Synode, Festival « Famiho » : un bilan en demi-teinte sur l’Église de Marseille face aux questionnements sur la famille

Publié le par Garrigues et Sentiers

Les évêques du monde entier, et ceux de France en particulier, ont adopté les attitudes les plus diverses face au questionnaire publié par le Vatican l’hiver dernier en préalable au synode sur la famille. Certains l’ont largement diffusé, d’autres avec réticence, d’autres encore pas du tout. Celui de Marseille a pris une mesure originale et bienvenue. Conscient que la complexité du document romain, initialement destiné aux seuls évêques afin de dresser un bilan aussi exhaustif que possible, le rendait difficile d’accès pour le plus grand nombre, il a adressé à ses prêtres et, par leur intermédiaire, à tous les fidèles de son diocèse cinq questions seulement qui lui paraissaient refléter leurs principales préoccupations ou attentes :

1 – Dans vos relations pastorales et dans la préparation au sacrement de mariage, comment prenez-vous en compte les situations vécues par les couples et les familles ? Pouvez-vous préciser quelles difficultés vous rencontrez ?

2 – La situation des personnes divorcées remariées est-elle suffisamment prise en compte par l’Église ? Si oui, de quelle façon ? Si non, pour quelles raisons ? Quelles améliorations souhaiteriez-vous pour mieux accompagner ces personnes et pour leur permettre de participer à la vie et à la mission de l’Église ?

3 – En quoi la réalité de nombreuses familles recomposées constitue-t-elle un défi pour l’évangélisation ? Quelles propositions feriez-vous pour favoriser, au plan pastoral, l’accueil et l’accompagnement de ces familles ?

4 – Quelle attention pastorale est-il possible d’avoir envers des personnes de même sexe qui ont fait le choix d’une union ou d’un « mariage » civils ?

  1. – Dans le contexte actuel, le couple et la famille peuvent-ils contribuer à permettre l’expérience de la rencontre des personnes avec le Christ ? De quelle façon ? Quels sont, à votre avis, les défis à relever et les propositions à faire pour favoriser, soutenir et accompagner, au sein des familles, cette rencontre des personnes avec le Christ ?

En dépit de nombreuses demandes auprès du service de la pastorale familiale, en charge du dépouillement, comme de l’archevêque lui-même, les résultats de cette consultation n’ont pas été publiés. De sorte qu’on ignore quel succès elle a (ou non) rencontré ; de qui émanaient les réponses (individus isolés ? communautés, paroissiales ou autres ? services, mouvements ?) et plus encore si ces réponses concordaient ou non, et jusqu’à quel point, avec celles des fidèles de France dont la Conférence épiscopale n’a publié qu’un aperçu bien sommaire, si on le compare à celui d’autres épiscopats européens. À sa décharge, il est vrai que d’autres Conférences épiscopales ont choisi de ne rien publier du tout.

Comment interpréter le secret gardé sur ces réponses par l’archevêque de Marseille ? Étant présentement le président de la Conférence des évêques de France, a-t-il craint de donner l’impression, s’il les publiait, de prêcher l’exemple à ses confrères, voire de leur « faire la leçon » ? Ou a-t-il cédé à la crainte, si courante dans les milieux ecclésiastiques, qu’une « opinion publique » puisse se faire jour au sein de l’Église et, pire encore, y suscite un débat ? Le contraste est trop grand en tout cas entre l’ouverture des questions et la fermeture à la publication de leurs réponses pour ne pas susciter la déception, voire le découragement chez les fidèles. « À quoi bon répondre », penseront-ils à la prochaine consultation (s’il en est une !), « quand notre Église continue à fonctionner sur le mode du secret et de l’entre-soi de sa hiérarchie ? »

Le même bilan en demi-teinte vaut pour le Festival Famiho, voulu lui aussi par l’archevêque, qui s’est tenu à Marseille du 26 au 28 septembre 2014. Ses organisateurs ont souhaité répondre aux attentes de tous publics : concert de Glorius après la messe d’ouverture le vendredi ; le samedi, jeux, contes et animations pour les enfants ; témoignages, enseignements et conférences pour les adultes ; forum des Associations, avec des stands allant de la promotion du sanctuaire de Cotignac, lieu d’apparitions de la Vierge et de Joseph, à la présentation d’engagements auprès de jeunes des quartiers dit « sensibles », en passant par les mouvements de jeunesse, les Parcours Alpha, les communautés charismatiques, le Secours catholique, etc. ; prière continue dans l’église des Accoules où étaient exposées les reliques de Louis et Zélie Martin, les parents de la « petite Thérèse », et veillée dans l’église Saint-Cannat ; le dimanche enfin, concert et pique-nique sur l’esplanade de la cathédrale, puis conférence de l’archevêque sur La famille, lieu de miséricorde dans la cathédrale, avant la Messe de rentrée du diocèse.

