Enfant de la vigne et fils du printemps

Publié le par Garrigues et Sentiers

Hommage à Georges Lauris

« C’est le vignoble qui m’a engendré. Je suis enfant de la vigne et fils du printemps. Né le 19 mars, fête de l’artisan Joseph de Nazareth, époux mystique d’une jeune femme. Laquelle devait mettre au monde le Prince des poètes » 1. C’est ainsi que se présentait le frère dominicain Georges Lauris qui vient de nous quitter, le 4 mars, à 91 ans.

Celui qui fut un poète et un chercheur spirituel de premier plan écrivait : « Je tiens de ma foi le sens, mais aussi le goût de la métaphore, de l’allusion. Ma mesure enfin : dans l’ordre de la grâce – synonyme parfait de don – il ne saurait exister que des mendiants, des hères qui tendent la main et le cœur. Disons, des pauvres honteux, mais solaires » 2.

Baudelaire, Rimbaud, Péguy, Claudel, Mallarmé, Éluard, Char ont été pour Georges Lauris « les bardes d’une joyeuse aurore, chaste et sans déclin ». Mais, pour lui, « le VERBE TOTAL n’est confié qu’aux prophètes et aux mystiques : de Moïse et Jérémie à Thérèse d’Avila et Jean de la Croix. Poésie est fille de la Terre. Sève mystique, elle monte jusqu’au cœur de l’Adam. En elle se consomme le mystère du langage : en elle, enfin, les mots passent les mots » 3. Parmi ses ouvrages, celui consacré à Jean Bourgoint, dont l’histoire a largement inspiré Jean Cocteau dans son roman Les Enfants terribles, illustre un de ces nomades de la quête spirituelle qu’il n’a jamais cessé de fréquenter 4. Son poème Le Cygne des Mers écrit en hommage au trimaran « Pierre Ier » amarré au Vieux Port de Marseille est dédié « à nous-mêmes, invétérés nomades, rongés par la fièvre d’être, la soif de l’exilé et du pèlerin » 5.

Dans un texte intitulé Entre le soleil et l’icône qui évoque ses cheminements de méditerranéen, il écrivait ceci : « J’affirme volontiers ma foi, sans avoir pour autant une âme de bateleur. Je n’ai jamais piaillé en dévot pour vendre des indulgences. Je dis ma foi pour l’aérer, lui donner la parole, la maintenir en vie et en forme. Je veille, somme toute, sur sa santé. Je crains toujours qu’elle ne tombe en neurasthénie, ne devienne morbide. « Azur ! azur ! azur ! » 6 7

Bernard Ginisty

1 – Georges Lauris : Anamorphoses, Éditions Devilliers, 1995, page 7
2 – Id. page 111
3 – Id. page 8
4 – Georges Lauris, Itinéraire d'un enfant terrible. De Cocteau à Cîteaux, Presses de la Renaissance, 1998. Partie prenante des grandes aventures littéraires et spirituelles du XXe siècle, Jean Bourgoint a été immortalisé par Jean Cocteau dans Les Enfants terribles publié en 1929 et porté à l’écran en 1950 par Jean-Pierre Melville. Il en a fait le symbole de toute une jeunesse pour qui « aller trop loin » était une nécessité. Demandant le baptême à 20 ans, il eut pour parrain et marraine Jacques et Raïssa Maritain. Durant une longue période de désespérance, il survit grâce à Jean Hugo, qui l’accueille au mas de Fourques, près de Lunel dans l’Hérault. Sa rencontre avec le Père Rzewuski en 1947 lui fait prendre un tournant qui le mènera de l’opium à la Trappe, après un passage au couvent dominicain de la Sainte Baume où il partagea durant quelques mois la vie de Georges Lauris, alors étudiant en théologie. En 1950, il fait profession religieuse à Cîteaux sous le nom de Frère Pascal pour terminer sa vie, en 1966, à la léproserie de Mokolo au Cameroun. Georges Lauris m’écrivait : « Pas à pas, j’ai suivi ce « lépreux spirituel » dans son désert et ses oasis. J’ai excité et alimenté sa soif. J’ai certitude qu’il s’ajoute à notre siècle comme l’étoile du matin à la nuit ».
5 – Georges Lauris, Le Cygne des Mers, Vieux Port, 10 août 1991 in Anamorphoses op.cit. page 117
6 – Id. page 112
7 – Parmi les nombreux ouvrages de Georges Lauris on peut encore citer 3 œuvres dramatiques : Judas avec des illustrations de Bernard Buffet, Editions Saint-Lambert ; Sade, marquis sans-culotte, Paul Tacussel Éditeur, 1994 ; La Mort de Socrate, Ed. Les Cahiers de l’égaré, 1997. Ses textes poétiques ont été réunis sous le titre Œuvre poétique, Éditions du Cerf ,2001. Je signalerai encore Marie-Madeleine, Muse et Reine de Provence, Éditions du Cerf 2001 et Je suis venu vivre tout haut. Autobiographie de ma foi, Editions du Cerf, 2008. Il a reçu le Prix de poésie de l’Académie française (1991) et le Prix des écrivains croyants (1999).

Publié dans Réflexions en chemin

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