Retrouver la disponibilité pour l’écoute d’une « bonne nouvelle »

Publié le par Garrigues et Sentiers

Beaucoup d’entre nous vivent actuellement  un « temps de vacances ». Ce peut être celui du recul par rapport aux enjeux qui tissent notre vie quotidienne et de la disponibilité pour l’écoute d’une parole neuve qui soit bonne pour nous, c’est-à-dire d’un Évangile.

 

Le livre Les Actes des Apôtres retrace les premiers pas des Églises chrétiennes, après la disparition de Jésus, pour annoncer cet « Évangile ». L’ouvrage s’achève par le récit de la rencontre de l’apôtre Paul, assigné à résidence par les autorités romaines, avec les notables juifs présents à Rome ; « Dans l’exposé qu’il leur fit, il rendait témoignage du Royaume de Dieu et cherchait à les persuader au sujet de Jésus,  en partant  de la Loi de Moïse et des Prophètes. Cela dura depuis le matin jusqu’au soir » N’ayant pas manifestement réussi à convaincre ses visiteurs, Paul conclut la réunion en citant le prophète Isaïe : "Va trouver ce peuple et dis lui : vous aurez beau écouter, vous ne comprendrez pas ; vous aurez beau regarder, vous ne verrez pas. C’est que l’esprit de ce peuple s’est épaissi : ils se sont bouché les oreilles, ils ont fermé les yeux, de peur que leurs yeux ne voient, que leurs oreilles n’entendent, que leur esprit ne comprenne, qu’ils se convertissent. Et je les aurais guéris !". Sachez le donc : c’est aux païens qu’à été envoyé ce salut de Dieu. Eux, ils écouteront » (Ac28, 16-29). 

 

Dès le début de l’histoire de l’évangélisation, c’est le « païen » qui apparaît comme capable d’écouter une parole neuve. Déjà, l’Évangile de Jean, mettait en scène l’échange entre les Grands-prêtres et les gardes du Temple qu’ils avaient envoyés arrêter Jésus : « Pourquoi ne l’avez-vous pas amené ?Les gardes répondirent : Jamais homme n’a parlé comme cet homme ! ». Face à cette attitude d’ouverture sans a priori,  le texte va développer toutes les raisons de ne pas écouter une parole neuve. Celles de l’inévitable fatuité des notables : « Auriez-vous donc été abusés, vous aussi ? Parmi les notables ou parmi les Pharisiens, en est-il un seul qui ait crû en lui ? Il  y a tout juste cette masse qui ne connaît pas la Loi ».  Mais aussi l’enfermement de ceux qui font du sol un destin. A Nicodème qui objecte qu’il vaudrait mieux entendre Jésus avant de le condamner, les notables rétorquent : « Serais-tu de Galilée toi aussi ? Cherche et tu verras qu’il ne se lève pas de prophètes en Galilée » (Jn 7,45-52). 

 

Ainsi une éducation religieuse, une réflexion théologique, un héritage culturel peuvent devenir un obstacle majeur à l’écoute d’une Parole libératrice ! C’est le « païen » en moi qui peut écouter l’inouï, car ce qu’il entend n’est pas récupéré a priori dans des significations qui voudraient coloniser d’avance ce qui arrive.  Nous sommes au cœur de la démarche spirituelle. Se risquer dans son « paganisme, » hors des éthiques, des concepts, des sécurités pour aborder ce lieu radical où s’éprouve la donation première, tel est le passage. Mais d’autres sont « passés » et d’abord le Christ qui s’est défini comme Pâques. Et donc, au moment même où la vie m’est redonnée, la fraternité universelle des « passants » m’est offerte. Cette épreuve de soi, bien loin d’enfermer dans un ego stérile ou dans l’attente passive d’une prochaine eschatologie, ouvre au sourire fraternel, à l’éthique du vivre ensemble et donc au politique.

 

Pour le poète et traducteur de la Bible Jean Grosjean : « L’Évangile n’est pas difficile d’accès à cause de ce qu’on ne saurait pas, mais à cause de ce qu’on croit savoir » (1). Dans son très beau commentaire de l’Évangile de Jean, il écrit ceci : « Tout pouvoir, même religieux, regarde un prophète comme un trublion et toute pensée, même religieuse, regarde un prophète comme un fou. Un prophète est un briseur de sécurité, mais il a souvent commencé par se déblayer lui-même. C’est sa désertification et sa fragilité qui sont contagieuses.  (...) Les religions, qu’elles soient des institutions ou des spiritualités, redoutent le souffle corrosif de l’inspiration. Le prophète n’est utilisable que mort : on l’embaume, on l’interprète. C’est que le prophétisme a le caractère de l’irréligion, voire de l’athéisme. Casser les idoles c’est casser les coutumes et les idées. Tous les moyens d’aller à Dieu sont renversés pour que ce soit Dieu qui vienne à sa guise, imprévisiblement » (2).

 

Bernard Ginisty

 

  1. Jean GROSJEAN (1912-2006),Araméennes, éditions du Cerf, 1988, p. 122.
  2. Jean GROSJEANL’ironie christique. Commentaire de l’Évangile de Jean, éditions Gallimard, 1991, p. 36.

Publié dans Réflexions en chemin

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