulu établir «un catalogue» très précis qui n'a rien d'un portrait flatteur de la curie romaine.

Première maladie : « se sentir indispensable ». C'est du «narcissisme» lance le Pape. Deuxième maladie : « l'activisme ». Or, dit François, il y a « un temps pour chaque chose ». Troisième problème : « l'empierrement spirituel » de ceux qui ont un « cœur dur ». Ils ont perdu « les sentiments de Jésus » et « deviennent incapables d'aimer ». Vient ensuite « l'excessive planification », qui fait du pasteur « un comptable » qui ne laisse plus «piloter la liberté de l'Esprit saint». Autre difficulté : « la perte de l'harmonie fonctionnelle : l'orchestre fait alors du bruit » parce qu'il n'est pas en « communion » avec lui-même.

Septième maladie : « la rivalité et la vaine gloire » guidée par la recherche des « apparences » et des « honneurs » au prix parfois d'un « faux mysticisme »

Sixième virus : la « maladie d'Alzheimer spirituelle » qui sévit chez ceux qui ont perdu « la mémoire de leur rencontre avec le Seigneur » et qui se laissent enfermer dans leurs « caprices et manies », devenant des « esclaves de leurs idoles, qu'ils ont sculptées eux-mêmes ». Septième maladie : « la rivalité et la vaine gloire » guidée par la recherche des « apparences » et des « honneurs » au prix parfois d'un « faux mysticisme ». Autre difficulté: «la schizophrénie existentielle», qui conduit à «une double vie» et une «hypocrisie typique du vide spirituel que des titres académiques ne peuvent cacher». La «conversion est alors urgente» lance François.

Neuvième maladie : « les bavardages, les conciliabules, les cancans ». Ce « terrorisme du bavardage » ne s'exprime « jamais en face », mais « toujours dans le dos ». Dixième pathologie : celle de « la divinisation des chefs », soit un « carriérisme » et une attitude « mesquine ». Autre dénonciation : la « maladie de l'indifférence vis-à-vis des autres ». Douzième plaie : « la maladie des têtes d'enterrement », notamment vis-à-vis de ceux que l'on considère avec « arrogance » comme « inférieurs », mais c'est une « sévérité théâtrale » qui a perdu tout « sens de l'humour ». Treizième mal : « la maladie de l'accumulation » de biens matériels. Quatorzième étape de ce chemin de croix : « la maladie des cercles fermés ». Enfin, dernière maladie, celle « du profit mondain, de l'exhibitionnisme », la « recherche insatiable du pouvoir ».

Le Pape a également demandé « d'aller se confesser » avant Noël « avec une âme docile » pour retrouver « la joie ».

Mettant ensuite, lors d'une seconde audience, sur le même plan « ceux qui travaillent sans se faire voir », « les jardiniers, les balayeurs », ils forment une « mosaïque complémentaire » avec ceux qui occupent de hautes fonctions, le Pape a exigé que tous placent le Christ au centre de leur vie. Il leur a également demandé « d'aller se confesser » avant Noël « avec une âme docile » pour retrouver « la joie ».

François a d'ailleurs commencé ce second réquisitoire, implacable, adressé aux employés par un jeu de mot difficile à rendre en français mais qui résumait l'esprit de ses remontrances : « très chers salariés de la curie (dipendenti della Curia, en italien) – et non pas désobéissants de la Curie (non disobbedienti della Curia), comme quelqu'un vous a récemment décrits ! »

Méditant sur la notion de « soin », qui consiste à « prodiguer du soin », mais aussi à accepter la nécessité de « se faire soigner », François, à propos de la curie, a pris l'image d'une mère de famille veillant « sur son enfant malade » et qui « ne regarde jamais la montre, ni ne se plaint jamais de ne pas avoir dormi et qui ne désire qu'une chose, c'est de le voir guéri à tout prix ».

