Catholicisme d’ouverture ou catholicisme bourgeois ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

Les 27 et 28 novembre 2014, historiens et sociologues des religions se sont succédé à la tribune d’un colloque organisé à Paris à l'EHESS sur le thème du « catholicisme d’identité », pour analyser la réalité d’un phénomène historique. Jadis minoritaire, le catholicisme identitaire semble se retrouver, du moins du point de vue médiatique, en position de représenter les valeurs majoritaires du catholicisme, comme on a pu le voir au moment des débats sur le mariage pour tous.

L’historien Guillaume Cuchet (université Paris Est, Créteil) s’est interrogé sur « l’étrange déclin du catholicisme d’ouverture ». Il semble en effet que le catholicisme d’identité a été « depuis les années 1960, plus résilient que le catholicisme d’ouverture face au choc de la sécularisation, de sorte que ce dernier a fini assez logiquement par perdre la main dans l’institution, du moins jusqu’à une période récente. Étrange déclin à vrai dire, parce qu’on aurait pu penser a priori que, par ses dispositions et ses orientations, le catholicisme d’ouverture était plus à même que son homologue de l’identité de faire face aux enjeux de la modernité et de s’y adapter sans disparaître dans l’opération. »

À ce propos, Cuchet revient sur la déception courante des catholiques d’ouverture face à leur marginalisation, qu’il a décelée notamment chez René Rémond à la fin de sa vie et qu’il résume ainsi : « Qu’avons nous fait aux modernes, avait-il l’air de dire, pour avoir mérité cela, nous qui avons représenté, dans l’histoire contemporaine du catholicisme, la plus ouverte et la plus brillante des générations qu’il ait vue depuis longtemps ? »

Une question de transmission

D'abord, Cuchet se penche sur le « taux de conservation intragénérationnel » de la foi, à savoir la capacité de conservation de la foi au sein d’une même génération. Il constate que les baby boomers sont la génération qui a massivement décroché à partir de 1965 (selon les fiches du chanoine Boulard, soit bien avant le phénomène de mai 68, qui n’a fait qu’accentuer la tendance). Cuchet se demande ainsi quel est le poids que pèsera le catholicisme une fois que les générations « formées avant la rupture du milieu des années 1960 auront intégralement disparu ».

Ensuite, l’historien pose la question du taux de « transmission intergénérationnel de la foi », à savoir la plus ou moins grande capacité d’une génération à transmettre la foi à la génération suivante. « On peut dire en gros que les milieux plus conservateurs ont eu des taux de transmission de la foi beaucoup plus élevés que les autres, de sorte qu’à la génération suivante, ils ont fini par reprendre le pouvoir au sein de l’institution. »

Enfin, Cuchet souligne la « capacité de chaque pôle, dans une institution qui demeure cléricale, à susciter en son sein des vocations, en particulier sacerdotales et religieuses ». Le chercheur reconnaît qu’il s’agit d’une banalité de dire que le pôle identitaire a été plus « fécond » que celui de l’ouverture, et donc que les équilibres ont évolué « au détriment du pôle de l’ouverture, non sans susciter des tensions au sein du clergé ou entre jeunes prêtres de tendance conservatrice et fidèles plus âgés ».

Guillaume Cuchet souligne que la perte d’une génération à l’autre (intergénérationnelle) a été plus accentuée que la perte à l’intérieur d’une même génération (intragénérationnelle). Il rejoint ici une problématique analysée récemment par François Xavier Bellamy dans Les Déshérités (Plon). Il suggère de mener à bien des enquêtes au sein de familles pour voir comment s’est articulée cette plus ou moins grande perte intergénérationnelle, selon les milieux.

Un enjeu sociologique

L’intérêt de l’approche de Cuchet et qu’elle revalorise la question du milieu social dans la transmission de la foi. A rebours d’une vision idéalisée de la foi comme un pur élan spirituel, Guillaume Cuchet resitue l’enjeu comme sociologique. En d’autres termes, le désir de transmettre de la foi qu’ont les parents vis-à-vis de leurs enfants n’est pas dissociable de leur désir de transmettre un modèle social. Il constate donc qu’une « bonne partie de l’explication tient aux choix éducatifs et pédagogiques des familles, selon qu’ils ont été plus ou moins libéraux ou permissifs ». Selon lui, plus les familles ont été libérales, plus le décrochage a été important.

Il souligne aussi le facteur politique, faisant l’hypothèse qu’une politisation à gauche d’une partie des catholiques français s’est parfois accompagnée d’une prise de distance ou de rupture d’avec la religion, de sorte que l’orientation politique s’est mieux transmise que la pratique dominicale ou l’appartenance ecclésiale.

Au final, Cuchet estime que le catholicisme des moins de 65 ans est de plus en plus bourgeois, reprenant la remarque récente de Marcel Gauchet pour qui le catholicisme est en train de devenir une élite sociale. Selon Cuchet, il faut penser le catholicisme en termes de conscience de classe. « Un catholicisme qui, pour être sincère et profond bien souvent, fait partie de la culture de classe d’une certaine bourgeoisie qui agit en conséquence pour le conserver dans ses choix éducatifs, sociaux et idéologiques ».

Jean Mercier
pour LaVie,
sous le titre : Le catholicisme d’ouverture a-t-il laissé la place à un catholicisme bourgeois ?

Publié dans Réflexions en chemin

Commenter cet article

LECOQ Philippe 29/11/2014 14:10

Il me semble aussi que l'Eglise institutionnelle a refermé la porte ouverte par le Concile Vatican II de peur de laisser le vent de l'Esprit (pour elle de la contestation du pouvoir clérical) pénétrer dans l'institution et la déstabiliser. A une certaine ouverture sur les problèmes de sociaux et liturgiques s'est adjoint une fermeture sur les problèmes de vie morale et théologique. Les éléments progressistes ont été peu à peu marginalisés laissant la place au courant charismatique venu des Etats Unis s'incarnant dans des communautés dites nouvelles s'inscrivant nettement dans une tendance traditionnaliste malgré une apparente mais trompeuse ouverture.

Fred 29/11/2014 11:10

Ok, et....Christ dans tout ça ?
Dilué, dissous dans système du catholicisme !
Con-naissont Christ car ceux qui le connaissent sont