Sauver l’amour humain

Publié le par Garrigues et Sentiers

Une table ronde sur l’accueil des divorcés en Église
lors du Festival « Famiho » à Marseille

« Sauver l’amour humain » : tel est le maître-mot qui a incité une quarantaine de participants à échanger pendant une bonne heure sur l’accueil en Église des divorcés, remariés ou non. Il avait été confié par le Père Pontier à un groupe de chrétiens membres ou sympathisants de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) qui ont tenu une table-ronde dans le Festival Famiho, en lien avec des animateurs de Cana-Samarie.

D’emblée, les échanges ont été placés sous le signe du triple ministère d’écoute, de bénédiction et d’espérance que la CCBF recommande aux baptisés d’exercer dans l’Église, en fidélité à leur baptême. Et pour goûter d’abord au ministère d’écoute, place a été faite ensuite aux témoignages recueillis par le groupe de la CCBF.

D’abord ceux qu’ils ont reçus en réponse au questionnaire que le Père Pontier a adressé en décembre dernier aux Marseillais en préalable au synode romain sur la famille. Ils expriment la souffrance des divorcés remariés de ne pouvoir accéder à la pénitence et à l’eucharistie, – une exclusion qui suscite souvent l’incompréhension des fidèles, comme ce détenu disant à l’un de ses camarades à l’aumônerie de la prison : « Tu vois la différence entre toi et moi. Tu es séparé de ta femme, tu en as une autre, tu n’as pas le droit d’aller communier. Moi, j’ai tué la mienne et je peux aller communier ». Ils appellent à la miséricorde – « Que peut-on reprocher à des enfants de vingt ans qui vivent dans l’illusion sur eux-mêmes et sur l’amour ? » – et s’indignent de ce qu’ils entendent parfois en retour dans les églises : « Que les “purs” ne prêchent donc pas contre les traîtres et impurs, mais pour une autre cause ! » Mais ils disent également l’amour des divorcés pour l’Église et leurs attentes : « Croyants baptisés, nous comptons sur elle pour nous accueillir et pour cheminer ensemble afin de trouver notre place dans la communauté chrétienne. » Demande que fait également sienne avec humour un non-divorcé : « Je crois que la place des divorcés et divorcés remariés dans l’Église doit être la même que celle des handicapés appareillés, des homosexuels, des Versaillais, des retraités, des blonds, des grands, des Suisses, des veufs, des Zoulous… : celle d’hommes et de femmes de bonne volonté, baptisés au nom de Jésus le Christ, pour annoncer au monde la Bonne Nouvelle ! »

Ensuite le témoignage de deux divorcées membres du groupe de la CCBF. Le divorce pour l’une fut une « double peine » car son mari, parce que remarié, avait obtenu la garde de son fils : « L’assistante sociale m’a dit : “reconstruisez-vous d’abord, remariez-vous ; après vous pourrez redemander la garde de votre fils” ». Ce qu’elle avait oublié, c’est que notre religion n’autorise pas de remariage. Ne pouvant pas me remarier, je pouvais mettre une croix sur mon fils. » Heureusement, ajoute-t-elle, « un miracle s’est produit, qui a tout dénoué : c’était la bataille de Dieu et non la mienne ! Toute seule, je n’y serais pas arrivée ! » L’autre intervenante pointe la teneur de l’accueil qu’elle a reçu dans l’Église : « Ledit accueil (retraite, cheminement) m’est apparu à tout instant cultiver une culpabilité malsaine. L’accueilli est à redresser jusqu’à ce qu’il se rende, sa faute étant irréparable. L’accueil est plein de commisération, mais non du sens de la compassion dans la Résurrection. Mais de quelle Résurrection parle-t-on pour les divorcés ici-bas ? Elle a pourtant lieu aujourd’hui, et non après la mort. L’Église n’offre que la mort lente et la solitude. »

L’accueil, précisément : il a fait l’objet de deux interventions dans le second temps de la table-ronde. D’abord celle de membres de la Communauté du Chemin Neuf, une laïque et un prêtre, qui ont présenté les sessions « Cana-Samarie » destinées aux divorcés remariés : « Cana », en référence aux noces, et « Samarie » à la Samaritaine, plusieurs fois mariée, avec laquelle a dialogué Jésus. Ce double renvoi à l’Évangile est au cœur du parcours proposé dont ils ont dit la richesse et, au travers de témoignages reçus, les fruits qu’il peut porter. Puis Bernard Combes a livré son expérience de prêtre diocésain sur l’accueil des divorcés remariés, spécialement lorsqu’ils demandent à l’Église une célébration à l’occasion de leur deuxième union. Une célébration qu’il n’accepte de faire qu’avec l’accord des enfants du premier mariage, s’il y en a. Et qui a lieu tout naturellement pour lui dans l’église, « maison ouverte à tous les baptisés », où les mariés, entourés de tous leurs amis, expriment leurs prières au Seigneur, et à la Vierge s’ils le souhaitent. Mais pour signifier l’engagement indissoluble de leurs premières noces, il ne bénit pas leurs alliances.

