Chrétiens d'Irak : appel du cardinal Barbarin

Publié le par Garrigues et Sentiers

L'indifférence envers les persécutions
des chrétiens d'Irak devrait nous bouleverser,
s'indignait déjà l'archevêque de Lyon le 26 juin.
Des propos plus que jamais d'actualité...

Les mots semblent impuissants devant la tragédie des chrétiens d'Orient. En Irak, les informations parfois contradictoires qui nous parviennent témoignent du chaos et de l'angoisse de nos frères. Mardi 24 juin, j'avais reçu l'appel du Patriarche des Chaldéens, Louis-Raphaël 1er Sako que j'avais eu la joie d'accueillir à Lyon en mars. Il était en synode avec une vingtaine d'évêques de la région. Il m'avait dit que la situation était effrayante, mais que des menaces beaucoup plus graves étaient encore à venir. L'éradication des minorités religieuses n'est hélas pas un dommage collatéral de la folle stratégie des assassins : c'est leur but affiché.

En France, il faut bien le dire, la situation des chrétiens d'Irak n'est pas un grand générateur d'émotions. Comment expliquer que, jusque dans nos paroisses, nous ne portions pas davantage le souci de nos frères d'Orient ?

Plusieurs raisons l'expliquent sans doute.

La presse est le reflet des consciences de notre pays : les chrétiens de là-bas sont considérés comme un problème étranger. Il y a sans doute aussi une espèce de fatalisme : la région est en proie à des secousses meurtrières depuis si longtemps que tous nous nous habituons à l'inacceptable.

Le fait qu'ici, en Occident, les religions soient officiellement respectées mais aussi fréquemment suspectées, n'arrange rien. La situation des chrétiens persécutés dans le monde ne provoque souvent chez nos politiques qu'une compassion polie, tardive et peu suivie d'effets.

Asia Bibi a entamé sa quatrième année de détention préventive dans une prison pakistanaise de haute sécurité sans que cela n'empêche grand-monde de dormir ; Meriam Yahia Ibrahim Ishag avait accouché dans les prisons soudanaises, enchaînée pour allaiter son petit dans le couloir de la mort. Là encore, il a manqué de grandes voix françaises pour s'y opposer simplement, fortement, fermement.

Chrétiens d'Irak : appel du cardinal Barbarin

Le réflexe communautaire d'un groupe humain l'invite à défendre ses membres. Que les chrétiens aient reçu la vocation d'aimer tout homme sans distinction de race, de culture ou de religion est un enseignement directement issu de l'Évangile. Mais, de grâce ! que cela ne nous fasse pas fermer les yeux sur les malheurs de nos frères les plus proches.

En 1794, l'un des plus grands massacres de prêtres de notre histoire s'est déroulé à Rochefort. 829 prêtres réfractaires y ont été déportés par le Comité de Salut public ; sur les 829, seuls 274 survécurent : ils firent le serment de ne jamais parler de l'horreur qu'ils avaient vécue, pour permettre à la France de se relever.

Aujourd'hui, la ville de Qaraqosh, dans la plaine de Ninive, est devenue sous l'afflux des réfugiés la plus grande ville chrétienne d'Irak. Entendez-vous le cri qui monte ? C'est celui d'un camp de réfugiés. Qaraqosh n'est pas Rochefort, car le massacre est en cours. Voilà pourquoi nous ne pouvons pas rester silencieux.

Le Patriarche me disait hier qu'une partition du pays serait préférable à une guerre civile qui tue d'abord les innocents. Si seulement la communauté internationale pouvait aider à trouver une solution… Mais n'attendons pas tout des États et de leur diplomatie. Agissons ici et maintenant, comme le pape nous y a appelés.

Lorsque Jean-Paul II m'a accueilli dans le collège des cardinaux, il a insisté sur le sens de la pourpre cardinalice : c'est le rappel du sang des martyrs.

C'est pourquoi j'appelle aujourd'hui les chrétiens d'ici à faire monter vers le ciel une prière fervente pour nos frères d'Orient. Je les invite à cultiver la conscience de cette fraternité qui nous lie par-delà les kilomètres et les siècles. Je veux leur redire les paroles du Patriarche : « Ce qui nous manque le plus, c'est votre proximité, votre solidarité. Nous voulons avoir la certitude que nous ne sommes pas oubliés ! »

Je propose d'encourager les associations œuvrant dans la plaine de Ninive. Je supplie les chrétiens d'ici et tous les hommes et femmes de bonne volonté qui travaillent dans les secteurs de la santé, de l'éducation, de l'alimentation, de l'aide d'urgence de venir en aide aux survivants.

J'ai le désir de lancer un jumelage entre notre diocèse et l'un de ceux qui en a le plus besoin.

Je suggère qu'un pourcentage des quêtes de nos paroisses qui le souhaitent soit versé durant l'année qui vient pour le soulagement de la détresse de nos frères d'Irak. J'invite tous les chrétiens à rester éveillés et attentifs, à être les veilleurs de leurs frères.

