Arrière les tristes, les fatigués, les immobilistes !

Publié le par Garrigues et Sentiers

Ce qu’il est convenu d’appeler « l’actualité », c’est-à-dire la mise en scène du monde qui nous entoure par les medias, ne nous porte pas, c’est le moins que l’on puisse dire, à l’optimisme. Il n’y est question que du décrochage de l’économie française, des menaces croissantes du terrorisme et de l’affaiblissement des partis de gouvernements de plus en plus en panne d’idées et de projets.

La relecture, ces temps derniers, de deux ouvrages de Pierre Teilhard de Chardin m’a permis de retrouver des chemins où lucidité et espérance vont ensemble. Jésuite mondialement connu pour ses travaux sur la paléontologie, il demeure le précurseur d’une théologie de la mondialisation témoignant d’une foi profonde dans le Christ ressuscité et d’une passion pour les énergies de la Terre.

Il éclaire lumineusement ce projet d’être témoin de l’Évangile lorsqu’il écrit : « Si, pour convertir le Monde, il nous faut, chrétiens, multiplier nos missionnaires, nous devons avant tout repenser, de toute notre humanité, notre religion » et il poursuit : « On ne convertit que ce qu’on aime : si le Chrétien n’est pas en pleine sympathie avec le monde naissant (…) jamais il ne réalisera la synthèse libératrice entre la terre et le Ciel d’où peut sortir la parousie du Christ-Universel. Mais il continuera à s’effrayer et à condamner presque indistinctement toute nouveauté sans discerner, parmi les souillures et les maux, les efforts sacrés d’une naissance » 1.

Il ne s’agit pas là d’un optimisme béat ou d’un agenouillement devant tout ce qui se donne comme modernité. C’est dans les tranchées de Verdun, où il combattait comme officier, que Teilhard de Chardin a travaillé à la genèse de sa pensée. Ce face-à-face quotidien avec la mort l’a conduit à un approfondissement de sa réflexion. En 1916, il écrivait ceci : « La Mort a été trop traitée comme un thème à mélancolie, ou comme un objet d’ascèse, ou comme une entité théologique un peu vaporeuse. Il faudrait lui donner sa place de Réalité vigoureuse et de phase, dans un Monde et un Devenir qui sont ceux-là même que nous expérimentons » 2.

Seule la mort regardée en face permet l’ouverture à toutes les résurrections. Au cœur d’un autre conflit mondial, en 1941, Teilhard de Chardin s’interroge pour savoir si le Progrès va pouvoir se poursuivre sans se retourner contre la vie.

Pour cela, dit-il, l’être humain doit lutter sur deux fronts : celui de la peur de la nouveauté et celui du repli sur soi individualiste. Il écrit alors ceci : « Un goût passionné de grandir, voilà ce qu’il nous faut. Arrière donc les pusillanimes, les sceptiques, les pessimistes et les tristes, les fatigués et les immobilistes ! La Vie est perpétuelle découverte. (…) Arrière aussi les purs individualistes, les égoïstes, qui pensent grandir en excluant ou en diminuant leurs frères (…) La Vie se meut vers l’unification » 3.

Quelques mois avant sa mort, Teilhard de Chardin écrivait : « On nous répète que le monde s’attiédit. Mais ne serait-ce pas l’image du Dieu de l’Évangile que certains laissent refroidir en leur théologie ? » 4.

Teilhard de Chardin rappelle au Chrétien sa vocation fondamentale de témoin de la résurrection… C’est-à-dire de guetteur, en tout homme, des renaissances et des aurores.

Bernard Ginisty

1 – Pierre Teilhard de Chardin : Être Plus, Éditions du Seuil 1968 p. 114-115
2 – Id. p. 32-33
3 – Id. p. 128
4 – Id. p. 154

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Robert Kaufmann 07/10/2014 21:10

Cette fois, je suis en plein accord avec le rédacteur de l'article !
Theillard a été pour beaucoup d'entre nous le prophète de notre temps, même s'il devait dire les mêmes choses aujourd'hui avec des mots un peu différents.
Si Dieu créateur existe et si la foi doit être considérée comme une relation personnelle entre chacun d'entre nous et Lui, Theillard avait certainement une relation privilégiée. Je crois que lui-même avait parfois de la difficulté à exprimer avec nos mots ce qu'il entrevoyait.

Il a été bien mal-traité par Rome. Dommage ! Le catholicisme aurait pu gagner quelques décennies.

Robert Kaufmann

Francine Bouichou-Orsini 07/10/2014 10:20

Oui, l'homme est le seul être vivant à ne pas être soumis à une pré-programmation biologique, mais à poursuivre la construction de sa propre personne, à contribuer au développement des autres, en toute liberté, mu par la force de la fraternité, une fraternité attentive et toujours active, en réponse à l'attente de notre Père commun.
Francine Bouichou-Orsini