Jean-Marie Guénois
pour Lefigaro sous le titre
L'attaque au vitriol de François contre la curie romaine

Et un résumé des 15 maladies spirituelles
pour vous aider à réaliser le cataclysme

1. La maladie de se sentir immortel
2. La maladie du marthalisme [de sainte Marthe] de l’excès d’activité
3. Lla maladie de la pétrification mentale et spirituelle
4. La maladie de l’excès de planification et de fonctionnarisme
5. La maladie de la mauvaise coordination
6. La maladie de l’Alzheimer spirituel
7. La maladie de la rivalité et de la vaine gloire
8. La maladie de la schizophrénie existentielle
9. La maladie des bavardages, des murmures, et des commérages
10. La maladie de diviniser les chefs
11. La maladie de l’indifférence envers les autres
12. La maladie du visage funèbre
13. La maladie d’accumuler
14. La maladie des cercles fermés
15. La maladie du profit mondain, des exhibitionnistes

 

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Pierre Locher 29/12/2014 19:51

Je n'irai pas critiquer le "coup de gueule" de François vis-à-vis de la Curie, il n'est que trop justifié et...salutaire, au sens où il en va de la survie de l'institution. Mais la reprise par les médias de cet épisode de la "guerre" du Vatican me pose question : on n'y voit qu'un conflit de personnes, voire une réponse du pape François à un complot qui se tramerait chez les conservateurs...A quand un feuilleton en live à la télé intitulé "guerre secrète au Vatican"?

Par contre cette même presse n'a pas relevé une seule ligne de la déclaration faite en octobre dernier lors de la réception au Vatican de représentants de mouvements populaires et sociaux (visible sur le site québecois Le Devoir). On peut y lire notamment :

Les pauvres ne sont pas seulement des victimes ; ils agissent, s’organisent, protestent, se révoltent et luttent contre les causes structurelles de la pauvreté, de l’inégalité, du manque de travail, de terre, de logement, de la négation des droits sociaux et du travail. Il a rendu hommage à cette solidarité dont les mouvements populaires font preuve, qui est une véritable « façon de faire l’histoire », ajoutant : « J’espère que le vent de cette protestation deviendra un orage d’espérance. » [...] Il a dénoncé l’hypocrisie de l’assistancialisme qui réduit le pauvre à la passivité [...]

De quoi nous faire méditer sur les "bonnes œuvres" de la chrétienté occidentale vis-à-vis de ce qu'on appelait il n'y a pas si longtemps le tiers-monde. En dénonçant l'assistanat, le pape François redonne tout son sens à la notion de pauvres dans la Bible : ni des assistés, ni des victimes, mais des hommes et des femmes qui n'acceptent pas plus le mépris de l'indifférence que celui de la condescendance, mais qui n'acceptent pas que l'humain crée à l’image de Dieu soit défiguré. Les pauvres de YHWH ne sont pas les miséreux, ils sont les prophètes du monde nouveau toujours à construire, celui du Royaume.

Caroline de Candia 27/12/2014 12:17

Juste un petit rectificatif à mon texte publié il y 13 heures ou quelques paroles qui me paraissent importantes se sont perdues au long du chemin...Il faut lire : En effet, Evagre distingue huit "logismoi" à la racine de nos comportements, qui sont huit symptômes d'une maladie de l'esprit ou maladie de de l'être qui font que l'homme est "vicié" , "perverti" à côté de lui-même, en état d' "armatia":

D'autre part je ne me ressens pas en accord avec ce titre proposé en annonce : "du vitriol de François à la curie romaine" quand on sait les blessures, les lésions à type de brûlure, les rétractions cutanées définitives que peuvent entraîner ce poison.
Plutôt une très vibrante et courageuse invitation à la pleine conscience, à l'ouverture du coeur, des oreilles, des yeux, des sens...Que celui qui a des oreilles pour entendre entende !
Me vient à l'esprit ce matin cette phrase du poète Omar Khayâm :
"Ce n'est pas la lumière qui meurt au contact des ténèbres
Ce sont les ténèbres qui meurent au contact de la lumière..."
En résonance avec le message de Jean dont nous célébrons la fête aujourd'hui...
Que la lumière luise et éclaire les obscurités de nos coeurs !
Caroline de Candia Trois Epis

Bouichou 27/12/2014 10:30

Oui, le peuple de Dieu est derrière François pour le soutenir dans cette volonté de réforme qui est un appel à l'Esprit; l'Esprit qui seul peut alimenter notre vie d'enfant de Dieu; et même Au sein de l'institution ecclésiale chacun doit toujours se considérer comme un moyen et jamais ne se prendre pour fin.

