Réponse de la Communauté Saint-Luc de Marseille

Publié le par Garrigues et Sentiers

CONTRIBUTION D’UN GROUPE DE LAÏCS
ET DU PRÊTRE ACCOMPAGNATEUR DE LA COMMUNAUTÉ SAINT-LUC
À LA CONSULTATION PRÉALABLE
AU SYNODE SUR LES DÉFIS PASTORAUX DE LA FAMILLE

Une remarque au préalable : puisse cette consultation faire prendre conscience en vérité à l’Église de l’abîme qui sépare son enseignement en matière de morale familiale des réalités vécues, non seulement par nos contemporains, mais par ses fidèles : dans notre génération vieillissante et a fortiori dans les suivantes, combien ont suivi ou suivent les règles contraceptives d’Humanae vitae ? Dans celle de nos enfants, combien vivent en union libre ? Autour de nous et dans nos lieux d’Église, combien de divorcés ? Etc.

Un tel abîme ne saurait être comblé par de seuls appels à un accueil bienveillant des personnes ; il commande une réforme en profondeur, non seulement de la pastorale, mais aussi de la discipline ecclésiastique.

1) Dans vos relations pastorales et dans la préparation au sacrement de mariage, comment prenez-vous en compte les situations vécues par les couples et les familles ? Pouvez-vous préciser quelles difficultés vous rencontrez ?

De l’abîme pastoral auquel l’Église est confrontée, la préparation au mariage constitue un observatoire privilégié tant la distance est grande, bien souvent, entre les aspirations ou la maturité des couples et ce qu’exige d’eux le sacrement qu’ils demandent.

Aussi serait-il bon que selon leurs dispositions, l’Église puisse leur proposer, non pas nécessairement ce sacrement, mais, par une célébration d’une autre nature, une réponse qui manifeste le regard d’amour que Dieu porte sur leur vie commune.

2) La situation des personnes divorcées remariées est-elle suffisamment prise en compte par l’Église ? Si oui, de quelle façon ? Si non, pour quelles raisons ? Quelles améliorations souhaiteriez-vous pour mieux accompagner ces personnes et pour leur permettre de participer à la vie et à la mission de l’Église ?

Aujourd’hui comme il y a vingt ans dans les réunions préparatoires au synode diocésain – ce qui montre la surdité têtue du magistère – la réponse à la première question est : non. Songer a tel directeur de l’enseignement catholique qui a été contraint de démissionner parce qu’il a divorcé !

Pourtant, nous connaissons nombre de divorcé(e)s remarié(e)s (mais aussi d’autres fidèles en « situation irrégulière » aux yeux de l’actuelle discipline ecclésiastique : homosexuel(le)s, personnes pacsées ou vivant en union libre) qui prennent toute leur part à la vie de l’Église ; certains, par exemple, assurent la transmission de la foi par la catéchèse.

Or beaucoup de prêtres les admettent à la table eucharistique, mais d’autres non. Qu’il puisse y avoir ainsi, selon les lieux, « deux poids, deux mesures » est pour nous objet de scandale. D’autant que la communion n’est pas un sacrement pour des « parfaits », mais une nourriture pour notre route ; à ceux qui en ressentent la nécessité, pourquoi la refuser au motif qu’ils sont « hors des clous » ? Cela est-il conforme à l’enseignement du Christ, qui a largement ouvert aux exclus le banquet du Royaume et ne reconnaît qu’un péché irrémissible : celui contre l’Esprit ?

Prendre au sérieux cette dernière remarque devrait conduire également, non pas tellement à assouplir les procédures de « nullité du lien matrimonial » comme l’envisage Rome – une telle mesure apparaît en effet à beaucoup de divorcés remariés comme irrespectueuse de leur histoire – mais à envisager sérieusement la possibilité pour eux de secondes noces, comme le font d’autres Église chrétiennes. D’autant que le traitement qui est réservé aux prêtres, religieuses et religieux, qui peuvent être « relevés de leurs vœux » ou « réduits à l’état laïc », à la différence des couples à jamais liés par l’indissolubilité du mariage, est pour beaucoup de fidèles incompréhensible, voire scandaleux.

3) En quoi la réalité de nombreuses familles recomposées constitue-t-elle un défi pour l’évangélisation ? Quelles propositions feriez-vous pour favoriser, au plan pastoral, l’accueil et l’accompagnement de ces familles ?

Les familles recomposées présentent, démultipliées parce que la cellule familiale est élargie, les difficultés pastorales qui sont le lot de beaucoup de familles « classiques » où le père et la mère ne portent pas toujours un intérêt égal à l’éducation chrétienne de enfants.

