L’icône, une marche vers la Beauté Absolue de Dieu

Publié le par Garrigues et Sentiers

Partir de la terre pour aller vers la Lumière, voilà le chemin de démarche spirituelle sur lequel nous conduit et nous accompagne l’icône. Tout dans sa réalisation et dans notre regard suit cette voie.

Peindre une icône requiert humilité, effacement et obéissance : la personnalité de l’artiste ne doit pas nous distraire mais plutôt doit s’effacer pour laisser la place à cette impression de paix ouvrant sur un ailleurs.

Pour peindre une icône, des règles précises de représentation sont à respecter.

C’est un art sacré basé sur le symbolisme ouvrant sur une vision spirituelle ; l’icône est là pour nous interpeller, voire nous happer.

Mais un peu comme le pèlerinage de Compostelle, ou encore, plus localement, celui de Saint Gilles du Gard sur le chemin de Regordane (www.cheminstgilles30.cef.fr), ce voyage nécessite de se défaire de ce qui nous alourdit de nos péchés, car c’est seulement à cette condition que l’icône pourra nous toucher et ouvrir la porte au monde spirituel.

L’icône témoigne de la présence divine, elle est la partie visible d’un monde invisible. À partir d’un saint personnage, elle exprime la Voie de Dieu par le dessin représenté et les couleurs utilisées.

Inutile de chercher le réalisme qui pourrait nous éloigner de la prière. Tout l’art consiste en effet à nous faire approcher les corps célestes et spirituels à partir de l’apparence des corps humains et terrestres.

Ainsi les saints sont immobiles et assez figés ; pas de sourire sur les lèvres, la bouche est fermée, symbolisant le silence d’où nous venons ou encore celui propice et nécessaire à la prière et à la méditation. En outre elle est aussi petite car nul besoin de s’alimenter de nourriture matérielle, ici c’est la Parole de Dieu qui est la vraie valeur. Le nez est long et fin, c’est par lui que passe le souffle de Dieu ; ainsi bouche et nez sont prière du cœur par le Souffle et la Parole. Les yeux sont grands, ouverts, vides de convoitise, regardant vers la vie éternelle et à travers eux c’est le regard de Dieu qui nous gagne et nous pénètre. Les oreilles sont grandes pour entendre et écouter la Voix de Dieu, les mains sont minces et élancées.

Pas d’expression sur les visages, sauf la compassion et la paix, et l’on voit déjà bien là une grande différence entre peinture profane et peinture sacrée des icônes. L’icône, en fait, présente le corps spirituel et surnaturel de saints personnages à partir d’une apparence physique codifiée que l’on doit reconnaître d’une icône à  une autre grâce à ses attributs ; il est donc important de respecter les prototypes anciens.

Les vêtements sont stylisés, tout est disproportionné et, à l’inverse de la peinture profane, les perspectives sont « inversées », permettant de pénétrer dans un autre monde et ouvrant une fenêtre sur l’éternité.

À travers leur symbolisme, les couleurs aussi participent à approcher la perception divine.

Composées de pigments naturels (minéral et végétal), les couleurs sont en poudre, en lien avec notre condition, et rappellent que l’on est poussière. L’œuf (symbolisant la vie) et le vinaigre (tel celui donné au Christ sur la Croix) servent de liant pour mélanger les couleurs selon la technique de la « tempera ».

Les couleurs de base sont foncées, les couleurs de terre servent à réaliser le « proplasme », nom de la couleur de base des carnations et des visages dont les traits se dessinent peu à peu, au fur et à mesure que la couleur de base est éclaircie. La pose des yeux est un grand moment d’émotion.

Passer de la terre, sortir des ténèbres et de l’ombre pour aller vers la lumière est surtout très fort dans la réalisation des visages sur lesquels on pose d’abord des couleurs sombres de terre (terre d’ombre) pour aller vers la lumière représentée par le blanc pur (traits fins de blanc titane) ; le blanc en effet, représente la perfection et la pureté donnant le sentiment d’approcher cette lumière divine  qui vient vers nous à travers celle du Christ et des saints.

Enfin l’or, métal précieux et pur qui ne s’altère pas, correspond à la lumière éternelle ; il est très souvent utilisé pour les auréoles des saints personnages.

Mais avant tout pour commencer le voyage il faut se préparer. Pour la réalisation d’une icône, le choix du bois qui sert de support à la peinture demande un soin particulier (de préférence tilleul ou encore chêne , mais toujours un bois bien sec et sans nœuds) ; il est ensuite enduit de colle de peau de lapin, puis entoilé et enfin recouvert de nombreuses couches de « lefkas », mélange préparé avec la colle chauffée et du blanc Meudon, cette préparation que l’on doit ensuite laisser sécher s’appelle le « fondement ».

Sans cette étape rien ne peut commencer, il faudra ensuite poncer avant de pouvoir y graver le dessin comme doit se graver en nous la Parole de Dieu.

Mais l’icône n’existe pas non plus si à la fin de la réalisation de la peinture, le nom du saint n’est pas écrit ; cela se fait en lettres rouges et il faut qu’il soit nommé pour exister, pour qu’en fin l’icône puisse être bénie.

Il n’est rien des choses de l’esprit qui ne passent d’abord par la matière disait en substance Saint Thomas d’Aquin, et l’icône s’inscrit bien et aussi dans cette voie.

Élisabeth Durand
elisabeth.durand13@gmail.com
www.evacademie.com

Publié dans DOSSIER LE SACRE

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