Il reste cependant un sentiment d’« intemporalité » à l’issue de ce Festival qui s’est tenu par hasard – car ses dates avaient été arrêtées depuis des années – une semaine avant l’ouverture du synode romain sur la famille. Or si cette quasi-coïncidence a été rappelée à plusieurs reprises lors de la « messe de rentrée », les conférences qui constituaient d’autres « temps forts » du Festival n’ont nullement traité du synode et de ses enjeux. L’une était une table-ronde sur le thème « Une famille pour grandir » réunissant Christian Lacroix, Gabrielle Ménager et Jérôme Vignon. Ce dernier a su lui donner chair en pointant les réalités sociales, et faire passer un souffle sur l’auditoire en lisant les crises que nous traversons comme un stimulant défi à relever, et non une malédiction. Mais nul n’a remis en perspective le thème de la table-ronde avec le synode, alors qu’il sera sans doute – du moins faut-il l’espérer – une de ses préoccupations. Pis encore, la deuxième conférence était une leçon magistrale d’Yves Semen, « Vous avez dit théologie du corps ? », qui laissait le sentiment que tout avait été dit sur le sujet par Jean Paul II ; il faudrait quelque malice pour penser qu’il traitait par là, « en creux », des enjeux du synode ! Et dans sa conférence à la cathédrale, qui avait pourtant pour objet la miséricorde, l’archevêque n’a pas plus abordé ces enjeux. Était-ce, en cas encore, par crainte que ses propos ne soient interprétés comme ceux du président de la Conférence des évêques de France ? Par souci de ne pas paraître prendre parti entre les prises de position contradictoires des cardinaux Müller et Kasper (et quelques autres) dans les débats de l’avant-synode ? Ou par désir de réserver l’avenir, et tous ses possibles ? Cette réserve l’a conduit en tout cas à faire du synode pour ses auditeurs une sorte d’« impensé », traitement qui est habituellement réservé aux « sujets qui fâchent. »

« Des sujets qui fâchent », précisément, il en est d’autres dans notre Église, tels l’accueil réservé aux divorcés remariés et aux homosexuel(le)s. Or les organisateurs du Festival Famiho ne leur ont accordé qu’une portion congrue. Un groupe d’adhérents et de sympathisants de la Conférence catholique des baptisé-e-s francophones (CCBF) s’est vu refuser de tenir dans le Village des associations un stand sur l’accueil des divorcés et si les membres de l’association « Devenir Un en Christ », qui se voue a l’accueil des homosexuel(le)s et de leur proches, ont eu plus de succès, c’est de haute lutte qu’ils ont dû arracher l’autorisation. Les deux groupes ont cependant pu tenir chacun une table-ronde, mais dans l’assez confidentielle crypte de l’église des Accoules. De crainte, pour l’un comme pour l’autre, qu’ils « fassent tache » dans une manifestation qui se voulait une célébration festive de la « famille chrétienne » ? Pour les homosexuel(le)s en outre, était-ce par peur de réveiller des passions une semaine seulement avant la tenue à Bordeaux et à Paris d’une « manif’ pour tous », autre coïncidence fortuite pour le Festival ? Et pour les divorcés remariés, par désir de ne pas susciter chez eux trop d’espérances, peut-être vaines, à la veille d’un synode dont on devine l’issue incertaine pour leur condition dans l’Église ? Comment savoir ?

Que de questions, décidément, restent sans réponse de la part de la hiérarchie dans notre Église ! Ou ne reçoivent que des réponses dilatoires, comme celles qu’a faites au sujet des divorcés remariés l’archevêque de Marseille à l’hebdomadaire La Vie, la veille de l’ouverture du Festival Famiho : « La question des divorcés remariés mobilise beaucoup les Européens et les pays occidentaux, mais ce n’est pas une priorité pour les Africains ni pour les Asiatiques. Le synode nous obligera à nous déplacer par rapport à nos réalités pour réfléchir du point de vue de l’Église universelle. » Mais se déplacer par rapport à une réalité, est-ce vraiment réfléchir, même d’un point de vue universel ? Et qu’il ait déclaré d’entrée de jeu : « On se focalise trop sur cette question-là, à mon avis. Il y a tellement d’autres épreuves dans la vie de famille comme le chômage ou la maladie… » relève sans doute de l’évidence, mais occulte le fait que, de toutes ces épreuves, il n’en est qu’une que l’Église, à elle seule, pourrait, si elle en a vraiment le désir, épargner à la vie des familles ; elle tient à l’accueil qu’elle réserve pour l’instant en son sein aux divorcés, remariés ou non.

Benoît Lambert

Publié dans Dossier La Famille

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