Que les héritiers de Saint Pothin deviennent les frères de ceux de Saint Thomas, apôtre de l'Orient. Comme l'a dit le pape François, nous sommes face à un œcuménisme de sang : ce ne sont pas des catholiques, des protestants, des orthodoxes que l'on martyrise, ce sont des chrétiens. Il est d'ailleurs à craindre que les persécutions ne s'arrêteront pas aux chrétiens. Il faut dès aujourd'hui que la ville de Qaraqosh devienne un sanctuaire pour tous les belligérants, et un havre de paix pour les populations civiles qui, par milliers et de toutes les confessions, y affluent.

Car ce sont des hommes que l'on tue, dans le silence, entre deux ola d'un stade de foot brésilien.

Le Patriarche me l'a dit : « Nous gardons espoir, mais comme vous le savez, l'espoir est fragile ». Et si leur espoir était aussi entre nos mains ? Le Pape François le rappelle : « Les chrétiens persécutés pour leur foi sont si nombreux ! Jésus est avec eux. Nous aussi ».

Nous aussi !

Philippe Barbarin
dans lefigaro.fr

 

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Robert Kaufmann 29/07/2014 00:53

La réponse de Marc Delile est pleine de bon sens. La tache à accomplir est certes gigantesque, d'arriver à faire admettre la liberté de culte et de culture partout, et notamment dans les pays où nous nous sommes vite félicités du "printemps arabe" que nous avons encouragé. Nous voyons ce qu'il en est aujourd'hui.

"Alors, quelle autre action,sinon de parvenir à influencer les hommes et femmes politiques"?.....dit mon
interlocuteur.
N'a t-on pas remarqué que l'action menée porte le titre de RÉFUGIÉS OUBLIÉS ? En effet, quel battage médiatique ( et sans doute justifié) pour 2 ou 3 journalistes gardés en otage ! Mais qu'en est-il pour le million de Juifs chassés des pays musulmans dans les années 50-60 ? Ceux-là, n'en parlons plus puisque la situation semble irréversible. Mais aujourd'hui, la situation devient d'une dramatique urgence pour les quelque 10 millions de Chrétiens qui restent au Moyen Orient dont environ 8 millions de Coptes d'Egypte et qui risquent de subir rapidement le même sort ?
Et pourquoi se le cacher, si l'objectif du CDMR est d'éveiller les consciences, il est bien sûr tourné vers les responsable religieux et surtout politiques qui, seuls, ont les moyens diplomatiques , économiques, voire militaires dans les cas extrêmes comme en Bosnie, en vertu du fameux devoir d'ingérence.
Le hasard veut que ces jours-ci il y a un frémissement dans la classe politique avec ce qui se passe à Mossoul.
Mais tout cela n'est-il pas anesthésié par l'odeur de pétrole depuis quelques décennies dans cette région ultra sensible?....C'est pourquoi je ne répondrai pas ici sur le conflit israélo-palestinien sur lequel il y aurait pourtant tant à dire mais qui n'est pas l'objet de l'article.
Mais avant de quitter le pétrole, j'ai envie de proposer au lecteur de s'interroger sur ce qui a pu se produire depuis 1956 pour justifier le revirement de la France, presque à 180°, depuis l'opération conjointe franco-anglo-israélienne sur Port Saïd?....
Quant au fait de constater qu'il y a bien d'autres persécutions dans le monde, cela ne nous avait pas échappé et nous avons eu notamment une pensée pour les Boat-Peaples, les Cambodgiens, les Thibéteins, les Soudanais, les Rwandais..... mais l'Historienne qui prépare la conférence a jugé que ce serait tropp se disperser sur des généralisations plutôt que se focaliser sur une question actuelle et précise qui concerne l'Occident chrétien.