Pour autant, l’investissement affectif et l’amour que supposent l’accueil par les parents des enfants du nouveau conjoint et celui de nouveaux arrivés dans la fratrie par les enfants, peuvent être pour l’Église l’occasion de faire mesurer à chacun des membres de ces familles que l’amour du Christ est à l’œuvre dans l’histoire complexe qu’ils vivent et que le Christ lui-même est à leur côté dans les difficultés, voire les inévitables souffrances de leur cheminement.

4) Quelle attention pastorale est-il possible d’avoir envers des personnes de même sexe qui ont fait le choix d’une union ou d’un « mariage » civils ?

Le fait que dans l’intitulé de cette question le terme de « mariage » soit entre guillemets, alors que la loi sur l’ouverture du mariage aux personnes de même sexe est désormais celle de notre pays, donne la mesure du regard que l’Église institutionnelle porte sur leur union. Et autant vaut pour le discours ecclésial qui ne cesse de parler des homosexuel(les)s comme des pécheurs, sans toujours ajouter, comme l’a fait notre pape François : « Qui suis-je, moi, pour condamner ? » Sans compter les défilés de la « manif’ pour tous » auxquels nombre de clercs ont invité les fidèles à participer. Ce sont là autant d’éléments qui ont blessé ou ne peuvent que continuer à blesser les homosexuel(les)s.

Il est pourtant d’autres lieux dans l’Église où ils peuvent être accueillis et accompagnés dans leur cheminement spirituel, tels le mouvement « David et Jonathan », dont une militante a donné un beau témoignage lors de la récente réunion des « Réseaux de Parvis » à Lille, ou « Devenir Un en Christ » qui a tenu un temps ses réunions à Saint-Luc, et d’autres encore. Mais il ne serait pas sain que nos communautés d’Église, si l’on peut dire, « délèguent » à ces mouvements la pastorale des homosexuel(le)s, ce qui les confinerait dans une sorte de ghetto. Elles se doivent de les accueillir comme des frères partageant au même titre que les autres membres de leur communauté la parole et le pain.

5) Dans le contexte actuel, le couple et la famille peuvent-ils contribuer à permettre l’expérience de la rencontre des personnes avec le Christ ? De quelle façon ? Quels sont, à votre avis, les défis à relever et les propositions à faire pour favoriser, soutenir et accompagner, au sein des familles, cette rencontre des personnes avec le Christ ?

Dans nos propres familles comme autour de nous, nous sommes témoins de la façon dont la vie familiale permet d’approfondir notre relation avec le Christ : dans le couple, à tour de rôle, chacun est appelé à aider son compagnon à avancer ou à « tenir » dans son cheminement avec le Seigneur, et dans leur éveil à la foi, les enfants peuvent aussi être des évangélisateurs de leurs parents.

Les communautés ecclésiales doivent donc être très attentives à ces moments privilégiés que sont la préparation au mariage, le temps de la catéchèse des enfants, leur première communion ou leur confirmation pour aider les familles à prendre conscience qu’elles sont, non des « récepteurs » d’un message délivré par l’Église, mais des acteurs de leur propre catéchèse et de leur avancée dans la foi. Pour cela, des sessions comme celles de « Cana », des « groupes Alpha », des associations de conseil conjugal CLER et Couples et familles etc. pourront également leur être une aide précieuse ; il convient donc qu’elles leur soient largement proposées.

Car l’attention portée aux chrétiens qui sont « aux marges » (ou que l’Église tient à ses marges pour des raisons disciplinaires) et les nécessaires aménagements pastoraux et disciplinaires qu’elle suppose, comme nous l’avons souligné dans nos réponses aux précédentes questions, n’est nullement exclusive, bien au contraire, de l’attention qu’il convient de porter également à ceux qui souhaitent « aller plus loin. »

Communité Saint-Luc, Marseille

Publié dans Dossier La Famille

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LEVY 04/11/2014 11:33

Un beau texte, Une belle contribution pour combler l'abîme.Le croyant y reconnaître une pleine communion avec l'esprit de l’Évangile. L'agnostique, ou celui qui s'est éloigné de la vie de la Foi par sa révolte contre l'autisme disciplinaire de l'Eglise-institution, le rejoindront en percevant la cohérence de cet appel avec l'authentique humanisme - celui que partage quiconque met en avant l'accueil de l'autre dans ses différences de situation, de vie et convictions, le respect des choix de conscience, la solidarité comme rempart contre l'exclusion, le souci inlassable de la dignité de la personne. Oui, il y a un vrai réconfort à lire ce texte plein de raison et d'intelligence (et de son synonyme, la lucidité), et porté par un élan de fraternité et de générosité.