Car, cette perversion représente le danger encouru par toute institution, (telle l'Eglise et tels tous ses membres, les chrétiens).
Comme syndicaliste universitaire, j'ai toujours combattu la rigidité de l'Université. Il appartient à chaque chrétien d'en faire autant sinon davantage. Sans quoi, il demeurera bloqué,enfermé dans un stade de sa personne. Un enfant de Dieu qui demeure infantil et qui refuse de grandir, c'est devenir serviteur infidèle.
Francine Bouichou-Orsini

Robert Kaufmann 27/12/2014 01:46

Mais seulement 2 commentaires.......
Cela ne me choque pas spécialement, dans la mesure où la charge de François envers la Curie romaine a été si large, si précise, si directe, qu'il semble un peu présomptueux pour le "Catho de base" prétendre ajouter, interpréter, juger les termes de celle-ci.
François a eu longuement l'occasion d'observer de l'extérieur les divers comportements et réactions de Rome et d'entendre le murmure, souvent désapprobateur, du petit peuple chrétien.
Depuis plus d'un an maintenant, il peut vivre les choses de l'intérieur.
Aussi, qui peut prétendre mieux que lui voir et juger du présent et prophétiser de ce que devrait être l'avenir de l'Eglise? ...du moins à court terme.
Celle-ci, depuis tant de de siècles, a entassé tant de couches superposées de nouveaux strates que l'on est aujourd'hui devant un mille-feuilles d'une telle ampleur que ce n'est certainement pas en un pontificat, ni même en un siècle qu'on pourra le rafraichir, pour revenir...oui, à la fraicheur des premiers siècles de l'Eglise.
Mais François a bien raison de commencer par....le commencement. C'est à dire changer le regard sur un certain nombre de nos problèmes contemporains et les comportement qu'il engendre.
Mais notre relatif silence ne doit pas être interprété comme réserve ou indifférence !
J'y vois plutôt la grande majorité du peuple de Dieu qui retient son souffle et se demande si François aura la force, le temps, le courage, les appuis nécessaires ( car il y a de fortes résistances dans une partie de la haute hiérarchie qui craint d'engager des réformes dont elle perdrait le contrôle) pour aller jusqu'au bout.
Alors, que pouvons nous faire ??
Je pense que nous devons saisir toutes les occasions pour faire parvenir jusqu'à François et son entourage notre appui, nos encouragements, à travers la hiérarchie intermédiaire que nous côtoyons.

Robert Kaufmann
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Caroline de Candia 26/12/2014 22:13

Oui, il s'agit toujours de discerner ce qui fait obstacle à la réalisation de notre être véritable, ce qui empêche l'épanouissement de la vie de l'Esprit (Pneuma) dans notre être, notre pensée, et notre agir.
Peut être que le pape François pourrait proposer comme étrennes aux membres de la Curie un exemplaire de PRAXIS et GNOSIS D'EVAGRE LE PONTIQUE.
En effet, Evagre distingue huit > à la racine de nos comportements, qui sont huit symptômes d'une maladie de l'esprit ou maladie de de l'être qui font que l'homme est > à côté de lui-même, en état d' > :
1. Gastrimargia
Il ne s'agit pas seulement de la gourmandise, mais de toutes les formes de pathologie orale.
2. Philarguria
Il s'agit de l'avarice et de toutes les formes de constipation de l'être...
3. Porneia
Il s'agit de toutes les formes d'obsessions sexuelles, de déviation ou de compensation de nos pulsions génitales...
4. Orgè
Toutes les pathologies de l'irascibilité. La colère...
5. Lupè
La mélancolie, la tristesse, la dépression.
6. Acedia
Désespoir, état dépressif à tendance suicidaire, pulsion de mort.
7. Kenodoxia.
L'inflation de l'ego, la vaine gloire.
8. Upererèphania.
L' orgueil, la paranoïa, le délire schizophrénique...