Robert Kaufmann

Marc Delîle 28/07/2014 00:00

RÉPONSE à Robert KAUFMANN sur les MINORITÉS RELIGIEUSES
- A) Vous soulevez un problème difficile et douloureux, celui des minorités dans des pays à religion dominante disposant du pouvoir politique. Ne pas répondre au cri de Mgr Barbarin ou d'autres "autorités" (je pense aux évêques des pays du Proche et Moyen-Orient qui ne comprennent pas la timidité (!) de leurs collègues du monde chrétien), ne signifie pas qu'on se désintéresse de ce drame. Il y a des procédures plus discrètes qui peuvent aider ces populations, ne serait-ce qu'en participant au financement d'écoles ou d'hôpitaux.
- B) La question des minorités n'est pas propre aux pays musulmans, ni à notre temps, même si elle y a pris un caractère gravissime et particulièrement dangereux, constat qui n'atténue pas les responsabilités des autorités politiques et religieuses de ces pays. Nous avons appris, au lycée, le poids des querelles des nationalités dans la politique étrangère européenne à travers les Balkans au XIXe et au début du XXe siècle. En outre, il reste aujourd'hui bien d'autres minorités brimées, soit pour des causes religieuses, y compris dans les pays arabes : les minorités chiites au milieu de sunnites, ou réciproquement, en Asie, minorités musulmanes en pays hindous ou réciproquement, etc., soit pour des raisons ethniques (en Chine ou en Afrique par ex.), persécutions parfois affublées du masque religieux . Ce n'est pas pour diminuer la gravité de la situation actuelle au P-O et M-O, mais pour rappeler que chaque fois qu'un pays est dirigé par une religion ou une ethnie majoritaire, celle-ci passe facilement d'une méfiance tatillonne envers les allogènes à la persécution ; il suffit parfois d'une rumeur. Souvenons-nous de l'explosion "spontanée" de violences anti-chrétiennes après le "discours" de Ratisbone de Benoît XVI présenté de façon partiale. En même temps, est-il facile de devenir citoyen israélien quand on n'est pas juif ? Je crois me rappeler qu'au milieu du XXe siècle, ce n'était pas assuré.
- C) Cela dit, que proposez-vous ? Vous nous renvoyez au site de Défense des minorités religieuses. Ses intentions — exprimées dans la Charte de l'association — sont sympathiques, mais dont il serait bon de vérifier l'efficacité. Il est certes indispensable d'alerter l'opinion publique. Mais je crains que ne soient alertés que ceux qui ont le désir de l'être. On ne peut qu'approuver les " objectifs " (prudents) du collectif, mais les moyens prévus suscitent au moins deux remarques.
1°°On organise des conférences. Soit. Ça ne peut pas faire de mal. Ce peut même être utile. Bémol : combien y a-t-il eu de "conférences", en particulier de mouvements pacifistes, avant la seconde Guerre mondiale ? Pour quels résultats ? On pourrait faire une annotation identique à propos des pétitions, il y en a tant, chaque jour, bien que leurs causes soient probablement justifiées, qu'on frise une forme d'anaphylaxie.
2° On défend ici essentiellement Juifs et Chrétiens ; qu'en est-il des autres minorités brimées (Cf.mon B ci-dessus) ? Comment faire cesser le conflit israélo-palestinien, qui alimente l'antisémitisme et provoque dans certains pays des réactions contre les "infidèles", au premier rang desquels les Chrétiens.
Alors, quelle autre action ? La meilleure serait de parvenir à influencer les hommes et femmes politiques, qui pourraient "mettre la pression" sur leurs gouvernements. Mais vous savez, sans doute mieux que moi, dans quel imbroglio diplomatique sont enferrés les États occidentaux qui voudraient s'en mêler : États-unis qui risquent de perdre leur électorat juif s'ils abandonnent Israël, France tiraillée entre sa sympathie affichée pour Israël, mais ne renonçant pas à sa "politique arabe", dont les intérêts économiques ne sont pas absents, Allemagne non sortie de sa culpabilité post-shoah, etc. Faudrait-il, pour être efficace, imposer la paix par la force ? Ce serait paradoxal mais, forcément, de la compétence de l'ONU, qui ne s'est pas montrée très chaude pour s'investir autrement que par des résolutions jamais appliquées. Et quel nombre d'interventions (vite qualifiées de "néo-colonialistes") serait nécessaire, et contre qui exactement ? etc.
Crions donc à haute et intelligible voix, mais essayons de trouver d'autres voies pour résoudre le conflit. L'embargo israélien contre Gaza fait souffrir les Palestiniens, mais ne peut régler le conflit. Qu'en serait-il d'un embargo contre Israël, ne serait-ce que contre sa politique "coloniale", sans cesse fermement condamnée par la "communauté internationale", sans aucun effet ?
Pendant ce temps, effectivement, nos frères chrétiens orientaux souffrent et meurent, ou doivent quitter une patrie qui était la leur bien avant l'invasion musulmane des VIIe et VIIIe siècles..

Robert Kaufmann 23/07/2014 15:31

Voilà un"cri" qui remonte à 36 h et...pas de réaction pour le moment sur notre blog ...CHRÉTIEN....
N'est-ce pas un signe de l'intérêt que portent les Chrétiens de France à nos frères d'Orient ?
Je sais bien que quelques Evêques s'en émeuvent et réagissent, tels le Cl. Barbarin.
Cela permettra dans quelques années lorsque, peut-être,il ne restera plus de Chrétiens au Moyen Orient, de dire que quelques-uns ont sauvé l'honneur de l'Eglise, comme ce fut le cas dans la sombre période 40-44.
Ces 15% de Chrétiens là-bas après la guerre, qui ne sont plus que 5% aujourd'hui et beaucoup moins encore sans doute si l'armée n'avait repris le pouvoir de façon musclée en Egypte, combien seront-ils demain si nous restons passifs ?

Qui connait le CDMR ( Collectif de Défense des Minorités Religieuses ) ? Voir le Site Internet.
Un petit groupe de travail se réunit à Marseille depuis 18 mois pour préparer une conférence à Marseille à l'automne, à l'image de ce qui s'est fait dans la région parisienne en 2012; 2013; 2014. Je suis le seul Chrétien du groupe malgré les appels répétés en direction des autorités catholiques et protestantes.
Alors, que craint-on ? que les regards se dirigent vers les pays où le problème se pose, donc musulmans ? et qu'il y aie là une politisation de la question ? Et alors ? Le risque est moins grave que lorsque l'armée allemande arpentait les Champs Elysées.

Et surtout, qu'on ne vienne pas dire plus tard "on ne savait pas"...

Robert Kaufmann