L’Europe : pour les citoyens mais sans eux ?

Publié le par Garrigues et Sentiers

D’après la plupart des observateurs, les prochaines élections de nos représentants au Parlement européen s’annoncent particulièrement difficiles pour tous ceux qui croient à notre avenir dans l’Europe. Le taux d’abstention prévu ainsi que les bons scores annoncés des partis anti européens dans plusieurs pays, dont la France, traduisent un scepticisme croissant et un désinvestissement dans ce qui se voudrait notre nouvelle frontière.

Les gouvernements successifs de notre pays n’ont pas fait l’effort suffisant pour développer une pédagogie et un art de vivre européen et Bruxelles a servi trop souvent de repoussoir et de prétexte pour camoufler la pauvreté de certaines politiques hexagonales. La renaissance des populismes et des nationalismes agressifs – aussi bien dans des partis extrémistes dans plusieurs pays d’Europe que par la politique du Président russe Vladimir Poutine – appelle à plus de clarté et plus de force dans le projet européen.

Oublions pour un temps les idéologues pour relire ceux qui ont été les artisans très concrets de la construction européenne et retrouver l’élan qui les portait. Jean Monnet, un des pères fondateurs de l’Europe, exprimait ainsi, au terme de ses Mémoires, sa vision de la dynamique européenne :

« Vers quel type d’Europe nous sommes conduits, je ne saurais le dire car il n’est pas possible d’imaginer aujourd’hui les décisions qui pourront être prises dans le contexte de demain. L’essentiel est de s'en tenir aux quelques points fixes sur lesquels nous nous sommes guidés dès le premier jour : créer progressivement entre les hommes d’Europe le plus vaste intérêt commun géré par des institutions communes démocratiques auxquelles est déléguée la souveraineté nécessaire. Telle est la dynamique qui n’a cessé de fonctionner brisant les préjugés, effaçant les frontières, élargissant en quelques années à la dimension d’un continent le processus qui avait au cours des siècles formé nos vieux pays. (…) Ai-je assez fait comprendre que la Communauté que nous avons créée n’a pas sa fin en elle-même. Elle est un processus de transformation qui continue celui dont nos formes de vie nationale sont issues au cours d’une phase antérieure de l’histoire. (…) Les nations souveraines du passé ne sont plus le cadre où peuvent se résoudre les problèmes du présent. Et la Communauté elle-même n’est qu’une étape vers les formes d’organisation du monde de demain » 1.

Aussi les enjeux des prochaines élections au Parlement Européen sont-ils loin d’être négligeables. Ils me semblent bien analysés par Philippe Herzog, président fondateur de Confrontations Europe, association qui réunit différents acteurs souhaitant s’investir dans la participation active de la société civile dans la construction de l’Europe. Après voir constaté que « en caricaturant un peu, l’Union européenne a été construite pour les citoyens, mais sans eux », Philippe Herzog écrit : « Les élections de 2014 devront donner le signal d’une démocratisation des institutions communautaires avec la responsabilisation des dirigeants et la participation des citoyens » 2.

C’est ainsi, pour reprendre le propos de Jean Monnet, que les citoyens européens pourront continuer ensemble cette « étape vers les formes d’organisation du monde de demain ».

Bernard Ginisty

1 – Jean Monnet : Mémoires Tome II, Éditions Livre de poche p.792-794

2 – Philippe Herzog : Campagne, Mode d’emploi in Confrontations Europe La Revue, n°105, avril-juin 2014, page 5. Pour tout renseignements sur l’Association Confrontations Europe : www.confrontations.org

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