








Dimanche 5 juillet
Ézéchiel 2,2-5
Psaume 122
2e lettre aux Corinthiens 12,7-10
Marc 6,1-6
Qu’ils sont riches
cet évangile
et cette épître !
Leur unité ?
C’est simple :
nous sommes fait
d’autres,
de leur regard
qui finit par
devenir le nôtre
sur les autres
et sur nous-mêmes.
Voyez Jésus :
le regard des autres
le réduit à la
logique générationnelle,
celle du sang,
celle du sol,
du rang social.
Il est « fils de… ».
Il a « des sœurs qui… »
Avant même
de commencer sa
vie d’homme unique,
Jésus est sémantisé
de « a » jusqu’à « z »,
enfermé dans
un lignage,
une histoire,
un statut social,
un discours et
des actes prédéterminés,
bref une image
de laquelle
il lui est difficile
de sortir sauf
en claquant la porte.
Et il y a bien
des manières de partir
parfois dramatiques,
c’est l’acte de l’anti-destin
par lequel Partiron
échappe à la
sémantisation invariante.
Et ça peut prendre
toutes les formes
de la violence
ou de l’échec,
psychologique et social,
surtout quand ce destin
vous condamne
implacablement
à la répétition
de compulsion institutionnelle
telle que :
« n’est-il pas issu
d’une famille d’alcooliques,
ou de tolars,
ou de chômeurs ;
n’est-il pas issu
d’un quartier
de délinquants ? etc. ».
Pire encore maintenant :
« n’est-il pas issu
de telle famille génétique,
de tel registre pulsionnel ? »
Évidemment,
dans d’autres milieux,
le questionnement porte
sur des repères
plus raffinés,
mais la logique sournoise
n’y est pas
moins catastrophique,
car plus un idéal
est élevé
et plus il condamne.
« Là Jésus ne peut
accomplir aucun miracle »
dit le texte.
Tout est transparent,
au point qu’il
n’y a plus de place
au surgissement
de la vie multiforme ;
tout est rassurant
car rien n’est
remis en question :
« ils étaient
profondément choqués
à cause de lui » ;
tout est oblitéré
parce que
« les scientifiques » le disent.
Nous sommes
faits d’autres,
il est vrai.
À notre tour,
nous faisons les autres,
ne l’oublions pas.
Mais il y a la suite,
dans le texte de Paul.
Ce regard des autres
qui me gouverne
et gouverne
mon propre regard
sur moi-même
peut en reproduire
la mansuétude ou
au contraire la dureté,
peut me provoquer
à m’accepter ou
au contraire
à me mépriser.
Paul,
avant sa conversion
était un « dur »,
intransigeant jusqu’à
la cruauté
avec sa « droiture »,
sa « justice »,
avec les autres
et avec lui-même.
C’est ce qu’on
lui avait transmis.
Aujourd’hui
c’est un homme qui,
parce qu’il a accepté
sur lui
le regard du Seigneur,
peut dire :
« lorsque je suis faible,
c’est alors que je suis fort ».
Totale inversion
d’un fonctionnement
érigé en système.
On imagine mal
que la faiblesse de l’autre
soit le lieu de l’amour
parce qu’on imagine mal
que sa propre faiblesse
soit aimable.
Le « monde »,
celui qui manufacture
notre sens, au privé,
au collectif, au politique,
ne va pas dans ce sens,
au contraire.
Pourtant c’est le
seul chemin de liberté
pour qui privilégie
l’homme plutôt
que des « valeurs ».
Ne craindre le
jugement de personne,
ni le mien, ni celui
de mes prouesses,
de mon rang,
de mes représentations.
Celui de Jésus me suffit,
non parce qu’il m’amnistie
de je ne sais quoi,
mais parce qu’il
fait chanter mon
désir de vivre.
Finalement,
de qui suis-je le fils ?
Lui demander cette
« grâce qui suffit ».
Angelo Gianfrancesco
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