Et encore : Je crois me souvenir que le Talmud dit qu'un mauvais penchant est d'abord juste un passant, puis un hôte, et enfin le maître...

Le plus grand cadeau que nous avons à offrir au Tout Autre, aux autres, à la Création toute entière et à soi même, est celui de notre propre transformation.
Comment sentir du plus profond de son être le besoin d'être transformé ?
C'est vraiment une grâce de découvrir et d'entrevoir à quels liens, quels enfermements le Christ vient nous arracher...

Parce qu' Il Est Celui qui éclaire la nuit de nos coeurs...

Et je me dis également pourquoi ne pas leur proposer d'apprendre tout doucement à accueillir le féminin de l'Etre?
Apprendre à aller au delà de la raison qui fragmente, dissèque, analyse, isole pour ouvrir à l'intuition qui harmonise et unifie.
<< L'attachement à la matière engendre une passion contre nature; Le trouble naît alors dans tout le corps; c'est pourquoi je vous dis : Soyez en harmonie...( Evangile de Marie )

Tout ce que nous sommes résulte de nos pensées, avec nos pensées nous bâtissons le monde.
Etre en marche, en mouvement en ce monde, avec des hommes et des femmes de chair et surtout de coeur mais aussi de parole portés par le Souffle de l' Esprit.
Caroline de Candia... Trois Epis

pierre devie 26/12/2014 19:18

Cette psychologisation de la vie spirituelle sent bien son jésuite ! Il y a une recette de bonne santé plus ancienne et qui a fait ses preuves. Plutôt que de montrer les pieds sales de ses voisins, commencer par laver les siens avant d' aller nettoyer ce qu' on peut chez les autres en rasant les murs.

Fred 26/12/2014 11:56

Le coup de gueule du pape est "sain(t)" Il l'a fait parceque d'autre ne l'on pas ouverte avant par lâcheté et/ou intérêts tel que défini dans son discours.

La problématique est que dans tout systeme même religieux, la perversion se trouve à l'aise dans le cœur de l'homme et que le seul remède à cet état de fait a été cité par le pape

Albert Olivier 23/12/2014 18:52

Ouf ! Enfin, la critique vient du sommet. Cela vérifie que l'Esprit souffle où il veut, et quand il veut. Jusque là, ceux qui remettaient en cause les "princes de l'Église" étaient soit mis sur la touche (François d'Assise), soit contraints à la plus extrême prudence (Érasme), soit proscrits (Luther), soit aboutissaient… sur un bûcher (Savonarole). Il est vrai que, dans sa théocratie de Florence, ce dernier se comportait en véritable ayatollah, livrant cosmétiques, tableaux impies et livres contestés au" bûcher des vanités". Mais il avait surtout l'imprudence de rappeler au pape Alexandre VI (et oui le Borgia !) à ses devoirs...
Il faudra beaucoup de courage au pape François pour poursuivre cette réforme de l'Église, indispensable si elle veut survivre, car l'obéissance aveugle des fidèles n'est plus à l'ordre du jour. Aidons-le autant que faire se peut, peut-être en lui faisant savoir (par nos évêques ?) que le "peuple de Dieu" est derrière lui, avec lui et prêt à se réformer lui-même. Qui peut parmi nous, en effet, dire qu'il est, dans sa vie ecclésiale, exempt de narcissisme, d'activisme, de bavardages stériles, …
Et si nous décidions aussi de nous "confesser", individuellement et collectivement (dans nos "groupes de réflexion") pour mieux servir ?
Albert Olivier