L’Europe face aux défis de Donald Trump

Publié le par Garrigues et Sentiers

Il ne se passe pas de jours sans que des révélations témoignent de l’amateurisme et de l’impulsivité du leader de la première puissance du monde. Si un réalisateur de film avait mis en scène un Président des Etats Unis d’Amérique tel que Donald Trump, il aurait été taxé probablement d’exagération et « d’anti américanisme primaire ». Bob Woodward, journaliste d’investigation connu pour ses révélations sur l’affaire du Watergate qui ont conduit le président Nixon à la démission vient de publier un ouvrage accablant pour le président américain. Interrogé sur la chaîne CBS News,  le journaliste déclare « Quand on voit comment fonctionne la Maison Blanche, on se dit « Prions pour qu’il n’y ait pas de crise ».

 

Cette dérive de la démocratie états-unienne avait été analysée dès 2007 par l’ancien vice-président des Etats-Unis, Al Gore, dans son ouvrage traduit en français sous le titre La raison assiégée.Il montre comment la démocratie participative est aujourd’hui en danger. Quand l’américain passe en moyenne 4 heures par jour devant l’écran de télévision, le débat d’idées, fondé sur l’écrit qui permettait « la comparaison la plus complète et la plus libre des opinions contradictoires (…) a fini, en l’espace d’une génération, par nous sembler aussi obsolète que la voiture à cheval » »(1). D’où sa conclusion : « Il se peut bien que le recul de la gymnastique nécessaire à la démocratie – le net déclin de la lecture et de l’écriture – ainsi que le matraquage de nouvelles angoisses au moyen de spots publicitaires et les remèdes de charlatans vantés comme des solutions miracles aient provoqué un désordre immunitaire de la démocratie américaine qui empêche les citoyens de réagir de façon appropriée (…) Nous réagissons démesurément à des menaces illusoires et restons passifs en face des dangers réels » (2).

 

Un autre grand danger, déjà analysé par les pères fondateurs de la démocratie états-unienne, vient de l’accumulation de richesses par un petit nombre. Al Gore reprend ici le propos de l’un d’entre eux, Alexander Hamilton, premier Secrétaire du Trésor de l’histoire des Etats-Unis : « À mesure que les richesses s’accroîtront et s’accumuleront dans les mains de quelques uns, que le luxe prévaudra dans la société, la vertu sera de plus en plus considérée comme un accessoire de la fortune, et la tendance sera d’abandonner le modèle républicain » (3).

 

Milliardaire sans grands scrupules et animateur de jeux télévisuels, Donald Trump incarne, jusqu’à la caricature, la crise de la démocratie américaine. Il appartient à l’Union européenne, présentée par Donald Trump dans une interview à la chaîne CBS le 15 juillet dernier comme un de ses « ennemis », de prendre acte de cette nouvelle situation et de résister, pour reprendre le propos de Bob Woodward, à cet « assaut contre la raison ». Comme l’écrit Pascal Boniface, directeur de l’Institut de relations internationales et stratégiques : « S’ils ne réagissent pas, les Européens se trouveront dans la même situation que les pays de l’Est pendant la guerre froide à l’égard de l’Union soviétique : un strict lien de dépendance. Donald Trump souhaite domestiquer les Européens. Son attitude est inacceptable et attentatoire à notre souveraineté. Il est plus que temps de mettre en place une souveraineté stratégique européenne. »(4). 

         

Bernard Ginisty  

 

  1. AL GORE, La raison assiégée, éditions du Seuil, 2008, p. 19. Le titre original de l’ouvrage est : The Assault on Reason
  2. Id.,p. 61.
  3. Id.,p. 83. Alexander Hamilton (1757-1804) fut le premier Secrétaire du Trésor des Etats-Unis d’Amérique
  4. Pascal BONIFACE, Relever le défi de la menace Trump in journal La Croix, 17 septembre 2018, p. 26. 

Publié dans Réflexions en chemin

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Didier LEVY 27/09/2018 18:55

FACEBOOK a supprimé ma publication de cet article de Garrigues et Sentiers : au motif hallucinant qu'elle serait contraire aux "standards de la communauté". Ce qui me conforte dans la détestation que j'ai toujours portée au mot de "communauté". A mon refus,, chevillé au corps et à l'esprit, d'être tenu comme appartenant à une quelconque communauté. Lesquelles sont d'abord le siège d'une autorité pré établie,censée être infaillible dans l'édiction de ses normes (des normes par conséquent absolues et intangibles). Et l'espace de production d'un communautarisme dont le vice originel est de prétendre régir toute personne incluse dans le corps collectif dont il impose les contours : une personne incluse dans la communauté fût-ce contre son gré et contre sa raison. Tout au plus, concéderai-je, par esprit républicain, qu'il est bien en France une communauté, et une seule : la nation.

Didier LEVY 22/09/2018 15:32

Une petite voix, pas si insidieuse que ça, nous glisse à l'oreille que l'avertissement d'Alexander Hamilton, premier Secrétaire du Trésor de l’histoire des Etats-Unis, vaut pour d'autres sociétés - à commencer par la France que nous avons sous les yeux : : « À mesure que les richesses s’accroîtront et s’accumuleront dans les mains de quelques uns, que le luxe prévaudra dans la société, la vertu sera de plus en plus considérée comme un accessoire de la fortune, et la tendance sera d’abandonner le modèle républicain ».