Dimanche 29 Janvier
Deutéronome 18,15-20
Psaume 94
1e lettre aux Corinthiens 7,32-35
Marc 1, 21-28
Le démoniaque
était sans doute
un pauvre épileptique,
cette « maladie sacrée »
de l’antiquité
ainsi que la nomme
Hippocrate.
Or, c’était une
maladie ambivalente,
c'est-à-dire relevant
soit des dieux
(hiera nosos
disaient les grecs
au IIe siècle ap. JC encore),
soit des
humeurs naturelles mauvaises,
principalement le phlegme,
ce qui veut dire
que l’épileptique
était tantôt un « inspiré »
tantôt « un possédé »,
dans les deux cas
il était « agi »,
ce qui est le sens premier
du mot grec epilepsis.
Premier constat donc :
ce qui s’affronte là,
ce que Jésus affronte
dans la maladie
c’est la croyance
superstitieuse et magique
d’une emprise
d’une personne
par le sacré.
Révolutionnaire non ?
Mais ce n’est pas tout.
Le mot « autorité »
est une fixation
chez Marc et Luc
au point que
leur évangile
est structuré
par l’exaspération
d’un conflit d’autorité
entre Jésus et
les pharisiens et scribes
qui bien sûr aboutit
à la conclusion bien connue :
« il vaut mieux qu’un
seul homme meure
pour tout le peuple ».
(Aujourd’hui,
en politique,
en dirait :
« il faut le sacrifier »).
Mais ce n’est
pas tout donc.
En effet,
les juifs ont
dans le monde antique
une solide réputation
de guérisseurs.
On le sait
dès Flavius Joseph
et par des auteurs païens.
On sait aussi
qu’ils n’étaient pas seuls.
L’épilepsie focalisait
beaucoup de monde
chez les païens :
Asclépios, Épidaure etc.
Deuxième constat donc
que pointe le récit
au travers de cette
notion d’autorité :
non pas Jésus thaumaturge
(je regrette
pour Origène
qui s’accrochera
férocement à cette valeur),
mais Jésus qui
sépare le malade
de la maladie,
qui ne réduit pas
une personne
à sa maladie.
Révolutionnaire non ?
Surtout quand
on observe qu’il
faudra attendre
le… XIXe siècle
pour que la
pensée médicale
opère nettement
cette distinction.
Jésus sépare,
(un peu comme
l’avait fait son Père
quand il créa le monde,
dit Genèse 1)
c’est une épée
qui coupe,
qui distingue.
Ça peut être violent,
violence qui court
dans tout le texte,
comme l’est
un accouchement.
Jésus ne réduit pas
la personne
à ses fragilités,
si grandes soient-elles.
Seigneur Jésus
donne-moi la grâce
d’en faire autant
envers les autres
quand je subis
leurs fragilités,
envers moi-même aussi,
les jours où
elles pèsent lourds.
Angelo Gianfrancesco
Commentaires