Cela a sans doute encouragé un couple de divorcés remariés à lui demander d’autres précisions lors de l’échange d’une vingtaine de minutes qui a suivi la table-ronde. Ce temps a en outre été l’occasion de vigoureuses prises de parole, comme celle d’un divorcé remarié se demandant si la « sollicitude » que le Catéchisme de l’Église catholique marque pour son état n’est pas plutôt « une commisération sourcilleuse et inquisitoriale. Car comment se repentir d’un amour vécu maintenant ? Et cette culpabilité n’a-t-elle pas le caractère d’une double peine injuste après un divorce malheureux ? » À quoi a fait chorus un autre intervenant : « Ce serait la générosité et l’honneur de celles et de ceux qui sont engagés dans la prêtrise, la vie religieuse, le mariage, de privilégier le précepte de Jésus de ne pas juger et celui de reconnaître, à chacune et chacun, le droit à la liberté de conscience. » Mais il y eut aussi d’émouvants témoignages comme celui de cette divorcée, bouleversée quand elle a dit sa souffrance de ne pouvoir recevoir l’eucharistie qui est pour elle « une nourriture dont elle a faim. » Ou celui, plein d’humour, de cette femme mariée à un divorcé si pleinement insérée dans la vie de sa communauté d’Église que cela a donné à l’un de ses fils le désir de devenir prêtre : « Heureuse “faute” que la sienne, qui a produit un tel fruit ! ; elle invite à exercer le ministère de bénédiction. » Et l’ensemble des interventions a témoigné de l’espérance qu’ont les divorcés en un accueil plus miséricordieux de l’Église. Un accueil auquel l’Église diocésaine entend porter la plus grande attention, comme l’a dit pour conclure le Père Brunet, vicaire général, qui a tenu pour le manifester à assister à l’ensemble de la rencontre.

Annexe

Préparation d’une prière pour un mariage civil de divorcés remariés
par Bernard Combes, prêtre de Marseille

J’accueille toujours avec joie les personnes qui font cette demande, car elles veulent dire merci à Dieu pour avoir retrouvé une raison de vivre. Je me permets de dire au nom de Dieu: « C’est très bien de vouloir se marier civilement au lieu de se mettre ensemble “à la colle” comme on dit vulgairement » et je donne l’étymologie du mot “béné-diction de Dieu” = “c’est bien dit Dieu ”.

Quand cela a été possible, je les ai mis en relation avec d’autres couples dans la même situation, pour échanger leurs expériences et leurs conseils. Ils préparent ainsi leur “prière pour le mariage civil”.

Je souhaite qu’a cette cérémonie commune soit invitée toute l’assemblée (On ne célébrera pas leur amour en cachette comme s’ils étaient des clandestins de l’Église, mais dans l’église paroissiale, ou tout autre lieu à leur convenance, si leur curé ne les accueille pas – ça existe !).

Je leur propose alors une prière bâtie selon la manière catholique de dialoguer avec Dieu :

1) Signe de croix.
2) Demande de pardon et merci à Dieu pour sa miséricorde.
3) Ecoute de la Parole de Dieu (à eux de choisir les deux textes qui leur semblent les mieux adaptés à la situation, et choisir aussi les «  invités à la noce » qui accepteront de les lire). Pour les aider, je leur prête un livre intitulé “Paroles pour un amour”.
4) Après mon homélie, ils répondront à la parole de Dieu par leur parole de couple, en composant une prière qu’ils liront ensemble ou alternativement.
5) Les témoins, la famille, leurs amis pourront eux aussi composer et lire leur “prière universelle”.
6) Toute l’assemblée sera invitée à prier debout avec le “Notre Père”.
7) S’ils veulent aussi saluer Marie, la Mère de Jésus, qui était aux noces de Cana, ils peuvent lui offrir des fleurs et une prière devant son image (avec chant ou musique).
8) Je termine par une bénédiction.

Je précise à l’assemblée qu’ils n’ont pas participé à un sacrement, geste définitif de Dieu qui passe par des gestes et des paroles humains (les “oui” et les alliances). L’Eglise Catholique nous demande de réserver le signe des alliances et le “Oui” officiel de la demande en mariage, à la cérémonie de la mairie (et non à l’église, où Dieu garde en mémoire une première alliance et un premier oui pour toujours, que nous ne sommes pas toujours capables d’assumer… car Dieu seul est totalement parfait, et nous pauvres pécheurs ne le sommes que très partiellement !)

J’ai beaucoup insisté sur la participation des enfants à cette nouvelle union d’un de leurs parents. Si les enfants y sont opposés, je déconseille une prière festive officielle et nous prions tous les trois pour une solution moins douloureuse.

J’ai donné le témoignage de deux grands garçons, qui avaient remercié la deuxième épouse de leur père d’avoir réintroduit le soleil dans la maison. J’ai ajouté inversement le refus de trois enfants qui avaient refusé d’accueillir à la maison la remplaçante de leur mère défunte (la liaison s’est rompue). Ceci pour montrer l’importance d’un dialogue profond avec les futurs époux, chaque solution à leur douloureuse situation pouvant être différente. L’Église cherche à ne pas aggraver la souffrance et la culpabilité. Nous devons écouter la voix du droit de la Cité, de l’Église et de la conscience. 

Je pense que nous avons à travailler le rôle du plaisir que Dieu a attaché aux trois fonctions vitales pour nous encourager :

1° Le besoin d’être reconnu pour sa place dans l’existence, sa volonté de puissance... C’est bon d’être le maître de sa vie.
2° Le besoin d’entretenir cette vie par la nourriture, d’apprécier les aliments...
3° La survie du “phylum” humain par la reproduction, “croissez et multipliez”... Dieu vit que cela était très bon !

Le but de Dieu qui est de favoriser la vie, est servi par le moyen du plaisir. C’est pourquoi il nous faut aussi travailler la place de la fin et des moyens dans l’organisation de notre vie commune, dans notre comportement personnel.

Publié dans Dossier La Famille

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